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33ème dimanche
ordinaire- Année
C
Luc 21, 5-19
Père Dominique
Cupillard, jésuite
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dimanche 14 novembre 2010 |
Ces paroles de Jésus prennent toute
leur force à l’époque où saint Luc les rapporte, après la chute de
Jérusalem et la destruction du temple en 70 de notre ère, un véritable
cataclysme, qui va réveiller et entretenir le syndrome d’une fin du
monde imminente, la conviction qu’on est à la fin des temps. Et du
coup, conduire certains, comme ces chrétiens de Thessalonique dont
parle saint Paul, à se désintéresser du monde et à s’en retrancher,
dans une attente mal comprise du retour du Seigneur.
Car que le Seigneur doive venir ou
revenir, c’est une certitude, mais inséparable de son appel à
l’accueillir déjà en ce monde, et de sa promesse d’être avec nous
en ce monde. Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du
monde.
Il serait paradoxal, frères et sœurs,
que nous prétextions que ces temps sont les derniers, pour leur
échapper, les fuir et nous y soustraire d’avance, quand le Christ au
contraire nous y donne rendez-vous, pour témoigner de Lui, comme Lui,
jusqu’au bout, là où d’autres, peuvent être tentés de se dérober ou
d’abandonner la partie. C’est par votre persévérance que vous
obtiendrez la vie.
L’appel du Christ à témoigner pour
lui, ne s’arrête pas au seuil de ces derniers temps, pas plus qu’il ne
s’arrête dans nos vies au seuil de l’épreuve, de la vieillesse ou de
la maladie. C’est même l’inverse semble-t-il. Plus la fin approche,
plus tout parait précaire et menacé, et plus l’appel se fait pressant
à ne pas abdiquer, à ne pas déserter les lieux du combat, à rendre
compte, sans faiblir, de notre foi et de notre espérance en la vie.
Ne vous effrayez pas dit
le Christ, n’ayez pas peur de ces derniers temps, qui viennent
et qui sont déjà, ceux où vous vivez. Car ils sont, ces derniers
temps, sous le signe de ma résurrection, qui les a inaugurés et qui
les conduira, à leur achèvement, quand sera définitivement consommé,
le dessein de Dieu, qui m’a arraché à la mort.
Ce fut une tentation pour les premiers
chrétiens, et ça le reste pour nous, en butte à des événements et à
des temps hostiles ou illisibles, de nous détourner de ce qui passe et
de ce qui se passe, et d’attendre notre salut dans un au-delà, qui
nous consolera des réalités d’ici bas. Faisant du christianisme, une
religion à mystères, comme il en existe d’autres, déconnectée de
l’histoire et sans promesse pour elle, n’ayant rien d’autre à nous
offrir, qu’une éventuelle survie dans un monde meilleur.
Or le propre du christianisme,
héritier de l’espérance d’Israël, c’est de ne pas séparer le salut et
l’histoire, d’être habité par l’espérance d’un salut non pas relégué
dans un autre monde mais déjà à l’œuvre dans ce monde.
Dieu a voulu en effet, que nous soyons
impliqués dans la résurrection du Christ, pas seulement au futur mais
au présent, encouragés et appelés à en inscrire dès maintenant, dans
nos vies et dans l’histoire, la figure libératrice, pour nous et pour
les autres. Cela ne fait pas de nous des héros. Mais nous assigne une
responsabilité en ce monde, plus urgente quand les temps paraissent
sombres et les marges de manœuvre étroites, celle de témoigner du
salut de ce monde, et d’y travailler sans relâche, à travers une
manière d’y vivre, de nous y engager, d’en partager les joies et les
combats, d’en discerner les atouts et les faiblesses. Armés d’une
assurance et d’une espérance qui nous viennent du Christ.
Ce n’est pas un hasard si les premiers
chrétiens et nous-mêmes aujourd’hui, désignons par l’expression
Jour du Seigneur, à la fois le jour final du retour du Christ et
le dimanche, où nous célébrons son eucharistie. Comme s’il était déjà
là ce dernier jour dans le premier jour de nos semaines.
La vraie surprise, celle qu’évoque le
Christ, quand il dit que son retour nous surprendra comme un voleur,
sera peut-être d’avoir ignoré ce Jour alors qu’il était déjà là.
© Compagnie de Jésus
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