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Troisième
dimanche de l'Avent (A)
16
décembre 2007
Père
Patrick Verspieren, jésuite
Matthieu 11, 2-11
Frères et Sœurs,
Cette période de l’Avent nous invite à comprendre et à faire nôtre
l’intensité du questionnement de Jean-Baptiste : « Es-tu celui qui
doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». L’Eglise nous
invite à nous poser à nous-mêmes cette question, ou plutôt, ils sont
trois à interroger dans ce passage de l’Evangile. Jean-Baptiste met
Jésus en demeure de répondre, mais Jésus interroge ensuite les
foules qui l’entourent, et l’Evangéliste reproduit ces
questionnements pour les adresser aux communautés chrétiennes.
Entendons d’abord les interrogations que formule Jean-Baptiste, du
fond de sa prison. Le roi Hérode, nous dit l’Evangile selon Saint
Matthieu, l’avait fait arrêter, l’avait chargé de chaînes et mis en
prison à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe. Jean lui
disait : « Tu n’as pas le droit de l’avoir pour femme » ; et pour
cela Hérode et Hérodiade voulaient sa mort.
Jean, le prophète qui avait orienté toute son action et consacré sa
vie à annoncer la venue d’un messie qui viendrait arracher le mal et
purifier le peuple, est désormais réduit au silence. Sa mort est
proche. Or, il ne voit pas se réaliser ce qu’il avait annoncé.
Jésus, que Jean avait désigné comme « celui qui doit venir » pour
manier la pelle à vanner et consumer au feu qui ne s’éteint pas,
accueille et fréquente les publicains et les pécheurs. Tarde-t-il à
remplir le rôle que Jean attend de lui, ou bien serait-ce que Jésus
n’est pas vraiment celui qui doit venir pour la purification du
peuple ? Jean s’impatiente, ou même se met à douter. Ce qu’il
croyait proche est-il encore lointain ? Et lui-même ferait-il
seulement partie de cette longue liste de prophètes annonçant le
règne de Dieu à venir, un règne constamment repoussé à plus tard ?
Doute-t-il du sens de sa mission, et même du sens de sa vie ? En
tout cas, il supplie Jésus de se prononcer. Jésus le renvoie à une
autre conception du rôle du messie attendu : celui qui redonne la
vue aux aveugles et l’ouïe aux sourds, remet en marche les boiteux
et rend même la vie à ceux qui étaient morts, selon la prophétie
d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture. Jésus invite
donc Jean à le reconnaître, au prix du renoncement à ses images de
puissance et de feu dévastateur.
Mais Jésus ne se contente pas de cela. Il interroge ceux qui
l’entourent au sujet de Jean. Vous avez été écouter Jean, du temps
où il prêchait dans le désert. Vous vous êtes fait baptiser par lui.
Pourquoi avez-vous fait une telle démarche ? Qui donc est-il pour
vous ? Si vous le reconnaissez comme prophète, alors écoutez ce
qu’il disait, et ce qui était dit de lui dans les Ecritures : «
Voici que j’envoie mon messager, pour qu’il prépare le chemin devant
toi ». Si Jean préparait ainsi le chemin d’un autre plus grand que
lui, n’est-il pas temps de s’interroger à propos de celui qu’il
avait désigné ? Si Jean disait vrai, il est devenu temps de se
prononcer soi-même, et de s’engager à la suite de celui qu’il avait
désigné.
Voici les questions que l’Evangéliste adresse aux communautés
chrétiennes, à nous-mêmes aujourd’hui. Reconnaissons-nous Jésus
comme l’envoyé de Dieu, celui que Dieu avait promis par la voix des
prophètes ? Et l’attendons-nous vraiment, pour qu’il prenne place
dans notre vie, ou bien nos attentes sont-elles autres, tournées
vers d’autres figures ou d’autres réalités terrestres ?
Jean-Baptiste lui-même s’est impatienté, ou même a été effleuré ou
envahi par le doute. Cette impatience ou insatisfaction devant la
non réalisation plénière du Règne de Dieu ou ce que nous estimons
être des insuffisances de l’Eglise … ou nos propres insuffisances,
ou ce doute sur l’identité de Jésus, n’hésitons pas à en reconnaître
l’éventuelle présence en nous. Mais, comme Jean, n’en restons pas
là. Il est trop facile de rester sur la rive et de contempler la
marche du monde en se gardant bien de s’engager, sous couvert
d’incertitudes que nous ne prendrions pas la peine de lever. Comme
Jean, ne restons pas enfermés dans nos hésitations, sachons
interroger. Pour signes de son identité, Jésus évoque les fruits
déjà récoltés, alors qu’il en est encore au début de sa mission :
les aveugles voient, les boiteux marchent… Cela nous renvoie d’abord
à notre propre expérience, et à ce que nous pouvons lire de
l’expérience d’autrui. Avons-nous déjà reconnu de tels fruits en
nous-mêmes ou en autrui ? Sommes-nous déjà passés, en divers
secteurs de notre vie, des ténèbres à la lumière, de la paralysie à
la liberté, de la solitude à la communion, de la surdité à la
compréhension, et finalement de ce qui était un enfermement ou une
mort à une vie véritable ? Avons-nous fait l’expérience d’un tel
renouvellement, d’une telle libération ? Il serait important de
relire notre propre histoire, non pour nous en glorifier, mais pour
pouvoir rendre grâces et reconnaître la source de cette libération.
A ceux qui l’entouraient Jésus posait une autre question : Qu’êtes
vous allés chercher auprès de Jean-Baptiste, et qui
reconnaissez-vous en lui ? Jésus en appelait ainsi au témoignage de
Jean. Aujourd’hui, grande est la foule de ceux qui ont fait
l’expérience d’une vie renouvelée par la découverte de Jésus-Christ
et de sa Bonne Nouvelle. Chacun de nous est plus sensible à telle
figure ou à telle autre. Elle peut devenir pour nous le témoin dont
la voix nous parle, dont l’œuvre nous attire et dont la vie nous
révèle l’action libératrice et vivifiante de Jésus et de son Esprit.
« Entende qui a des oreilles pour entendre », conclut Jésus dans le
passage de l’Evangile qui suit immédiatement celui que nous avons
entendu. Certes, dans l’attente de la venue du Seigneur, il faut
faire preuve de patience, comme le dit Saint Jacques dans la seconde
lecture. De patience, mais aussi d’impatience, si l’on entend par là
non pas la hâte qui habitait peut-être Jean-Baptiste, mais
l’intensité d’une attente et d’un désir.
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