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3e dim du T.O. (B)
Marc 1, 14-20
Père Laurent
Basanese, jésuite
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dimanche 22 janvier 2012
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Frères et sœurs, on entend parfois dire que l’unité des
chrétiens, pour laquelle on nous demande de prier instamment cette
semaine, serait de l’ordre du rêve car, dit-on, « il faut être
réaliste » : nous ne la verrons jamais cette unité ! Et lorsque l’on
prie à cette intention, il est vrai que la ferveur, l’engagement de
tout l’être comme il se doit dans une prière, fait généralement
défaut : le chantier semble tellement énorme que nous pensons souvent
que nous ne serons - au mieux - exaucé qu’à la fin des temps, lorsque
le Seigneur réalisera lui-même cette réconciliation que nous n’aurons
que moyennement recherchée… A lui donc, le gros du travail ! Et on
ajoute que les hommes de ce temps ont déjà tellement d’autres
priorités, tellement d’autres soucis : se marier, traverser les
épreuves sans être trop abîmé, jouir du bonheur présent, acheter,
vendre, profiter de la vie, bref gérer ses propres affaires… Tout cela
demande du temps, de l’énergie… Alors l’unité de l’Eglise…
voilà un désir apparemment bien abstrait, bien éloigné de mes
préoccupations. J’ai déjà du mal à accepter des sensibilités
différentes dans ma propre Eglise latine (ou même dans ma propre
paroisse, mon voisin qui prie à côté de moi, ou qui se comporte
d’une manière différente de moi), comment puis-je
raisonnablement désirer, au-delà de tout exotisme, une communion avec
des Eglises entières où la messe dure trois heures, au cours de
laquelle on chante une centaine de Kyrie Eleison, et qui
promeut une théologie qui ignore Vatican II ?... Union de tous les
chrétiens, oui ! mais à condition qu’ils me ressemblent…
Et pourtant la Parole de Dieu qui nous provoque ce dimanche
cherche, par tous les moyens, à nous décentrer, à nous ouvrir et à
réveiller notre foi. Croyez-vous ? Croyez-vous que le Seigneur peut se
soucier du sort, de l’avenir d’une famille, d’une Eglise, d’une ville
même comme Ninive autrefois, d’un pays ? non pas de moi seul
donc, mais de nous tous. Croyez-vous que Dieu peut agir ? non pas plus
tard ou carrément à la fin des temps, mais maintenant, aujourd’hui.
« Encore quarante jours et Ninive sera détruite », prévient le
prophète Jonas ; « Le temps est limité », déclare saint Paul ; « Les
temps sont accomplis », proclame Jésus au tout début de sa
prédication… Combien de temps vais-je encore attendre pour croire,
pour prier, pour aimer ?
Croire, c’est la condition de l’homme qui marche… comme Jésus
au bord du lac de Galilée : il marche et il a un projet. Il veut bâtir
dès maintenant un autre Royaume, et il avance, il appelle à sa suite
des hommes qui croiront à leur tour, qui marcheront « derrière lui »,
et qui bâtiront dans un même esprit ce « Règne de Dieu » en allant
toujours de l’avant, le regard tourné vers le but, et ils appelleront
aussi à leur suite d’autres hommes pour ce rêve bien réel, cette
aventure qui a commencé il y a 2000 ans. Mais pour croire, encore
faut-il se détourner, se détacher de tout ce qui nous retient, de ce
qui paralyse, changer de comportement, changer de vie même, comme les
premiers disciples qui quittent leur métier de pêcheurs. Jonas,
Jean-Baptiste, Jésus appellent tous à la conversion, c'est-à-dire à un
retournement, un retour vers Dieu : je lâche mes anciens filets pour
apprendre à manier ceux du Seigneur Jésus, tissés de paroles de vie,
de douceur et de fermeté.
Car nous le savons, frères et sœurs, oui, « le temps est
limité » : nous n’avons au mieux que quelques dizaines d’années de vie
pour apprendre à aimer, et elles passent si vite ! Mais elles sont
suffisantes car il suffit d’un instant pour se retourner : « Aussitôt
les gens de Ninive crurent en Dieu », « Aussitôt, laissant là leurs
filets, ils le suivirent »… Elle sont suffisantes pour donner un sens,
une orientation, pour poser des priorités, afin d’atteindre ce but :
la charité, par l’imitation du Christ, par le don désintéressé de
soi-même… Alors je m’accomplirai enfin, car je verrai Dieu, et tous
les autres hommes, bien différents de moi, en Lui, comme Lui les voit.
Prier pour l’unité de l’Eglise - alors que le temps est
distendu depuis la venue du Christ, suspendu pour donner à chacun de
pouvoir se ressaisir, se retourner - prier pour la construction du
Règne de Dieu avec des pierres différentes, des charismes, des styles
différents doit être une priorité de tout chrétien qui prend sa
vocation au sérieux : sa « préoccupation quotidienne, le souci de
toutes les Eglises » comme disait saint Paul (2Co 11, 28). Pas
seulement une semaine par an donc, mais tous les jours ! Il n’y a
rien, en effet, de plus scandaleux que cette division entre nous, car
elle empêche les autres de croire (« Comment peuvent-ils prétendre à
l’amour de Dieu alors qu’ils sont toujours séparés ? », pouvons-nous
entendre). « Qu’ils parviennent à l’unité parfaite et qu’ainsi le
monde puisse connaître que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as
aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17, 23), proclame Jésus à son Père au
moment d’être livré.
L’amour pour le lointain, l’autre chrétien séparé qui habite
la Russie, l’Inde, le Moyen-Orient ou ailleurs, commence par l’amour
du prochain, celui que je fréquente au quotidien, et c’est notre tâche
- non celle de Dieu - de nous réconcilier aujourd’hui avec ce
prochain, de nous tourner vers lui. Quelle force de témoignage alors
pour le monde : les chrétiens réconciliés qui honorent leur diversité,
leurs différences, dans une même foi ! Pierre et André, les deux
frères appelés, l’Occident et l’Orient enfin engagés de nouveau
ensemble pour partir, derrière le Christ, achever l’œuvre immense de
la création !
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