Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                                               

Quatrième dimanche C                                                                                                       dimanche 28 janvier 2007

Père Michel Farin,  jésuite

« N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »

Lorsque Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il vint à Nazareth où il avait grandi. Et dans la synagogue, le jour du sabbat, il lit le passage d’Isaïe où il est dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi » et Jésus déclare : « Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».

Nous avons ici comme un condensé de tout l’enjeu de la mission de Jésus dans l’Evangile. Il vient de voir le ciel s’ouvrir au-dessus de lui, lors du baptême de Jean et il vient d’entendre la voix du Père lui dire : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as tout mon amour », en même temps que l’Esprit descend sur lui comme une colombe. Jésus n’aura pas d’autre secret à transmettre que celui-là. Comment va-t-il pouvoir le faire partager ?

En se servant de la prophétie d’Isaïe, il tente de faire entendre l’intimité de son rapport au Père, à ses proches, ceux de son pays, là où il a grandi à Nazareth. Il provoque l’étonnement. « N’est-il pas le fils de Joseph ? » disent ses proches. Face à cet étonnement, la parole de Jésus nous surprend. Elle semble provocante : « Amen, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans son pays ! ». Comme toujours dans l’Evangile, Jésus répond à l’esprit qui anime ses interlocuteurs et non pas d’abord au contenu de ce qui est dit. En effet : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » pourrait être le contenu d’un étonnement source de louange devant la merveille d’un tel don de l’Esprit à l’un de chez nous. Mais Jésus entend au contraire derrière cet étonnement la revendication d’un esprit jaloux : pour qui se prend-il donc, lui qui est l’un de nous ? Qu’a-t-il de plus que nous ?
Jésus qui vient de lire dans Isaïe que le serviteur de Dieu est venu pour ouvrir les yeux des aveugles, va continuer, en se référant cette fois à Elie et Elisée, à les éclairer sur la nature du don de l’Esprit qui est donné gratuitement à l’élu de Dieu non pour lui mais pour les autres, et qui ne peut en aucun cas être revendiqué comme un droit. Le don de l’Esprit à Elie et Elisée, prophètes d’Israël, va toucher la veuve du Liban et le général en chef de l’armée Syrienne.

Tous deviennent furieux. Ainsi est bien révélé au grand jour ce qui se cachait derrière l’étonnement familial, ce fond de jalousie si profond qu’il en devient inconscient, qui est la marque de la morsure du serpent des origines jaloux du don de Dieu. Ils veulent donc tuer Jésus, l’Elu, prenant la suite de Caïn jaloux du don fait à Abel, et des frères de Joseph jaloux de sa sagesse et de la tendresse particulière de son père à son égard, et de tant d’autres, jusqu’à nous.
 

N’est-ce pas là le fils de Joseph ? Cet étonnement est en fait la grande défense de la jalousie pour ne pas être touché par la reconnaissance, qu’avant d’être le fils de Joseph, Jésus est Fils de Dieu, reconnaissance qui nous sauve en nous comblant de joie, comme Jean Baptiste.
Car ce que l’existence même de Jésus nous révèle définitivement, c’est que le don de l’Esprit est avant tout engendrement dans l’histoire, comme nous l’avons déjà entendu, prophétiquement, dans la première lecture (Jérémie) : « Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais» dit le Seigneur à Jérémie. Et Joseph, lui-même, a dû reconnaître avec joie, au-delà de toute jalousie que Marie, par le fait de l’Esprit Saint, avant qu’ils aient mené vie commune, fut enceinte de celui qui sera son fils et à qui il donnera le nom de Jésus.

Cette révélation, incroyable pour les jaloux que nous sommes, Dieu est venu en personne l’accomplir jusqu’au bout, afin qu’en reconnaissant son Fils comme un frère, nous reconnaissions, avec reconnaissance, que chacun de nous est l’unique pour Dieu dès avant sa naissance. Et que cette bénédiction unique est pour être donnée et non pour être revendiquée ou gardée jalousement. C’est la révélation de ce que veut dire être le Fils Bien-Aimé. C’est la révélation de l’Amour qui, comme nous l’a dit saint Paul, est avant tout, sans condition. Ce n’est pas de donner tous ses biens aux pauvres qui donne l’amour, ce n’est pas de s’offrir en sacrifice qui donne l’amour. C’est le contraire. C’est l’amour qui peut me donner de donner mes biens aux pauvres ou de livrer mon corps aux flammes. Car il m’est offert avant que j’ai commencé à faire quoi que ce soit.

Comme pour Jésus, qui avant de nous donner son corps a entendu de son Père : « Tu es mon Fils bien Aimé. Tu as tout mon amour ».
Et, merveille, c’est bien le fils de Joseph.

                                                                                                Père Michel Farin