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Quatrième
dimanche de l'Avent B 21 décembre 2008
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
Luc 1, 26-38
Nous nous
apprêtons à fêter l’événement le plus bouleversant de l’histoire du
monde. Cet événement est lui-même le terme d’un long parcours au cours
duquel Dieu a parlé aux hommes de bien des manières, pour leur faire
comprendre qui il était, et ce qu’il désirait. Toute la Bible ne dit
rien d’autre. A travers paroles, événements, accueil et refus, Dieu
nous dit essentiellement ceci : il désire nous rejoindre et nous
rencontrer.
Rappelez-vous la
toute première image qui ouvre la Bible : celle de l’Esprit planant
au-dessus des eaux primordiales. Ce n’est qu’un début ; la suite nous
apprendra que Dieu ne veut pas seulement un contact de surface avec le
monde des hommes. Ce qu’il désire, c’est un contact intime avec le
cœur de l’homme.
Trois chapitres
plus loin, dans la Genèse, une autre image nous dit autre chose de ce
désir de Dieu. C’est après la faute. A la tombée du jour Dieu ; se
promène dans le jardin d’Eden, et il appelle Adam, qui se cache : «
Adam, où es-tu ? » Cet appel, il faut l’entendre et le laissait
résonner en nous, car Adam, c’est nous. Voici donc déjà Dieu à la
recherche de l’homme, Dieu assez humble pour se mettre à la recherche
de sa créature.
Quelques-uns de nos
Pères dans la foi aimaient dire : « Notre Dieu est un Dieu qui
s’approche. » De fait, Dieu ne cessera plus de s’approcher de l’homme,
jusqu’à ce qu’un jour – c’est le récit que nous venons d’entendre – le
même Esprit qui planait sur les eaux originelles rencontre le cœur
d’une femme de notre race, qui attendait le Messie, et en qui il
puisse prendre corps.
C’est cela que nous célébrerons dans quelques jours : un Dieu si
désireux de l’homme que dès ici-bas il a fait de la chair de l’homme
sa propre chair. Non pas pour la laisser à elle-même, mais pour la
faire resplendir de sa présence.
Mais la façon dont Dieu s’y est pris pour nous rejoindre nous dit
autre chose que le désir qu’il a de nous. Elle nous dit aussi le
respect absolu qu’il a pour nous.
Il ne nous a pas
imposé sa présence. Sa venue en notre chair a été suspendue à la
réponse d’une femme. Lorsque l’ange est venu lui dire ce que Dieu
attendait d’elle, elle s’est troublée. Elle a demandé quelque lumière.
Et puis elle a dit : « Que tout se fasse pour moi selon ta parole. »
Elle a librement consenti à ce que la parole de Dieu fasse en elle son
œuvre créatrice. Jésus, c’est donc le fruit de la rencontre entre le
désir de Dieu et une liberté humaine qui a dit oui à ce désir. Comme
cela bouleverse les images que nous nous faisons souvent de la
toute-puissance de Dieu !
Tel est donc le respect de Dieu pour nous. C’est lui qui nous sauve,
mais il ne nous sauve pas sans nous. Il ne nous accable pas de ses
dons : il nous les propose. Ce faisant, il nous apprend clairement ce
que nous savions déjà, à savoir qu’aimer un être c’est en même temps
lui dire : « Tu me manques, je ne peux pas me passer de toi… »
Aujourd’hui comme
hier, Dieu agit ainsi avec nous. Il faut oser le dire : nous lui
manquons, il désire naître en nous, mais cette naissance en nous peut
être mise en échec par notre refus, ou, plus banalement mais aussi
plus tragiquement, par notre indifférence.
Fêter Noël, ce
n’est rien qu’une émotion passagère, si ce n’est pas l’acceptation
renouvelée d’accueillir Celui qui frappe à notre porte, en attendant,
avec une patience infinie que nous lui ouvrions. Supplions-le de nous
aider lui-même à laisser tomber nos résistances, à ne pas demeurer
sourd à ses appels, et à ouvrir la Porte de notre cœur à Celui qui
désire y naître, pour nous faire renaître. |