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Troisième dimanche de Pâques
B
26 avril 2009
Père Yves Simoëns, jésuite
Actes
3,13-15.17-19 ; Psaume 4,2.7.9 ; 1 Jean 2,1-5a ; Luc 24,35-48.
De tous les auteurs du Nouveau Testament,
saint Luc est le seul, dans son évangile et les Actes des Apôtres, à
insister tellement sur le réalisme de la chair et des os, sur l’acte
de manger de la part de Jésus ressuscité et sur l’accomplissement de
la loi de Moïse, des Prophètes et des Psaumes par la résurrection.
L’évangile d’aujourd’hui souligne tout
d’abord les propos de Jésus vivant sur sa chair et ses os, après ceux
qui portent sur ses mains et sur ses pieds. Pourquoi ? Adam, devenu ‘ish
face à ‘ishâh en Gn 2, « l’humain » vis-à-vis de « l’humaine »,
s’exclame : « Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma
chair !» (Gn 2,23) L’épouse était donnée au titre d’une aide assortie
à l’époux dans l’innocence originelle, comme tissée de sa chair et de
ses os. Jésus, l’Époux, « l’Humain » par excellence, est à présent
donné à l’Épouse-Église-Humanité correspondante, en sa propre chair et
ses os. Les épousailles peuvent se célébrer. Elles s’offrent à vivre
grâce à la résurrection du Fils. Il a rendu leur commun Esprit au Père
en mourant comme il meurt, selon Luc : « Père, en tes mains je remets
mon esprit » (Lc 23,46 ; Ps 31,6). Maintenant, vainqueur de toute
mort, il se livre chair et os, charnellement, à la chair vive de
l’Épouse. La noce s’accomplit.
En aucune tradition non plus, l’accent
n’est mis comme ici sur le fait que Jésus ressuscité demande à manger,
en confirmation de son corps ressuscité selon la chair. Non seulement
cela, mais il se met à manger le poisson grillé, offert par les
disciples, sous leurs yeux. Il ne suffit pas que les disciples
consomment la chair et le sang du Seigneur ressuscité. Il faut encore
que Lui-même s’assimile l’Église ! Il ne suffit pas à l’Église de
faire l’Eucharistie. Il ne suffit pas non plus que l’Eucharistie fasse
l’Église, pour reprendre les aphorismes du Père de Lubac. L’Église
peut virer au cléricalisme. L’Eucharistie est exposée au ritualisme.
Le Christ Lui-même fait l’Église ! Et c’est encore Lui qui fait
l’Eucharistie. Un aspect essentiel du mystère s’offre à comprendre
ici. Certes, l’Église est pour le monde ; nous sommes envoyés dans le
monde pour annoncer la Bonne Nouvelle du Ressuscité ! Mais pourvu que
ce soit bien celle du Ressuscité ! Pourvu que tout s’opère bien par le
Christ vivant, en Lui et pour Lui. À quoi servent en effet et l’Église
et l’Eucharistie si ce n’est pour faire le Christ ? Le Christ veut que
nous l’alimentions, nous, de nos aliments périssables, en son corps de
Ressuscité à Lui, qui n’est plus soumis aux contraintes de
l’espace-temps, de la digestion ni de la mort, en notre faveur. Le
Christ doit « digérer » l’Église ! Il faut que ce soit quand même
signifié quelque part dans le Nouveau Testament ! Nous y sommes !
Luc est enfin le seul à présenter Jésus
ressuscité comme l’interprète le plus autorisé de la loi de Moïse, des
Prophètes et des Psaumes. Dans toutes les masses portantes de
l’Écriture, un repas scelle bien l’Alliance. Que ce soit au Sinaï (Ex
24,11) pour la Torah, au banquet de la Sagesse (Pr 9,1-6) ou au festin
messianique (Is 25,6-8) chez les prophètes, un repas vient toujours
symboliser la communion établie entre le Seigneur et son peuple en vue
de la communion entre tous les humains. Là se trouve sans doute la clé
des insistances précédentes sur la chair et les os comme sur la
manducation de Jésus ressuscité. La création s’accomplit dans la
résurrection. Avec le Ressuscité, en Lui, l’Alliance est conclue par
Dieu avec Israël en vue de toutes les Nations. La création, c’est
d’abord la création de l’homme et de la femme, lieu unique et
différencié du Dieu unique en communion de la foi juive et chrétienne.
Chaque relation est désormais nuptiale dans la lumière du Ressuscité.
Chaque repas est alliance eucharistique à même la vie personnelle et
donc sociale. Avec leurs accents multiples et polyphoniques, les
Écritures ne cessent de moduler ce Don de Dieu, déjà effectif mais à
l’état de promesse dans l’Ancien Testament. Nous recevons le Don de
Dieu en plénitude des mêmes Écritures par toute l’autorité du Vivant
revenu de la mort. Pourquoi ? Pour en vivre en nous les appropriant,
et le Don et les Écritures qui en témoignent. Pourquoi ? Pour
apprendre à vivre enfin dans la pure louange à Sa Gloire !
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