Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                                               

Troisième dimanche de Carême C                                                                                        dimanche 11 mars 2007

Père Jean-Jacques Guillemot,  jésuite

Luc 13, 1-9

           La première lecture de ce troisième dimanche de Carême nous met en présence d’un des récits les plus étonnants de l’Ancien Testament : la scène du Buisson ardent . Dieu se révèle à Moïse et il lui dévoile son cœur de Père . Moïse avait été élevé dans la maison du Pharaon d’Egypte, comme un fils du Pharaon . Il prit un jour le risque de défendre un de ses frères et ce geste lui coûta la carrière qui lui était promise. Et il se retrouva bientôt en exil, sans avenir mais tout à fait libre parce qu’il n’avait plus rien à perdre. Alors Dieu vient à sa rencontre, se révèle à lui comme un père aimant, qui a vu la misère de son peuple et veut l’en libérer. Dieu va donner à Moïse la mission de délivrer son peuple. Moïse pose alors deux questions à Dieu : qui suis-je ? et qui es-tu ? « Qui suis-je pour aller vers Pharaon et faire sortir d’Egypte les fils d’Israël ? » (Exode 3,11) et « S’ils me disent : quel est son nom ? – que leur dirai-je ? » (Exode 3,13). A la première question Dieu répond simplement : « Je suis avec toi » (Exode 3,12) et à la seconde, il répond qu’il est « Je suis » (Exode 3,14).

Qui aurait osé imaginer une telle situation : un Dieu qui aime son peuple ! Cette révélation confiée à Moïse sera désormais le fondement de la foi d’Israël, la pierre angulaire sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour habiter notre terre. Dieu, le Tout - Autre, est le Tout - Proche, qui vient au devant de son peuple pour lui apporter le salut

Cette base est importante pour une bonne approche du problème du mal – du mystère du mal – qui est évoqué dans l’évangile de ce dimanche. Elle empêche de désigner Dieu comme étant le responsable de tous les malheurs qui frappent l’humanité . Paul, dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, nous dit : « Cessez de récriminer contre Dieu ». Il nous invite à regarder vers Moïse et ses compagnons, cette génération qui a péri dans le désert, mais génération qui a bénéficié pourtant de la présence du Seigneur à ses côtés. Les malheurs qui surviennent dans la vie d’un homme ne disent donc pas que le Seigneur l’a abandonné.

« La plupart n’ont fait que déplaire à Dieu et ils sont tombés au désert ». Cela veut-il dire que les maux viennent punir le pécheur ? Paul ajoute : « Ces évènements étaient destinés à nous servir d’exemple, pour nous empêcher de désirer le mal comme l’ont fait nos pères ».
La logique du péché est bien connue et mène à la mort . Le péché est un esclavage dont le Christ nous a libérés mais que nous pouvons malheureusement retrouver. Ainsi, malgré la présence active du Seigneur à nos côtés et l’offre de son appui sur nos chemins  nous pouvons choisir une mauvaise autonomie, une fausse émancipation.

Aller du côté du péché c’est aller du côté d’un chemin de mort, mais les malheurs qui peuvent frapper un homme ne sont pas la punition de son péché, nous assure Jésus : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grand pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ». Ni plus, ni moins pécheurs, en effet. Et Jésus invite les gens à la conversion car tous finiront par mourir. La condition de la vie humaine est fragile. Tout peut arriver à tout le monde. Il importe que chacun veille à sa propre conduite « Celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber « 1 Co10,12).

Et en quoi consiste cette conversion ? Se convertir c’est « se tourner vers » ou « se retourner vers » ? Vers quoi ? Ou vers qui ? Vers Dieu révélé comme Dieu de la vie et non de la mort – non pas un dieu comptable de nos heurs et malheurs – mais le Dieu qui nous relève.« Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants car tous ont par lui la vie » (Luc , 20 ,38). Telle est notre espérance.
Quant à la petite parabole du figuier, rapportée par Jésus, elle nous enseigne que l’appel urgent à une conversion profonde est accompagné des encouragements du Seigneur lui-même. Il ne mesure pas sa grâce et apporte son soutien jour après jour. En bon vigneron il prend patience et déploie inlassablement ses efforts pour que le figuier porte du fruit. Dieu est patient :il sait que les fruits ont besoin de temps pour croître et pour mûrir.
Le temps du Carême nous est ainsi donné pour que – avec la grâce de Dieu - nous portions le premier de tous les fruits, celui de la conversion. Amen