Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

32ème dimanche ordinaire- Année C        

Luc 20, 27-38

Père Marc Rastoin, jésuite   

 dimanche 7 novembre 2010

La foi en la résurrection de Jésus est le cœur de notre foi ; elle éclate dans tout le Nouveau Testament, dans toute la liturgie ; elle dit pour nous qui est vraiment Dieu. Evénement concernant Jésus certes mais anticipant sur notre avenir à tous. Mais la foi que Jésus pouvait avoir en la résurrection - avant sa propre résurrection - a-t-elle une quelconque valeur ? Notre foi ne porte pas sur ce que croyait Jésus. Pourtant, le contenu de sa foi ne peut nous laisser indifférents. Ce que les évangélistes, inspirés par l’Esprit Saint, nous en ont transmis est précieux. L’Evangile d’aujourd’hui est l’une des rares fenêtres que nous ayons sur la foi que Jésus avait en ce Dieu capable de ressusciter les morts.

          Cet Évangile est par bien des côtés énigmatique : Il parait le fruit d’un monde tellement éloigné du nôtre que nous peinons à le comprendre. Il apparaît - sous des formes légèrement différentes - en Marc, Matthieu et Luc. Selon l’historien John Meier, il remonte à un événement de la vie de Jésus : son unique rencontre avec les Sadducéens à Jérusalem… son avant dernière rencontre en fait, puisque la dernière sera avec Caïphe et Anne pour le condamner à mort… Unique rencontre mais qui porte sur l’essentiel. Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Quelle vie nous promet-il ? Comment combat-il la mort ? Les Sadducéens racontent une histoire fictive pour faire comprendre non seulement l’absurdité de la résurrection mais surtout que la croyance en sa réalité ne peut être fondée sur la Torah. En effet Dieu a - par l’intermédiaire de Moïse - donné la loi du lévirat, loi qui impose à un frère de donner un fils à son frère décédé sans enfants. C’est une loi dure, par bien des côtés inhumaine ; tombée d’ailleurs en désuétude dans le judaïsme… Son sous-entendu est limpide : pour la Torah le seul avenir d’un homme se trouve dans ses enfants et d’autre part l’idée de la résurrection rend ridicule le cas d’une femme ayant eu plusieurs maris. Cette objection ne doit pas être écartée d’un revers de main : elle est forte et l’on peut penser que les Sadducéens l’avaient plusieurs fois utilisée contre les Pharisiens.

          Jésus va répondre à la fois sur le fait de la Résurrection et sur le mode. Tout d’abord le monde de la résurrection ne saurait être comparé au nôtre. Toute tentative de le décrire comme une reproduction du nôtre est à côté de la plaque. Devenus pleinement ‘fils de Dieu’ - ce qu’ils étaient appelés à être depuis toujours – les ressuscités partagent l’immortalité du Seigneur. Les ressuscités échappent au temps et à la mortalité. ‘Ange’ ici ne signifie pas ‘pur esprit’ mais justement ce que saint Paul entend par « corps spirituel » (1 Co 15,43-44) ou glorieux. Ceci étant dit, Jésus est affronté à une tâche difficile : trouver un texte biblique - provenant de la Torah - qui puisse fonder la foi en la résurrection… Sa réponse est originale et invoque un verset non invoqué par les Pharisiens qui en citent pourtant beaucoup ! Il cite le passage, solennel, où Dieu révèle son nom personnel pour la première fois à Moïse. Non seulement ce texte vient de la Torah mais il y est central ! Mais en quoi ce verset montre la résurrection ? Dans la mentalité hébraïque, Dieu et la mort sont totalement antinomiques : Un grand nombre de lois visent à séparer Dieu – et ceux qui s’en approchent, les prêtres - de tout contact avec la mort : « il ne viendra près du cadavre d'aucun mort… ni pour son père ni pour sa mère » (Lv 21,11) est-il dit du Grand-prêtre. Est-il vraisemblable, est-il même possible, qu’au moment où Dieu va révéler au peuple son nom, son nom trois fois saint de Dieu vivant, il l’associe pour toujours aux ossements desséchés de trois cadavres ? Non ! Abraham, Isaac et Jacob sont vivants. Dieu ne peut être associé à la mort en aucune manière : il est celui qui, dès maintenant, combat la mort à la racine comme Il le montre dans le ministère de Jésus. Le Père que Jésus loue et sert est le Dieu des vivants : Jésus le croit de toute son âme et de toutes ses forces : il imite ce Père en tout ce qu’il fait… A nous de faire de même pour vivre en ‘fils de la résurrection’. Jésus a chanté alléluia avant sa Pâque. Jésus a cru au Dieu des vivants avant de croire au Dieu de sa vie. Il a cru que Dieu pouvait ressusciter les morts avant de croire qu’il allait le ressusciter lui… « Tous vivent pour lui » et par Lui et rien de ce qui vit ne vit sans Lui. Croyons nous aussi en ce Dieu de la vie qui nous veut vivants maintenant et pour toujours près de Lui. Amen.

© Compagnie de Jésus