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33° dimanche C
Malachie 3, 19-20
Psaume 97
2 Thessaloniciens 3, 7-12
Luc 21, 5-19
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33° dimanche
C
Père Dominique Salin, jésuite
La fin des temps
Reconnaissons-le : les images d’apocalypse annoncées par cette page
d’évangile, ne nous impressionnent pas beaucoup. Temple rasé, guerres,
révolutions, tremblements de terre, famines, épidémies… Toutes ces
horreurs, toutes ces terreurs, qui hantaient l’imaginaire des
contemporains de Jésus… Nous, nous avons vu mieux. Nous avons vu
s’effondrer, en direct, les tours jumelles du Centre Mondial du
Commerce. Le cinéaste Franck Coppola nous a montré Apocalypse now.
Et, si l’image des enfants du Biafra au regard dilaté par la faim
s’éloigne dans le passé, le sida est en train de décimer l’Afrique
plus efficacement, parce que plus silencieusement, que les luttes
fratricides qui la déchirent. Nous avons fait des progrès depuis
l’époque de Jésus.
Une chose n’a pas changé : le cœur de l’homme. L’homme est toujours aussi
prompt à s’effrayer des situations qu’il a lui-même créées, comme ces enfants
terrorisés par le dessin qu’ils ont eux-mêmes gribouillé sur un mur, pour
emprunter l’image à Pascal. En outre, certains hommes sont toujours tentés de
jouer sur la peur pour assurer leur pouvoir sur les autres. Si je ne craignais
de tomber dans la démagogie irresponsable et l’anti-américanisme à bon compte,
il me suffirait d’évoquer l’actualité internationale pour souligner ce qui est
bien connu de tout le monde : c’est en jouant sur la peur et le besoin de
sécurité que, trop souvent, du Caucase aux Montagnes Rocheuses, des hommes ont
assuré leur pouvoir sur les autres.
C’est justement ce que Jésus, ici, refuse de faire. Il lui serait facile,
comme à tant d’autres prédicants, de jouer sur la peur qui hantait les masses
populaires. Beaucoup de juifs, en effet, étaient persuadés que la conjoncture
historique avait atteint le comble de l’intolérable et que quelque chose
allait se passer. Yahvé allait certainement intervenir. On allait voir ce
qu’on allait voir ! Ce serait la grande lessive, le « Jour de Yahvé ». Et ce
bouleversement serait inauguré par d’épouvantables catastrophes. Conviction
attestée par la littérature de l’époque, à commencer par l’Apocalypse de saint
Jean. Il est possible que Jésus lui-même ait partagé cette conviction.
Conviction qui n’était pas sans fondement, puisqu’en effet, Dieu était en
train de se manifester en Palestine, mais incognito…
Toujours est-il que Jésus, dans sa prédication, a manifestement refusé de
sombrer dans le catastrophisme. Il a refusé de jouer sur la peur, grande
pourvoyeuse de sectes comme chacun sait. Bien sûr, dit-il en substance, il se
produira des événements épouvantables. Mais n’ayez pas peur ! Ces violences
spectaculaires ne sont pas grand-chose en comparaison de la violence
intérieure qui ronge le cœur des hommes. La clé de la vie n’est pas dans la
puissance des armes, des virus, des volcans. La clé de la vie est dans le cœur
des hommes.
A la violence extérieure et spectaculaire, Jésus, vous l’avez remarqué, oppose
la violence intérieure : la violence qui peut être faite à quelqu’un quand on
lui demande de renier ses convictions, de parler contre sa conscience, d’agir
contre sa foi : devant un tribunal, devant des bourreaux – j’ajouterai :
devant une urne électorale, devant les formes de chantage, subtiles ou
grossières, de grande conséquence ou de petite conséquence, qui se rencontrent
tous les jours dans la vie sociale, économique, politique, familiale parfois.
Là est la vraie violence, là est le vrai courage. Courage de ne pas parler
contre sa conscience, de ne pas agir contre sa conscience. Courage de ne pas
adopter le double langage. Courage d’agir et de parler comme si tout ce qui
est secret, tout ce qui est caché au fond des coeurs, devait un jour être
proclamé sur les toits. « Que votre oui soit oui, que votre non soit non ! »
C’est à ce courage-là qu’invite Jésus, dans tout l’évangile, pas seulement
dans ce passage. Il invite à ne pas céder à la peur, à la panique qui prend
aux tripes. Bien sûr, ce courage n’est pas sollicité tous les jours dans notre
vie, somme toute protégée, de citoyens français. Nous savons qu’il est des
circonstances où ce courage peut être héroïque. Nous savons que c’est ce
courage qui est à l’origine des plus belles pages de l’histoire de l’Eglise et
de l’humanité.
Ce courage-là, Jésus l’a eu comme personne. Il a vaincu en lui la peur. Il a
trouvé dans la confiance en son Père, dans la confiance en la parole du Père,
la force de traverser sa peur. Ecoutons-le nous dire : « N’ayez pas peur !
Confiance ! J’ai vaincu le monde ».
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