Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Trente-deuxième dimanche C                                                                                                   11 novembre 2007

Père Laurent Basanese, diacre jésuite

Luc 20, 27-38        

Il y a donc eu des gens, des Juifs pieux du temps de Jésus – les Sadducéens – qui ne croyaient pas en la résurrection. Après tout, ils n’étaient pas les premiers : pendant des siècles et jusqu’à une époque très proche de celle du Christ, personne parmi les Juifs ne croyait en la résurrection, ou plus simplement à une vie après la mort : tout se joue dans cette vie-ci ; après, il est trop tard : on descend au shéol, où il n’y a ni joie, ni peine, mais seulement le repos éternel. Pourtant, les Juifs sont nos frères ainés dans la foi… Et qui oserait aujourd’hui reprocher aux Patriarches ou aux Prophètes d’Israël – que nous honorons comme saints – le B.A.-BA de la foi en Dieu, la racine de notre foi (« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et vaine aussi votre foi » : 1Co 15, 14) ? Si le Christ n’est pas ressuscité, s’il n’y a pas de résurrection, on plie les bagages, on éteint les bougies, on ferme l’église car il n’y a rien à voir ni à entendre. La résurrection est, de fait, pour nous, chrétiens, le pivot de notre foi, par lequel tout tient, et il peut être bon de se demander : « où en suis-je dans ma foi en la résurrection ? C’est quoi pour moi la résurrection ? »

 En préliminaire – cela peut paraître une évidence – notons que la résurrection est confessée par toute l’Eglise, i.e. qu’elle n’est pas objet de débat comme au temps de Jésus entre Sadducéens et Pharisiens. Nous croyons que le Christ est ressuscité, et nous croyons en la résurrection des morts, en la résurrection de la chair ; sinon nous ne faisons pas partie de l’Eglise. Mais surtout, remarquons que même lorsqu’il y avait débat parmi les Juifs, même lorsque l’on voulait piéger Jésus par des controverses rabbiniques en inventant cette histoire invraisemblable qui s’appuie sur la loi du lévirat ( « Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère. Or il y avait 7 frères : le 1er se maria et mourut sans enfant ; le 2ème puis le 3ème épousèrent la veuve, etc.), même  lorsque l’on voulait tourner en dérision l’idée de la résurrection, le Christ garde son calme. La résurrection a beau être «  la vérité la plus haute de notre foi dans le Christ », comme dit le Catéchisme, cela n’empêche pas Jésus de répondre à ses contradicteurs, comme à son habitude, calmement mais fermement. « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. » Et la version de l’Evangile selon saint Marc ajoute : « Vous êtes grandement dans l’erreur ! »

 Jésus voulait-il convaincre ? Disons qu’il ne fuit pas le débat et qu’il invite les Sadducéens à réfléchir, à utiliser leur intelligence : « Moïse lui-même le fait comprendre, dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : ‘le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’ » Ne comprenez-vous donc pas ? Jésus aurait pu aussi rappeler l’histoire tragique et édifiante de la première lecture, celle des 7 frères Maccabées, martyrisés en 166 av. JC sous Antiochus pour avoir refusé d’abandonner les lois juives (« Puisque nous mourrons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle »). D’une certaine manière, le Christ convoque l’intelligence des hommes à venir en aide à la foi. Comme si tous les moyens étaient bons pour faire reconnaître la foi en la résurrection. Car oui, il n’est pas secondaire de croire ou de ne pas croire. C’est à proprement parler une question de vie ou de mort. La résurrection, c’est la vie, c’est la vie libérée du péché ; la foi en la résurrection, c’est croire – j’allais dire d’abord simplement – que la vie ne s’arrête pas avec la mort physique, visible, du composé humain. Pourquoi s’arrêterait-elle ? D’ailleurs, quel est le sadducéen des temps modernes qui peut dire ce qu’est la vie, à quel moment elle commence, d’où elle vient, à quel moment elle doit finir ? Il n’en sait absolument rien ! La foi en la résurrection, c’est croire que la vie traverse toutes les épreuves, aussi dures soient-elles, la mort comprise. Pas la peine d’avoir un bac+5 : même un enfant peut le croire : la vie est devant lui et nous croyons qu’elle est aussi devant chacun de nous, peu importe à quelle étape du chemin nous soyons. Nous croyons aussi que cette vie s’est manifestée, qu’elle s’est manifestée pleinement dans le Christ, le Verbe de vie, et c’est Lui qui vient encore et toujours à notre rencontre en ce jour où nous fêtons sa résurrection.

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