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Actes 3, 13...19 Psaume 4
1 Jean 2, 1-5
Luc 24, 35-48

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Troisième
dimanche de Pâques B
30 avril 2006
Père Philippe Lécrivain, jésuite
Les disciples d’Emmaüs,
aussitôt revenus à Jérusalem, se précipitent auprès des apôtres et de
leurs compagnons pour leur annoncer qu’ils ont vu et reconnu le
Seigneur. Mais, comme ils parlaient, nous dit Luc, Jésus apparaît au
milieu d’eux. Si la mise en scène est parfaite, elle nous donne aussi
l’occasion, au lendemain de Pâques, de nous interroger sérieusement
sur notre foi en la Résurrection de Jésus.
Le récit, que nous venons de lire et d’écouter ensemble, nous invite
en effet à entrer dans la démarche des apôtres que l’évangéliste nous
présente en deux temps. Tout d’abord, Jésus, par la Résurrection,
étant entré dans sa gloire, il ne peut être désormais reçu par ses
disciples, et donc par nous, que dans la foi. Mais ce passage de
l’incrédulité à la reconnaissance, convenons-en, n’est pas aisé.
D’autant plus qu’il convient d’admettre aussi que le Ressuscité n’est
autre que celui qui a marché sur les chemins de Galilée et qui a été
crucifié à Jérusalem. Mais entrons dans le texte.
La christophanie s’ouvre par le souhait de Jésus : « La paix soit avec
vous. » Mais, confrontés au Christ ressuscité, les disciples sont
frappés de stupeur et de crainte. Ils sont bouleversés et s’imaginent
en eux-mêmes voir un esprit, un être dont le mode d’existence n’a rien
d’humain.
Pour les convaincre de son identité, Jésus leur offre alors une
parole, puis un geste. La monstration des mains et des pieds pourrait
être celle des plaies de la crucifixion mais Luc souligne un autre
point. Il fait dire à Jésus : « Un esprit n’a pas de chair ni d’os, et
vous constatez que j’en ai. » Par-delà la mort, le Ressuscité est donc
bien de condition humaine.
Mais cela ne suffit pas aux apôtres. Ils sont joyeux certes mais ils
refusent encore de croire et demeurent étonnés. Jésus leur offre donc
une seconde parole et un second geste. Dans les Actes, l’évangéliste
dira : « C’est avec de nombreuses preuves, il s’est présentant vivant
après sa passion. »
En peignant Jésus mangeant devant eux, c’est la réalité de la
Résurrection que Luc illustre. Mais cette seconde « preuve » de la
condition humaine de celui qui appartient désormais totalement au
monde de Dieu paraît encore insuffisante : le silence des disciples y
répond.
Dans la seconde partie du récit, lu et entendu aujourd’hui, nous
sommes invités à écouter Jésus qui veut aider ses disciples à dépasser
ce qui les empêche de le reconnaître comme Ressuscité.
Luc rappelle ici que les disciples, pour reconnaître le Ressuscité,
doivent admettre que le salut offert par Dieu s’est accompli dans la
Pâque de Jésus. Cependant, il le sait, les disciples sont encore
incapables de comprendre la conformité des annonces antérieures,
concernant la Passion et la Résurrection, avec le plan divin de salut
inscrit dans les Ecritures.
Comme nous sans doute aujourd’hui, les disciples ont eu besoin, pour
reconnaître en Jésus le Ressuscité, d’entendre celui-ci relire, dans
la Loi de Moïse, les Prophètes et les psaumes, les textes concernant
sa Pâque.
Vient alors la phase clef : « Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence
des Ecritures. » Cette phrase, nous l’avons déjà entendu dans le récit
d’Emmaüs quand Luc fait dire aux deux disciples : « Notre cœur
n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route
et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures. »
Ainsi, la reconnaissance du crucifié ressuscité se réalise lorsqu’on
saisit en profondeur, c’est-à-dire jusqu’en son cœur bouleversé, le
rapport entre les événements de Pâques et le projet salvifique de
Dieu.
Mais le dessein divin, inscrit dans les Ecritures, ne s’arrête pas à
ce moment grandiose où le Christ, le troisième jour, est passé de ce
monde à son Père. Il se prolonge également dans le témoignage à venir
de l’Eglise, dans le nôtre donc.
Annoncer que l’amour de Dieu pour tous les hommes s’est accompli dans
la Pâque du Seigneur est désormais notre mission : « C’est vous qui en
êtes les témoins. » Reconnaître en Jésus le Ressuscité, c’est donc
entrer résolument dans une démarche qui pousse à se lever, à se mettre
en marche et à aller à la rencontre de toutes les nations…
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