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3° dimanche C
Néhémie 8, 1...10
Psaume 18
1 Corinthiens 12, 12-30
Luc 1, 1-4 ; 4, 14-21
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3ème dimanche C
Père Jean-Yves Calvez, jésuite
Nous avons lu, dans les lectures quotidiennes, il n’y a pas
longtemps, un premier tour d’horizon de la mission de Jésus: annonce
de l’arrivée du Royaume; libération des esprits mauvais qui nous
tourmentent; guérison. Voici, avec saint Luc, une présentation
complémentaire, restée très fameuse: la Bonne nouvelle est annoncée
aux pauvres, les prisonniers vont être rendus libres, les aveugles
vont voir la lumière. “Libération” est le mot central. Et cela
commence aujourd’hui, dit Jésus. Avec moi: avec cette entrée, cette
nouvelle entrée faut-il dire, de Dieu dans l’histoire des hommes. Le
mot “pauvres” frappe le premier. Il a un sens non pas large -et flou-
mais complexe certainement et double, mais les deux côtés se tiennent.
Il s’agit bien des pauvres de ce monde, des hommes et femmes qui ne
joignent pas les deux bouts, qui demeurent en panne dans la vie
économique. Il s’agit des pays pauvres aussi, où règne la
malnutrition, la faim, le sous-emploi, la maladie. Vous savez que
quand vous allez vivre dans un village africain, vous vous dites bien
vite: ici, on mange après tout, quand la récolte a été normale, qu’il
n’y a pas eu de sécheresse ou de pillards, mais si on attrape la
moindre maladie ou presque, on meurt, vite et jeune... Oui, il s’agit
de tous ces pauvres là. Mais il s’agit aussi de tous les hommes et
femmes qui sont assez dépouillés d’eux-mêmes pour attendre Dieu et son
royaume, ceux-là qui sont tendus vers un plus que tout ce que peut
offrir la terre. Les anawim fameux du monde juif du temps de Jésus.
Non sans pauvreté physique et matérielle pourtant, non sans peine de
pauvreté, dirai-je, car de quelque manière ils seront “libérés”, dit
Jésus. Et voilà pourquoi les chrétiens, l’Eglise doivent se sentir
très proches des pauvres. Option pour les pauvres, préférence pour les
pauvres. Vous savez combien on l’a dit et répété depuis le Concile
Vatican II surtout. On s’est disputé aussi parfois autour de ces mots.
Mais ils tiennent, comme la désignation de quelque chose d’essentiel
pour la vie chrétienne et pour la communauté Eglise.
Cela veut dire que nous ne pouvons pas nous résigner à un système
économique, à une théorie économique, à une pratique économique qui se
satisfait de beaucoup de pauvreté: non, nous devons lutter contre
elle, nous organiser pour qu’elle recule...
Cela veut dire, ensuite, que nous devons tout faire, dans nos
quartiers, dans nos villes, pour que nos communautés soient
accueillantes aux plus pauvres et à tous ceux qui attendent Dieu.
Cela veut dire encore que nous devons creuser l’attente en nous-mêmes.
Ne jamais nous contenter d’une sorte d’auto-satisfaction, disant: en
somme, nous ne sommes pas si mal que cela, nous jeûnons, au moins nous
ne sommes pas des riches scandaleux, nous donnons la dîme...
Attendons-nous Dieu en vérité? Ou bien ne nous fermons-nous pas sur
notre petite vie ordinaire, sans plus nous sentir appelés, creusés...
invités à prier, à écouter ce que Dieu a à nous dire encore, à quelque
étape de la vie que nous en soyons.
Trois questions alors pour ce jour où nous relisons que notre évangile
est annonce de bonne nouvelle aux pauvres et de bonne nouvelle de la
pauvreté:
-qu’est-ce que je fais pour que l’organisation de la vie économique
soit facteur de recul de la pauvreté?
-qu’est-ce que je fais pour que la porte de la communauté Eglise soit
ouverte aux pauvres?
-qu’est-ce que je fais pour me trouver pauvre comme je dois l’être
devant Dieu, non pas satisfait, orgueilleux, arrêté en chemin?
Dans cette Eucharistie, demandons que le Seigneur grave ces questions
en nos coeurs. Après cette Eucharistie, ensuite, reprenons ces points,
pour entreprendre quelque chose. Amen.
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