Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

3ème dimanche de Pâques- Année C        

Jean 21, 1-19

Père Patrick Verspieren, jésuite   

 dimanche 18 avril 2010

                             

Le passage de l’Évangile selon saint Jean que nous propose la liturgie d’aujourd’hui pose question. Cet Évangile semblait achevé, et voici que s’y ajoute le passage que nous venons d’entendre, souvent désigné comme « appendice », comme s’il était de trop, ou accessoire. Et pourtant il est reconnu comme faisant partie de l’Évangile de Jean. Certains y voient même comme une récapitulation, une reprise des quatre Évangiles, une évocation de la vie de chrétien après la Résurrection, de chrétien envoyé en mission. Relisons donc le texte.

Simon-Pierre était parti à la pêche, avec quelques disciples, dans sa barque, celle sans doute où Jésus lui avait donné l’ordre, quelques années auparavant, de jeter ses filets (Lc 5, 1-11). Après la mort et la Résurrection de Jésus, il était retourné en Galilée, son pays, suivant l’ordre reçu d’après l’Évangile selon saint Matthieu (Mt 28,7). Il avait repris son métier de pêcheur, sa vie antérieure, sa vie de tous les jours, avec ses nouveaux compagnons. Rien, apparemment, n’avait changé.

Comme bien d’autres fois,  la nuit avait été longue, et décevante. Ils avaient peiné toute la nuit, sans rien prendre Et voici que quelqu’un leur demande du poisson. Ils n’en ont pas. Ce quelqu’un leur conseille de jeter à nouveau le filet. Pourquoi se donner cette peine ? Ils obéissent cependant à l’appel, à l’ordre de l’inconnu. Et alors seulement leurs yeux commencent à s’ouvrir.

En effet, le filet se révèle vite lourd, très lourd, plein de poissons. Le disciple que Jésus aimait, le plus intuitif, le plus ouvert spirituellement, se rappelle la pêche si extraordinaire obtenue l’autre fois sur l’ordre de Jésus, et il regarde cette silhouette baignée de lumière dans le jour qui se lève. Aussitôt, il dit à Pierre : « C’est le Seigneur. » Tous reviennent vite sur la rive, ils hésitent encore, mais reconnaissent pleinement Jésus au pain qu’il leur donne, comme à la Cène, comme aux disciples d’Emmaüs.

C’était la troisième fois que Jésus se manifestait ainsi à ses disciples, souligne l’Évangéliste. Fallait-il donc que cela se répète indéfiniment, la rencontre de Jésus ressuscité, la joie de le reconnaître, puis la reprise d’une vie terre à terre, l’éternel recommencement, avec de temps à autre quelques trouées de lumière ? Est-ce cela que nous cherchons nous-mêmes, quelques éclaircies dans la vie, sans que finalement rien ne bouge, rien ne change en nous ?

L’Évangéliste continue le récit, pour nous faire comprendre comment, sous l’apparence d’une pure continuité, Pierre avait été profondément transformé par ces événements de la Passion, de la Résurrection, et des manifestations du Christ ressuscité.

Émouvant est le dialogue entre Jésus et Pierre. « Simon, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Pierre avait auparavant tendance à croire en lui-même, en ses propres forces, à se mettre en avant, à faire, sûr de lui, des déclarations impétueuses ( Jn 13, 37 ; Mt 26, 33 ; Mc 14, 29-31 ; Lc 22, 33).  M’aimes-tu plus que les autres disciples ? Es-tu le premier en amour, le plus grand ? Pierre connaît désormais sa faiblesse, il ne fait plus le fanfaron. Il sait tout ce qu’il doit à Jésus, il sait qu’il l’aime vraiment en retour, mais il préfère lui en laisser le jugement. « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. »

Une deuxième fois, Jésus pose la question, et Pierre fait la même réponse.

A la troisième fois, Pierre se rappelle son triple reniement. Ce souvenir de la  trahison de celui qui l’avait tant aimé le peine profondément. Mais il ne s’enferme pas dans le dépit, la culpabilité d’avoir été si lâche, il reconnaît sa fragilité, tout en ayant totalement confiance en Jésus et en son pardon, et en étant sûr que Jésus reconnaît son amour d’homme pécheur. « Seigneur tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »

C’est à cet homme-là que Jésus confie la mission d’être le pasteur de ses brebis, celui qui mettra par amour ses pas dans les pas du Bon Pasteur, et qui sera prêt le moment venu à donner sa vie. « Sois le berger de mes brebis. » - « Quand tu seras vieux, c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Ce n’est pas Pierre qui l’affirme, mais Jésus qui voit en lui celui qui recevra la force de le suivre. « Toi, suis-moi. »

Le livre des Actes des Apôtres nous montre l’assurance à laquelle parviendront Pierre et les autres Apôtres, après avoir reçu à la Pentecôte la force de l’Esprit Saint. La première lecture nous a fait le récit du témoignage porté devant le Grand Conseil qui les accuse et leur profère des interdictions accompagnées de menaces. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a  ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le pendant au bois de la Croix. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela. »

Nous pouvons lire ces textes en voyant en Pierre non seulement celui qui deviendra le Pasteur de l’Église, mais aussi l’archétype du croyant qui, tout en vivant sa vie, ordinaire le plus souvent, se laisse transformer par le mystère pascal de mort et résurrection, et reçoit de Jésus, par l’Église, sa mission de témoigner de ce qu’il a lui-même contemplé, et la force de porter ce témoignage avec assurance.

                

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