Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


Homélie             

                                                                                             

Troisième dimanche (A)                                                                                                   27 janvier 2008

Père Marc Rastoin,  jésuite                                                                

Isaïe 8,23b-9,3 ; Psaume 26 ; 1 Corinthiens 1,10-13.17 ; Matthieu 4,12-23

         Tout commence par une arrestation comme tout finira par une arrestation ? Non. Tout commence au bord du lac comme tout finira au bord du lac. C’est quand Jésus apprend l’arrestation de Jean le Baptiste qu’il se met en route : c’est l’heure de Dieu, l’heure de sa mission, qui a commencé avec cette arrestation : mystère des chemins de Dieu. Hérode ne savait pas qu’en arrêtant Jean, il mettait Jésus en route. De même Pilate ne saura pas en arrêtant Jésus puis en le faisant crucifier, que ses actes s’inscrivaient dans le dessein de Dieu. Arrestation ? On n’arrête pas la Parole de Dieu ! Jésus considère que Jean est un envoyé de Dieu : « qu’êtes vous allés voir au désert ? Oui un prophète je vous le dis et plus qu’un prophète ! » (Lc 7,24.26). Et pour bien signifier que l’on n’arrête pas la Parole de Dieu, Jésus reprend le même message que Jean : Convertissez-vous ! Continuité. Pourtant il y a bien une différence : Jésus va vers les gens, il va au bord du lac et il appelle. Ceux qu’il appelle sont occupés à leur activité ordinaire quotidienne. Jésus appelle à le suivre. Pourtant dans le petit récit qui nous est fait de son activité, ces disciples appelés ne font rien. Alors même qu’il agissait seul, Jésus n’a pas voulu apparaître comme un homme seul. Ce seul fait devrait nous faire réfléchir. Avant même que le corps que nous appelons l’Eglise existe, Jésus n’est pas seul, ne veut pas être seul, même si ses compagnons ne comprennent pas tout, et même pas grand-chose. La mission n’est pas une affaire solitaire : il s’agit de bâtir un corps, une famille nouvelle de frères.

         * C’est au cœur de cet appel tout simple que survient l’étonnement. Jésus dit : « Je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Comment est-ce possible d’utiliser une image aussi barbare, aussi cruelle, pour dire ce qu’est la mission des Apôtres ? Le pêcheur attrape le poisson par tromperie et le tue pour le manger. Cela n’a rien de sympathique ! Dans toute la Bible, la pêche, qu’elle soit à l’hameçon ou au filet, est une activité funeste. Elle est l’œuvre soit du diable qui veut capturer les hommes, soit de Dieu qui capture les ennemis d’Israël. L’image n’est jamais positive et cela se comprend bien ! Comme le dit un américain: « Fishing is never good for the fish; Fishing is never a good news for the fish » ! Comment Jésus ose-t-il formuler une parole aussi choquante ? Comment comprendre le choix de cette métaphore ? A cause de la profession de certains Apôtres ? On ne peut vraiment la comprendre qu’en regardant Jésus lui-même. Car qu’est en train de faire Jésus ? Précisément ce qu’il dit que les disciples feront : pêcher. Il est en train de pêcher des hommes par sa parole souveraine. Pourquoi pêche t-il ? Parce que le premier pêcheur, c’est le Père. C’est le Père qui l’a appelé à attirer les hommes à lui. Certes mais la difficulté demeure. Dieu voudrait-il nous capturer ? Pour nous manger ? Certes non ! Comment Jésus pêche t-il ? Sa manière est à l’opposé de celle des pêcheurs. Jésus est une sorte de pécheur à l’envers ! Les pêcheurs trompent le poisson par des leurres, des pièges : Jésus, lui, dit la vérité. Il n’use pas de tromperie. Il ne séduit pas par de belles paroles. Il dit ce qui est, avec force et netteté. Cela ne l’empêche pas d’éprouver de la compassion et de la tendresse pour les gens qu’il croise. Prenons Zachée. La manière d’attraper de Jésus consiste à se laisser attraper. Il se laisse inviter. Il propose ; il n’impose rien. Jésus dira de Nathanaël : « voilà un véritable fils d’Israël », un homme sans tromperie, littéralement sans hameçon. Il verra en lui ce qu’il est lui : un homme droit. « Dans sa bouche, on n'a pu trouver de mensonge°» a prophétisé Isaïe du Serviteur souffrant (Is 53,9c). Jésus nous appelle à être pécheurs comme lui : sans tromperie. Par des paroles et des actes certes mais d’une façon qui respecte au plus haut point la liberté de l’autre : ‘Et toi que dis-tu ? Comment lis-tu ?’ Sans doute est-ce pour cela que Jésus aimait les paraboles qui laissent l’auditeur tirer lui-même la conclusion de l’histoire pour lui.

         Jésus nous appelle à être comme lui, des pêcheurs qui ne pêchent pas pour tuer mais pour sauver, non par la séduction mais par la vérité, non pas pour manger mais bien plutôt pour être mangé. Des pécheurs qui se font poissons pour que leurs frères aient la vie. Célébrons celui qui nous a révélé combien Dieu nous respecte au point de ne se donner à nous que si nous l’accueillons dans la foi. Accueillons le pêcheur qui s’est fait poisson sur la braise au bord du lac, le berger qui s’est fait agneau, le donateur de toute vie qui s’est fait pain pour la route.

 


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