Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

3ème dimanche de l'Avent  - Année C                                                                                         dimanche 13 décembre 2009

Père Dominique Cupillard, jésuite                                                          

Ce dimanche, frères et sœurs, c’est le dimanche de la joie, toutes les paroles de l’Ecriture viennent vers nous en apôtres, pour nous appeler à la joie. Cette joie, c’est celle, que bientôt, l’ange du Seigneur, annoncera aux bergers, dans la nuit de Noël : je viens vous annoncer une grande joie : aujourd’hui vous est né un sauveur. Il est le Messie, le Seigneur Lc 2. Au cœur de l’Avent, cet appel à la joie, devance l’accomplissement de sa promesse, comme la voix des guetteurs, dans la nuit, annonce l’aurore avant l’aurore. La joie de l’Avent est celle d’une rencontre avant la rencontre, d’un rendez-vous qui dilate notre cœur et nous donne déjà Celui que l’on attend, avant qu’il ne soit là.

L’événement de Noël, que nous fêterons bientôt, colore donc notre joie d’une façon particulière, en l’associant à la naissance de Jésus. C’est une expérience singulière en effet, de contempler l’incarnation de Dieu dans un enfant, de considérer cette disproportion, et d’éprouver en même temps, comment la joie infinie de Dieu s’invite en nous, dans un cœur pauvre et étroit. Ce constat, frères et sœurs, c’est chaque jour, que nous pouvons le faire. Mais c’est une expérience plus forte encore, d’éprouver comment cette joie pourtant si peu et si mal accueillie dans nos cœurs, peut les dilater, les élargir à sa mesure, nous agrandir tellement au dedans et au dehors, selon cette même loi de l’incarnation, qui fait germer et s’épanouir la vie à partir d’un enfant.

La naissance du Christ en effet, qui nous révèle la manière dont Dieu vient tout assumer de nous, dans notre chair, pour le sauver et le faire renaître à la vie, nous donne, en même temps que de pouvoir renaître avec le Christ, de retrouver la joie plénière de notre création, la joie de la genèse, cette originelle et heureuse profusion de vie réfractée partout dans l’univers, de la retrouver indemne et comme redoublée par la gratitude d’être tirés du néant, une seconde fois, et par amour. Noël qui vient, réveille et accomplit cette promesse, enfouie en nous comme une béatitude, qui nous serait rendue, que le premier mot est à la joie.

Et que le dernier mot sera aussi à la joie, celle des noces, du banquet du royaume, la joie de cette Jérusalem nouvelle, où la mort ne sera plus, où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance Ap 21,3-4. Notre foi, frères et sœurs, nous donne la certitude que le premier et le dernier mot sont à la joie, puisque cette joie est liée au Christ, qui est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin Ap 21,6. Mais l’appel à la joie résonne aussi pour nous, aujourd’hui : car c’est maintenant, que s’accomplit le dessein de Dieu, c’est maintenant que Dieu nous invite à entrer dans sa joie, qui est dès l’origine, un secret trinitaire de vie et de salut pour l’homme. C’est maintenant l’heure des noces, celles qu’annonce Jean-Baptiste.

Cette joie des noces, frères et sœurs, elle nous est offerte dans chaque eucharistie : Heureux les invités à la table du Seigneur. Mais ce n’est pas seulement dans l’eucharistie que nous pouvons l’accueillir et la partager : c’est partout où nous découvrons que Dieu est présent à ce que nous vivons, y compris dans l’épreuve et la contradiction. Ne crains pas Sion, le Seigneur est en toi. La découverte de cette présence de Dieu, ne nous préserve de rien, d’aucune réalité de la vie, mais elle nous donne de vivre ces réalités avec une force paradoxale, puisée dans la Pâque du Christ, dans notre foi en sa résurrection et sa victoire sur la mort.

Heureux les pauvres, heureux le peuple de ceux qui marchent sur le sol invisible des promesses de Dieu, comme s’ils marchaient sur un sol ferme et visible. C’est notre prière en ce jour, frères et sœurs, de marcher tous les jours de notre vie, comme nous marchons durant ce temps de l’Avent, heureux et sûrs d’aller à la rencontre du Seigneur, dans l’attente que toute la création, et c’est notre espérance, soit restaurée par Dieu, dans sa joie première.