Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

3ème dimanche de Pâques

Père Jean-Jacques Guillemot,  jésuite

Parcourir le chemin d'Emmaüs, à notre tour.

Disciples de Jésus-Christ, nous sommes des pèlerins, selon une expression remise en honneur par le Concile Vatican II. Des pèlerins parcourant les mêmes routes humaines que nos contemporains. Nous ne vivons pas dans un autre monde. Mais dans cette marche avec tous, dans cette histoire commune, nous faisons - comme Cléophas et son compagnon - l'expérience d'être rejoint par l'Inconnu, par le Christ, alors même que le jour baisse.

Pour les deux disciples, Jérusalem dont ils s'éloignent ne peut plus rien apporter. « Nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! »...  « nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamné à mort et ils l'ont crucifié » Alors, est-il vivant, comme le prétendent quelques femmes ou bien est-il définitivement mort ? Chers amis, puisque nous sommes concernés par ce débat au centre de la foi, interrogeons-nous, comme les deux disciples et demandons-nous : allons-nous « croire » sur parole qu'il est vivant, ou bien exigeons-nous, nous aussi, de voir pour croire ? Face à cette discussion qui traversait l'Eglise naissante et qui est toujours d'actualité, Jésus prend position :

« Vous n'avez donc pas compris ! » Nous n'avons pas compris car nous sommes, en effet, « sans intelligence » et « lents à croire ». Mais cela n'empêche nullement Jésus de nous rejoindre sur nos chemins - y compris les chemins tortueux qu'il nous arrive d'emprunter. Il nous rejoint et fait route avec nous. Celui que l'on appelle « l'Emmanuel », « Dieu avec nous », ne nous laisse jamais seuls. Il nous rejoint dans le concret de notre vie, même dans nos choix les plus contestables.

Allons-nous « croire » sur parole, ou bien exigeons-nous de voir pour croire ? Les deux disciples n'ont jamais vraiment vu Jésus. Sur le chemin il reste un étranger, « leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissent pas » nous dit saint Luc. Est-ce parce que le nouveau mode de présence du Christ est inaccessible aux sens ? Est-ce parce qu'inconsciemment les deux disciples refusent qu'il soit vivant ? Peu importe au fond mais nous en sommes tous là : Jésus ne nous rejoint désormais qu'à travers les autres hommes, qu'à travers l'humanité... si du moins nous croyons qu'il est vraiment ressuscité. Les deux disciples le reconnaissent quand il partage le pain avec eux mais déjà il n'est plus là : il ne leur reste que le pain. La formulation de Luc se rapporte clairement à l'Eucharistie. « Il prit le pain, le bénit et le leur donna ». Nous non plus n'avons jamais vu le Christ... Que reste-t-il aux disciples pour tenir dans la foi ? Que nous reste-t-il pour nourrir notre foi, pour la faire grandir ?

- D'abord les Ecritures. Mais alors nous acceptons de nous mettre à l'écoute de l'Inconnu expliquant dans toutes les Ecritures « ce qui le concernait ». Moïse et les prophètes que Jésus explique aux deux disciples trouvent leurs sens définitif - leur accomplissement dans cette Ecriture nouvelle : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans la gloire ? » Et sur notre chemin de relecture des Ecritures nous croisons de nombreux témoins : ainsi la foi de Paul qui nous aide à nous centrer sur l'événement de la révélation et de notre foi : la croix et la résurrection de Jésus-Christ. Nous croisons la foi de Pierre, s'adressant aux foules le jour de la Pentecôte : « Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité; nous tous, nous en sommes témoins ».

- Après les Ecritures, la fraction du pain. Les disciples invitent à rester avec eux Celui qui leur avait ouvert les Ecritures. Invité à se mettre à table avec eux. A la fraction du pain, leurs yeux s'ouvrent et ils reconnaissent dans l'Inconnu Jésus, le crucifié, qui est vivant. Ce geste de la fraction du pain, indissociable de l'écoute de la Parole de Dieu qui a précédé, est le moment décisif de la reconnaissance du Christ au milieu des siens. Avec l'Ecriture il nous reste la fraction du pain. Et au-delà du rite il y a ce qu'il signifie : notre adhésion à la loi de l'amour qui nous invite à donner notre vie, notre chair, notre sang pour que d'autres vivent.

- Après les Ecritures, la fraction du pain, la communauté. Cléophas et son compagnon laissent là leur repas et repartent vers Jérusalem où ils vont trouver les Apôtres. Nous voyons naître l'Eglise, la communauté rassemblée au nom du Christ. Echange de paroles. Les Apôtres authentifient la foi en la Résurrection. « C'est vrai ! Le Seigneur est vraiment ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » L'intelligence des Ecritures conduit à la fraction du pain et au partage, et le partage fonde la communauté. « Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité » - s'exclame Pierre le jour de la Pentecôte.

Son successeur Jean-Paul II n'a pas dit autre chose au cours de son pèlerinage qui vient de s'achever. Au 1er janvier dernier, lors de la traditionnelle « Journée mondiale de la paix », il écrivait que grâce au Christ mort et ressuscité - avec son aide - « le chrétien nourrit une invincible espérance ». Chers amis, nous ne sommes jamais sans le Christ, et le Christ vivant : le Christ révélateur du visage du Père et de la vérité de l'homme. Cette conviction doit nous aider à « passer » - c'est cela la véritable « conversion » - vers la foi en cette Présence qui nous habite.