Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Isaïe 61, 1...11

1Thessaloniciens 5,16-24 Jean 1, 6...28
 


 

 

Troisième dimanche de l'Avent B                          dimanche 11 décembre 2005                      

 Père Xavier Jahan,  jésuite

 

Le prophète Isaïe, la vierge Marie et l’apôtre Paul nous ont tous parlé d’une joie qui traverse leur existence. Joie qui vient d’une parole entendue, accueillie, crue avant même sa réalisation, son accomplissement. C’est pour Isaïe « Le Seigneur [qui l’]a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » ; c’est pour Marie l’expérience que le Seigneur se penche sur son humble servante et qu’il a fait et fait pour elle des merveilles ; c’est pour Paul l’expérience de la fidélité absolue du Dieu qui appelle chacun d’entre nous.

Parole qui circule depuis les Origines et traverse toutes les générations…

La trace de cette Parole est la joie qu’elle laisse en celui qui s’est laissé traverser, dépouiller par elle. Joie qui libère, joie qui redresse, joie qui permet d’avancer, de bondir, de franchir les montagnes tel Isaïe (Isaïe 52, 7), ou de courir de part le monde comme Paul (2 Tim 1) pour aller annoncer la Bonne Nouvelle… Mais joie aussi qui dépouille son porteur pour lui permettre d’accueillir davantage : pour obtenir de nouvelles richesses encore plus grande encore, à l’image de l’homme, dans la parabole de l’évangile de Matthieu, qui trouve un trésor dans un champ et s’en va ravi de joie, vendre tout ce qu’il possède pour acheter le champ… et le trésor (Mat 13, 44) ! C’est ce qu’à compris et ce que chante Marie : « il renvoie les riches les mains vides », « il comble de bien les affamés ! »

Jean le Baptiste est pour nous aujourd’hui l’illustration de ce dépouillement total. Lui qui vit dans la solitude, le désert, lui qui s’est détaché de toute richesse jusqu’à ne plus se nourrir que de sauterelles et de miel sauvage, il n’est plus qu’une voix, que cette voix qui crie dans le désert. Non pas qu’il n’existerait plus, que son humanité ou que son identité serait rabaissée voire niée. Signe, au contraire, qu’il n’existe plus qu’en raison de cette parole qui l’anime et le traverse, parole qu’il porte et qu’il transmet librement. C’est comme le corps d’un instrument de musique qui n’a de sens qu’en raison du son qu’il donne à entendre… Prenez l’exemple d’une flûte : ce n’est en fait qu’un simple tuyau. Mais si le « tuyau » n’est pas vidé de l’intérieur, nous avons quelque chose qui à la forme de la flûte mais qui n’en n’est pas une… Une flûte muette, serait-ce encore une flûte ? Non c’est un bâton, une barre de métal. Il faut bien que cet instrument ait un espace vide, à l’intérieur de lui-même, pour qu’un souffle puisse le traverser et qu’il fasse résonner le son qui le caractérise, le définit, le fait exister en tant qu’instrument de musique…

Dans l’évangile de ce jour il n’est pas fait mention de manière explicite de la joie de Jean le Baptiste. Pourtant elle se laisse entendre en filigrane. Elle est cachée. Mais elle est bien là. C’est la joie de l’attente. Qui d’entre nous n’a pas éprouvé ce sentiment sur un quai de gare lorsque, venu pour accueillir un ami ou une mamie bien aimée revenant d’un voyage, nous cherchons, parmi les visages des voyageurs, le regard de l’être aimé ?… Et l’exultation qui jaillit au moment où son visage, au milieu de la foule, soudainement, apparaît...

Oui Jean le Baptiste, lui aussi, est traversé par cette joie. Joie qui éclatera, un peu plus tard, lorsque ses amis viendront lui demander son avis sur cet homme Jésus qui baptise lui-même à son tour… Jean leur répondra en utilisant l’image de « l’ami ravi de joie de la voix de l’époux » et leur dira : « ma joie est parfaite » (Jean 3, 29).

Joie qui vient du Christ. Lui qui dira à ses amis, à l’autre extrémité de l’évangile, la veille de sa passion, « je vous ai dit tout cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jean 15, 11). Seul le Christ, Parole vivante, Verbe éternel du Père, peut nous donner la plénitude de cette joie qui nous fait vivre. Le Christ lui-même est cette joie totale de nos vies.

(« Heureux les invités au repas du Seigneur » dirons-nous avant d’aller communier au Corps du Christ…)

Mais seuls ceux qui sont purifiés peuvent découvrir et accueillir cette joie. Seuls ceux qui acceptent de se laisser laver par cette eau que verse Jean le Baptiste. Cette eau du Jourdain que le peuple hébreux a traversé pour quitter le désert de l’Exode et entrer en Terre Promise (Nombres 35, 10), cette eau dans laquelle le général païen Naamân le syrien, après avoir fortement résisté, a finalement accepté de se baigner à la demande du prophète Elisée pour être purifié de la lèpre qui défigurait son corps (2 Rois 5, 10).

Quel peut-être pour moi aujourd’hui cette eau qui me purifie ? De quoi peut-elle me purifier et ainsi me disposer à accueillir cette joie ? « Aplanissez le chemin du Seigneur », nous crie Jean le Baptiste, autrement dit déblayez le sentier pour que le Seigneur puisse venir à vous sans peine. N’ayez pas peur de vous laisser dépouiller par cette joie de Dieu ! Cela peut-être recevoir en ces jours le sacrement du pardon : s’en remettre à un autre en me déchargeant, en me dépouillant de ce qui m’encombre et me rend et me maintient triste. Me désencombrer pour être comme cette flûte, cet instrument de musique qui se laisse finalement traverser par le souffle de l’Esprit. Pour devenir cet instrument entre les mains de Dieu qui chante sa joie, la joie de Dieu, pour tous les hommes…