Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

4° dimanche C

 

Jérémie 1,14...19 

Psaume 70

1 Corinthiens 12,31-13,13

Luc 4, 21-30

 

 

 4ème dimanche C

 Père Pierre Faure, jésuite

 

 Comme deuxième lecture nous avons entendu une des pages les plus célèbres de Saint Paul, appelée parfois « hymne à l’amour ». Ce texte est souvent choisi par les fiancés pour leur mariage, et on comprend bien ce choix, même s’il peut être teinté d’un peu d’idéalisme… Mais dans l’assemblée du dimanche, ce 13ème chapitre de la première lettre aux Corinthiens ne revient que tous les trois ans. Et il me semble que c’est une bonne occasion de le commenter un peu.
D’abord le mot amour demande quelques précisions de vocabulaire. Alors que le français n’a qu’un seul mot, Paul, qui écrit en grec, a le choix entre trois mots pour désigner l’amour : erôs qui vise l’attirance amoureuse, l’amour plutôt égocentrique, qui connote aussi le désir sexuel, la passion jalouse ; philia qui vise l’amour d’amitié, la sympathie naturelle, bienveillante et heureuse ; et enfin agapè, que le latin traduira par caritas, qui désigne l’amour désintéressé, libre et gratuit, l’estime et l’attachement fidèle fait de confiance et de bonté. C’est ce mot d’agapè que Paul utilise ici. C’est ce même mot que l’évangile de Jean utilise lorsque Jésus dit : « Pierre m’aimes-tu ? », ou, au moment du lavement des pieds, le soir avant de mourir, lorsque Jean écrit : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » Seul le mot agapè pouvait traduire le caractère propre de ce double mouvement de l’amour que Dieu a pour nous et de l’amour que nous avons pour Dieu.
Et l’enjeu est de taille : « S’il me manque l’amour, je ne suis rien ». Rien. Non seulement je ne suis pas chrétien, mais je ne suis rien, je n’existe pas. Je peux être plein de désirs très religieux, connaître la théologie, être inspiré et dire des paroles prophétiques, je peux rechercher la sagesse et la pratiquer, je peux avoir une très grande foi, je peux brûler de générosité, distribuer tout mon argent, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, tout cela ne sert de rien. Ce qui tient devant Dieu ce n’est pas le catéchisme ou la religion, c’est l’amour d’amitié fraternelle et universelle.
Jean peut ici compléter Paul lorsqu’il dit dans sa première épître, en employant le même mot agapè : «Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu…. Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. » (1 Jean 4, 7; 16). Déjà dans le premier Testament Dieu dit : « C’est l’amour que je désire et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes. » (Osée 6, 6). Et cette parole sera plusieurs fois reprise par Jésus.
Cet amour semble humainement très exigeant, irréaliste et utopique : « il supporte tout, il fait confiance en tout, il endure tout… » Mais pourtant qui ne connaît pas de parents qui espèrent en leurs enfants contre toute raison apparente, qui sont particulièrement attentifs à celui qui est moins doué et plus faible ? Nous savons aussi que bien des couples parmi nous pourraient modestement témoigner que c’est bien un tel amour qui les tient ensemble. Il s’agit là de profond réalisme humain pour ceux qui aiment vraiment.
En vérité, si Paul peut parler ainsi de l’amour c’est qu’il a connu personnellement l’amour de Dieu pour lui dans le Christ. Lui le persécuteur des chrétiens, le pharisien intolérant et fondamentaliste, il sait bien que Dieu l’a supporté longtemps par amour, et lui a pardonné beaucoup. Il sait personnellement ce dont il parle.
On comprend qu’un tel amour ne passe jamais, qu’il puisse donc durer toujours. Et «toujours » veut dire au-delà de la mort. Seul un tel amour a valeur éternelle. Il est le dernier mot de toute chose. Puissions-nous maintenant vivre ainsi le geste eucharistique du Christ Jésus qui vient réaliser pour nous ce que « amour agapè » veut dire.