Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


Homélie             

                                                                                             

Troisième dimanche de Carême (A)                                                                                                   24 février 2008

Père Jean-Paul Mensior,  jésuite                                                                

 

Jean 4, 5-42

Ce récit est tellement riche, que ne peux en souligner que quelques aspects. Je voudrais m’interroger sur le poids et les conséquences de ce qui est le sommet du dialogue entre Jésus et la Samaritaine, c’est à dire l’annonce d’une religion « en esprit et en vérité ».

   Il n’y a rien de plus subversif que ces propos   En effet, la tradition dont il est issu, et qui fait de lui un  juif parfait, Jésus s’y est soumis Le temple, la loi, il a appris à les aimer. Et pour un juif, c’est tout : toute sa culture, tout son patrimoine, toute son histoire : c’est ce qui en fait un peuple. Pourtant, c’est précisément l’attitude de Jésus vis à vis du temple et de la loi qui va déclencher l’inquiétude et bientôt la haine chez les dépositaires de la loi et les gardiens du temple. Une haine qui le mènera à la mort.

   Le temple ? Il a déjà parlé de le détruire, et cela lui sera reproché pendant son procès. Ici, en fait, qu’annonce-t-il ? La fin de la religion du temple. « Nos pères ont dit : il faut adorer sur cette montagne » lui dit la femme en montrant le mont Garizim. « Vous, les juifs, vous dites que c’est à Jérusalem. Explique-toi… »  Jésus met fin à cette querelle de clochers. Répondre que la vraie religion est « en esprit et en vérité » c’est dire clairement que la relation à Dieu est possible en tout lieu et en tout temps, et pas seulement en un lieu et en un temps « religieux ».

   Déjà Jésus vient de montrer une liberté extraordinaire par rapport aux interdits de sexe de race et de religion, car il est anormal qu’un rabbi parle avec une femme, anormal qu’un juif parle avec un samaritain, c’est à dire avec un hérétique, un impur.

   Mais dire : « Vous n’irez pas plus à Jérusalem que sur cette montagne pour adorer le Père,  c’est dire que la foi donne une liberté absolue par rapport au caractère sacré et intouchable de la religion.  C’est dire que l’espace ou la foi se vit et se dit c’est toute l’existence humaine et pas seulement la sphère religieuse de l’existence, et que, en toute circonstance, en tout temps et en tout lieu nous pouvons adorer Dieu « en esprit », c’est à dire vivre de l’esprit de Jésus qui nous fait connaître et adorer Dieu comme Père.

   Faut-il dire alors que Jésus est venu annoncer et réaliser la fin de toute religion ?  Bien sûr que non. Mais il nous apprend à ne pas confondre la foi et la religion, celle-ci étant comme le langage de la foi, car l’esprit ne va jamais sans un corps.

   Alors faut-il un langage religieux ? Oui, car la foi doit pouvoir se dire et par conséquent se proposer à ceux qui n’en vivent pas encore, mais en visant toujours le sens à travers les mots. Faut-il des gestes religieux ? Oui, mais ils sont nécessairement aussi variés que les cultures, et aucun ne peut être absolutisé. Faut-il des lieux et des temps religieux, un corps social, une église. Bien sûr car il n’y a pas de foi personnelle durable sans une communauté où la foi personnelle s’enracine dans le terreau de la foi de l’église, et où cette foi puisse être célébrée et nourrie à la double table de la Parole et de l’Eucharistie, mais à condition que toute communauté soit vigilante à ne pas se fermer sur elle-même et cherche à s’ouvrir à une solidarité toujours plus universelle.

   Et d’ailleurs, une assemblée comme la nôtre, qu’est-ce donc, sinon un moment pendant lequel l’Église nous convoque pour nous parler du Christ et nous le donner. Après quoi elle peut, elle doit nous renvoyer en nous disant : « Je vous ai parlé du Christ, je vous l’ai donné. Alors partez, vivez-en, et, autant qu’il vous est possible, faites en vivre le monde. »


 


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