|
33ème
dimanche B
dimanche 19 novembre 2006
Père
Jean-Marc Furnon, jésuite
Marc 13,
24-32
TRADITION
Jésus parle du « Fils de l’homme ». C’est un titre que tous
comprennent dans la culture religieuse juive du temps. Aujourd’hui, en
France, il suffit de dire « le président de la république » ou « le
Pape » et tous comprennent. Le Fils de l’homme c’est celui qui est
attendu lorsque les circonstances traversées par le peuple juif et les
hommes d’une époque sont apocalyptiques comme on dit, lorsque toute la
création est secouée. De lui qu’on attend le salut, on compte sur son
intervention puissante.
Il est appelé « fils de l’homme » parce qu’il a une apparence humaine
alors qu’il n’est pas né d’un homme et d’une femme. Le livre de Daniel
nous dit qu’il arrive des nuées du ciel et la gloire qui l’entoure
témoigne de son origine divine et de sa puissance et Jésus le
rappelle. Il reçoit l'autorité sur toutes les nations. Il est appelé à
juger et à être le sauveur de toute l’humanité.
NOUVEAUTE
Jésus a apporté une première nouveauté en laissant entendre que le
Fils de l’homme c’était lui. Ce titre, souvent employé par Jésus dans
les évangiles, était sans doute aimé de Jésus parce qu'il laissait
l'auditeur libre de choisir entre le sens banal « fils d’homme », «
l’homme que je suis », un homme fils d’un homme, et le sens
traditionnel « celui qui vient de Dieu avec un pouvoir éternel ». Et
puis ce titre, Jésus l’a aimé parce qu’il met celui qui le reçoit en
relation avec toutes les nations et pas seulement un peuple
particulier. Le Fils de l’homme témoigne d’un mystère lumineux et
glorieux en relation avec toutes les nations.
Jésus a apporté une autre nouveauté en révélant, dans les trois
annonces de sa passion, que le Fils de l’homme pouvait être marqué par
la souffrance alors que cela était inconcevable puisqu’il venait du
monde divin. Jésus établit un lien très fort entre Fils de l'homme et
le destin du Serviteur souffrant dont nous nous souvenons le jour du
Vendredi saint en lisant le prophète Isaïe :
Mon serviteur resplendira, dit le Seigneur,
La multitude avait été consternée en le voyant,
il ne ressemblait plus à un homme ;
Et voici qu’il consacrera une multitude de nations ;
devant lui les rois resteront bouche bée,
Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait,
nos douleurs dont il était chargé.
Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé,
c’est par ses blessures que nous sommes guéris. (Isaïe 52,13ss)
Le Serviteur souffrant est un membre du peuple d’Israël, né d’un homme
et d’une femme, un Messie lui aussi en relation avec les nations.
Alors que le Fils de l’homme apporte le jugement, le Serviteur
souffrant apporte le pardon de Dieu pour les hommes.
Jésus a annoncé cela dans les trois annonces de sa passion. On lit
dans L’évangile : « Il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de
l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté et que trois jours après
il ressuscite » (Marc 8,31). Jésus a articulé pour toujours, dans
le destin personnel de sa vie et de son appel, ces deux figures du
Fils de l’homme et du Serviteur souffrant.
La lettre aux Hébreux a compris ces deux dimensions réunies en Jésus
lorsqu’elle proclame : « Jésus-Christ au contraire, après avoir
offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours
à la droite de Dieu ». (Hébreux 10,12).
ACTUALITE
Jésus prépare ainsi ses disciples et nous après eux à ce qui va leur
arriver. Il leur dit que lorsque le malheur tombera sur tous les
hommes alors ce sera le signe de la venue du Fils de l’homme. « En
ces temps là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et
la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel… Alors on
verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et
grande gloire » (Marc 13, 24-26). Il leur dit : n’ayez pas peur
des catastrophes, ne vous laisser pas écraser par le désespoir ; au
contraire entendez ces signes comme une annonce de la venue toute
proche du Fils de l’homme. Aussi proche qu’est l’été lorsque le
figuier, arbre tardif, pousse ses premières feuilles.
Voilà ce que Jésus dit à ceux qui vivent quelque chose comme le 11
septembre à New York ou comme l’invasion de leur pays par une armée
ennemie ou comme le suicide d’un fils ou d’un proche quand on entre
dans la nuit totale, comme le jour où Marie a reçu dans ses bras son
fils mort, l’événement le plus douloureux que puisse vivre une mère.
Il dit à ses disciples : le jour où des choses aussi terribles
arriveront ne vous laissez pas écraser par la souffrance mais recevez
la comme un signe de la présence toute proche, ma venue à votre porte.
Intérieurement tenez bon, confiance, j’arrive pour vous libérer de la
mort. Gardez courage, restez debout intérieurement confiant dans ma
venue. C’est la foi de Jésus lui-même lorsqu’il voit venir la
catastrophe pour lui à travers le fait d’être rejeté et mis à mort.
C’est notre foi ; elle ne tient que sur la parole de Jésus.
Cette annonce aidera les disciples à se souvenir et à comprendre au
lendemain de la résurrection. C’est comme un mini récit d’Emmaüs avant
la passion. La résurrection de Jésus et son retour au dernier jour
manifesteront ce qu’il était dès le début de sa vie publique, dès sa
conception, dès le commencement du monde : le Fils de Dieu caché dans
un fils d’homme au cœur de l’humanité vivante et souffrante.
A la consécration nous entendons les paroles qui sont sorties du cœur
de Jésus, le Fils de l’homme, à la dernière cène : « Il prit la
coupe, il rendit grâces, la donna à ses disciples, en disant : prenez
et buvez en tous … car ceci est le sang de la nouvelle Alliance qui
sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ».
Ces paroles resplendissent au cœur de l’eucharistie, au cœur de
l’humanité, au cœur de Dieu.
|