Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

32° dimanche C

 

2Martyrs d'Israël 7,1-14

 Psaume 16

2 Thessaloniciens 2,16-3,5

Luc 20,27-38



 

 

 

32° dimanche C

Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

 

Mort et descendance

Un frère mort sans enfant. Dans l’histoire des hommes, la descendance témoigne de la vie. La bénédiction est de pouvoir réunir autour de la table des fils et des filles et de mourir en voyant la quatrième génération de ses enfants. D’autres continueront après moi, se souviendront de moi et porteront mon nom. La vie continuera malgré ma mort. L’arbre généalogique est, pour les hommes, une parabole de la vie qui se donne dans l’humanité.
Alors lorsqu’un homme et une femme meurent sans descendance, c’est vraiment triste. J’accompagnais jeudi matin au Père Lachaise une amie de 86 ans, veuve depuis un an, dans cette situation. C’est encore plus dur quand il s’agit de jeunes de 20 ans, comme les sept frères martyrs d’Israël mis à mort par le roi Antiochus pour leur fidélité à Dieu. C’est sans doute parce qu’il n’y avait pas de foi en la résurrection pour les juifs de l’époque au temps du Deutéronome, qu’il est nécessaire, selon la loi du lévirat rappelée par les Saduccéens, de donner une descendance à un frère mort sans enfant. Comme une résistance de la vie sur la mort.
 

Stérilité et résurrection
Les patriarches Abraham, Isaac et Jacob dont Jésus dit qu’ils sont des vivants et non pas des morts, ont été marqués par l’énigme de la stérilité. Sara la femme d’Abraham était stérile, Rebecca, femme d’Isaac, était stérile, Rachel, femme de Jacob, était stérile. La mort est venue croiser leur couple et l’histoire du peuple dès le début : pas de descendance après eux, personne pour les enterrer et porter leur nom ; personne pour se souvenir de la promesse de Dieu.

Et par trois fois, avec Abraham, Isaac et Jacob, Dieu a manifesté que la vie vient de Dieu, qu’elle est reçue et que Dieu est plus fort que la mort. Ce signe de la stérilité ré-ouverte à la vie et de l’enfant accueilli alors qu’on ne l’attendait plus, a fait apparaître comme un arbre généalogique à l’envers : un arbre généalogique qui a ses racines dans le ciel, dans lequel on voit d’abord l’origine de la vie en Dieu. Dans leur histoire, les patriarches ont été invités à contempler les racines de la vie qui plongent en Dieu pour croire que Celui qui donne la vie peut la redonner encore, que Dieu est plus fort que la mort. Ainsi s’ouvrait vraiment l’histoire du peuple.

C’était prophétique, c'est-à-dire que c’était une figure qui annonçait dès le commencement de l’histoire du peuple une réalité bien plus grande qui serait révélée plus tard : la résurrection. Si Abraham, Isaac et Jacob sont vivants aujourd’hui, ce n’est pas tant d’avoir engendré des fils et des filles que d’avoir été, eux-mêmes, engendrés par Dieu. Et chacune de leurs femmes, dans la résurrection, n’est pas d’abord épouse ou mère – « de qui sera-t-elle l’épouse ? » dit l’évangile. Ce qui resplendit de son identité de femme dans la résurrection c’est qu’elle est « fille » de Dieu. Voilà un fondement profond qui dit la foi de Jésus et la foi des chrétiens.
 

Résurrection du Christ

Les commencements de l’histoire du peuple sont marqués par l’expérience que rien n’est impossible à Dieu. Les commencements de l’histoire de Jésus aussi. C’est l’expérience qu’a vécue Marie à l’Annonciation. A cette jeune fille qui n’était pas stérile, à la différence des femmes des patriarches et de sa vieille cousine Elisabeth, l’ange du Seigneur annonce qu’elle va concevoir un fils par l’action de l’Esprit Saint : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1,35). Un mystère qui indique à nouveau que l’origine de l’homme est en Dieu, que l’homme est fils de Dieu.
 

Rien n’est impossible à Dieu. Les apôtres et les disciples de Jésus nous ont transmis l’annonce de la résurrection d’entre les morts de Jésus le Fils de Dieu.
Notre croyance en la résurrection ne conduit pas à des situations absurdes comme l’histoire des sadducéens pourrait le faire croire. D’abord la vie des ressuscités ne s’imagine pas ; c’est pour nous un renoncement que de ne pas chercher à imaginer. Nous croyons qu’ils sont auprès de Dieu, « dans la main de Dieu » comme dit le livre de la Sagesse et qu’ils y sont comme des frères. La résurrection n’est pas basée sur une conception qu’aurait l’homme mais sur notre foi dans le pouvoir de Dieu sur la mort, Maître et ami de la vie.

Oui nous croyons que Dieu peut ressusciter les morts,

oui dans chaque eucharistie nous chantons la sainteté de Dieu avec les anges, les patriarches et l’Eglise du ciel qui loue Dieu de bon cœur et de tout coeur pour l’éternité,

oui nous croyons que tous sont « frères » dans le Royaume de Dieu,

oui, dans chaque eucharistie et dans toute notre vie, nous sommes appuyés sur la foi de Jésus que nous rappelle la parole de Jésus à la veille de sa passion : « Amen, je vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce jour où je le boirai à nouveau dans le Royaume de Dieu » (Marc 14,25).