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3ème dimanche
de Carême C
Exode 3, 1...15
Psaume 102
1 Corinthiens 10, 1...12
Luc 13, 1-9
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Troisième
dimanche de Carême C
Père Jean-Marc Furnon, jésuite
LE MALHEUR
N’EST PAS UNE PUNITION DE DIEU
Des Galiléens au nord du pays, dix-huit personnes qui vivaient à côté
de la fontaine de Siloé à Jérusalem. Morts brutalement. Etaient-ils
«plus » grands pécheurs que les autres ? Non. Jésus le dit et le
répète. Jésus déracine un vieil archaïsme qui est en l’homme : le
pécheur est puni, il n’y a pas de pardon pour lui.
L’idée du malheur comme punition divine est archaïque en nous. Dieu
fait route avec l’homme habité par cette représentation d’un Dieu qui
punit l’homme pécheur, d’un Dieu qui n’offre pas de pardon. A travers
plusieurs étapes dans toute l’histoire de l’ancien testament : les
conditions de l’alliance et la théologie de la rétribution, le cri de
Job et l’espérance de la mère des frères Maccabées morts avant l’âge
pour avoir témoigné de leur foi, et jusqu’à l’heure de la Passion et
de la Résurrection, Dieu fait route avec l’homme pour se révéler à
l’homme dans son Fils Jésus.
Il y a des malheurs dans la vie et dans nos vies. Nos amis espagnols
le savent. Ceux de la gare d’Atocha qui allaient au travail ou à
l’université et qui sont encore vivants le savent douloureusement
aujourd’hui.
Un romancier contemporain met dans la bouche de Jésus ces paroles
adressées à un homme qui venait de perdre son fils aîné de 7 ans : «
Ton fils est mort ? lui dit Jésus. Aime-le encore plus. Et surtout
aime les autres, ceux qui te restent, et dis-le leur. Vite. C’est la
seule chose que nous apprend la mort : qu’il est urgent d’aimer».
STERILITE
L’homme est appelé à aimer, à, à découvrir qui est le Dieu révélé en
Jésus-Christ et à porter des fruits. Un figuier est appelé à porter de
bons fruits pour que d’autres s’en nourrissent ; c’est sa manière à
lui, figuier, de participer au concert à la création.
Le propriétaire dit au vigneron de couper ce figuier puisqu’au bout de
trois ans il ne porte pas de fruits. Dire qu’il va falloir couper le
figuier, c’est indiquer la stérilité, c’est nommer ce qui ne va pas :
Dieu est la vie qui se donne, la stérilité c’est le refus, souvent
inconscient chez nous, de transmettre la vie. Dieu est la vie qui se
donne. La mort c’est l’avarice du cœur. Nommer cette stérilité est
déjà un signe de la miséricorde. C’est le signe que Dieu espère en
l’homme ; cette parole témoigne de l’amour que Dieu a pour l’homme.
Sinon, il ne dirait rien, il l’abandonnerait tout simplement ou sans
rien dire il l’abattrait d’un coup de hache.
C’est une réaction humaine que nous vivons parfois à l’égard des
autres : « il n’y a rien à tirer de lui », « laissons le tomber », «
oublions le », « virons le ». « Pas la peine de nous épuiser davantage
avec lui ou elle ». On dit cela d’un collaborateur, d’un employé, d’un
enfant, d’un conjoint, d’un frère ou d’une sœur dans l’Eglise.
FECONDITE
Le vigneron espère que son travail et ses soins permettront de changer
la conduite du figuier et qu’il donne des fruits. C’est une bonne
nouvelle pour le figuier : tout ne repose pas sur lui, le vigneron va
prendre soin de lui. La réponse du vigneron nous révèle l’amour de
Jésus pour les pécheurs.
Nous croyons que l’amour c’est de nous sentir « bien » avec quelqu’un
que l’on aime et qui nous aime. C’est vrai.
L’amour c’est aussi de se laisser toucher comme Dieu s’est laissé
toucher par les cris et la souffrance de son peuple, dans la première
lecture, de se laisser toucher comme le samaritain est touché par
l’homme blessé au bord de la route ; comme le dit Jean-Paul II,
l’homme blessé au bord de la route est pour nous un appel à la
générosité qui est en nous, à notre capacité de transmettre la vie
largement et gratuitement.
Jésus va plus loin en nous révélant, dans le mystère de l’incarnation,
l’amour qui sort du cœur de la Trinité pour l’humanité qui s’enfonce
dans la stérilité du cœur. Jésus s’est incarné pour nous témoigner de
cet amour. Il est venu à la rencontre de l’homme au cœur endurci ;
c’est ce qu’il a fait jusqu’au bout, dans son attitude à l’égard du
larron sur la croix et lorsqu’il dit à son Père : « Père, pardonne
leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus est venu nous tendre
la main de la part de Dieu. La saisir ou l’ignorer dépend de notre
liberté.
Entrer dans cette manière d’aimer à la manière du Christ est d’une
fécondité extraordinaire. C’est ce que nous sommes appelés à vivre
pendant ce Carême : une conversion. Il faut du temps pour consentir à
accueillir le vigneron dans nos vies. Dans la relecture que fait Saint
Paul, dans la deuxième lecture, de la sortie d’Egypte, il va jusqu’à
dire du peuple à la suite de Moïse : « Ils buvaient à un rocher qui
les accompagnait, et ce rocher c’était déjà le Christ ».
Ce rocher nous accompagne dans les joies et les malheurs de nos vies.
Au lieu de rester assoiffés dans le désert de nos malheurs,
récriminant contre Dieu, tournons-nous, re-tournons-nous vers ce
rocher-source qui nous accompagne et parlons lui : disons lui « J’ai
soif » ou disons avec le psalmiste :
Bénis le
Seigneur, ô mon âme,
n'oublie aucun de ses bienfaits !
Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d'amour.
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