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Trente-deuxième dimanche B
dimanche 8 novembre 2009
Père Marc Rastoin, jésuite
1 R 17,10-16 ; Ps 145 ; He 9,24-28 ; Marc
12,38-44
Qu’offre-t-on à Dieu en son Temple ? Des
animaux ? Beaucoup… De l’argent ? Beaucoup aussi. Mais y offre-t-on sa
vie ? Ici dans le Temple du Seigneur, Jésus voit celle que nul ne
voit. Celle qui, en n’offrant presque ‘rien’, offre pourtant tout.
C’est dans une pauvre veuve, une femme qui ne compte pas, ou plutôt
qui ne compte plus, que Jésus voit l’image de ce qu’il est ou plutôt
de ce qu’il va être dans quelques heures… Un pauvre seul. Seul avec
Dieu. Mais aussi l’image de quelqu’un qui transfigure son état
d’impuissance et de pauvreté par un acte d’offrande entier, libre.
Jésus voit en elle une image de ce qu’il vit.
Qui est cette veuve ? Son état d’extrême
indigence indique sans doute qu’en sus de n’avoir plus de mari, elle
n’a pas, ou plus, de fils ni de proche parent. Pas de goël, de
rédempteur. Jésus sait voir ces veuves comme le dit le début de
l’Evangile tiré de son enseignement en Galilée. Souvenons-nous de la
rencontre que fit Jésus il y a peu : « Dans une ville appelée Naïn…
on portait tout juste en terre un mort, un fils unique dont la mère
était veuve… En la voyant, le Seigneur fut pris de pitié pour elle »
(Lc 7,11a.12b.13). La douleur d’une veuve, d’une mère, avait ému
Jésus. Aujourd’hui le don, décidé par l’amour d’une autre veuve,
touche Jésus. Il y a quelques semaines, c’est sa mère Marie debout
seule au pied de la Croix que Jésus avait vu. Stabat Mater.
Aujourd’hui c’est lui-même que Jésus voit
dans cette femme. Donnant tout ce qu’elle a, toute sa vie. Il voit,
uni en un seul geste, un seul et même amour, un même amour de Dieu et
du prochain. Les treize troncs qui se trouvaient à l’extrémité de la
cour des femmes servaient essentiellement pour le fonctionnement du
Temple mais aussi pour l’éducation des enfants pauvres. Nous ne savons
pas où cette femme a mis ses piécettes mais peu importe. Ce sont les
troncs du Temple du Seigneur. C’est à Dieu que cette veuve se donne
et, dans le même mouvement, à ses frères, inséparablement, sans
confusion ni séparation.
Le geste d’une veuve pauvre révèle le
geste du Messie de Dieu. C’est dans le cœur d’un homme - en
l’occurrence d’une femme - que Jésus voit son propre cœur et dans son
geste à elle, son geste propre. C’est dans le mouvement d’une femme
que Jésus prend appui pour sa propre offrande. C’est une offrande
entière, une offrande libre, une offrande humaine et divine à la fois
car seul l’Esprit peut inspirer un tel geste. Le cœur d’une femme
éclaire le cœur du Messie.
Cette veuve juive est bien la sœur de la
veuve païenne de Sarepta. Celle-ci aussi n’avait presque rien, une
poigné de farine et d’huile et deux morceaux de bois. Pourtant il est
dit : « La femme alla faire ce qu’Elie avait demandé ». Jésus
lui aussi est en train de faire ce qu’il lui a été demandé. La veuve
de Jérusalem n’a peut-être pas entendu Jésus parler ; elle ne le
connaît sans doute pas, mais, d’elle-même, elle adopte la même
attitude que lui : la vie a été donnée par le Seigneur et, en réponse,
elle se donne.
Un geste visible, un presque rien, deux
piécettes données, exprime un don invisible, une ouverture immense.
Comment ne pas admirer que le cœur du Messie soit consolé par le cœur
d’une veuve ? Comment ne pas admirer que le cœur de Dieu puisse être
touché par le don d’êtres humains ? De ceux qui, dépouillés de tout,
privé des êtres chers à leur cœur - conjoint et enfants en premier
lieu - continuent pourtant à donner, à se donner ? Là se révèle notre
nature humaine faite pour le don. Créée à l’image de Dieu. Que la
veuve de Sarepta nous aide à grandir dans la foi envers les paroles
qui nous furent dites de la part du Seigneur et que la veuve de
Jérusalem nous aide à grandir dans un amour qui ne réserve rien et
donne tout. Amen.
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