Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Quatrième dimanche B                                                                                       1er février 2009

Père Jean-Paul Mensior, jésuite                           

Marc 1, 21-28

Jésus a été baptisé par Jean-Baptiste, il a passé quarante jours au désert. Après quoi il est retourné en Galilée, où il a choisi ses disciples. Et c’est avec eux, qu’un jour de sabbat, il entre dans la synagogue de Capharnaüm. C’est là que, pour la première fois il prend la parole en public, et qu’il accomplit son premier miracle.

Marc ne dit rien du contenu de son enseignement. Il ne retient qu’une chose : Jésus n’enseigne pas comme les scribes. C’est ce que dit son entourage : « Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! »La vérité, c’est que son autorité c’est celle de Dieu lui-même. Il faudra du temps pour que ses disciples comprennent que Jésus est lui-même parole de Dieu, devenue Parole humaine. Cette Parole qui éclairait les Israélites, mais qui les effrayait, s’exprime dans les mots, dans les actes, dans toute la personne de cet homme : Jésus.

Devant l’autorité de sa parole, mais aussi de son action, car c’est avec la même autorité qu’il chasse les esprits mauvais, on s’interroge sur son identité véritable : « Qui est donc cet homme ? »
Le premier à répondre à cette question est un esprit mauvais – mauvais, mais lucide. Il ne se trompe pas quand il crie : « Je sais fort bien qui tu es : le Saint de Dieu ! »Et lorsqu’il ajoute : « Es-tu venu pour nous perdre ? »Il montre qu’il a bien compris la mission de Jésus.

Autrement dit, le mal qu’il y a dans l’homme comprend immédiatement, quand il est visité par celui qui va le déloger, et le réduire à rien. Car ce possédé représente toute l’humanité et ce qu’il y a de pécheur en chacun de nous ; ce que Paul appelle « les puissances et dominations » qui gouvernent le monde. Nous les connaissons bien : elles s’appellent amour de l’argent, culte de notre propre image, jalousie meurtrière, recherche du pouvoir et du succès…nous n’en finirons pas de dresser la liste des démons qui nous habitent : Marc nous dit qu’ils sont légion !

Mais ce possédé représente aussi notre résistance à la guérison que Jésus nous apporte…car nous tenons à nos d démons ! D’où, chez certains, une véritable haine pour le Christ. Au temps de Jésus, cette résistance prendra le visage, d’abord de la peur, puis du rejet, jusqu’à la mise à mort. On trouvera de bons motifs, de préférence religieux, pour aller jusque là, mais ces bonnes raisons ne serviront qu’à masquer le refus fondamental dont Dieu est l’objet, le refus de son amour, qui nous fait peur.

Dès son début, la mission de Jésus prend donc la forme d’un combat. A peine engagé, c’est le combat pascal qui commence. Ce récit anticipe et prophétise la victoire finale du Christ. C’est lors de la Pâque que « le Prince de ce monde sera jeté dehors » : et que Jésus fera mourir en lui toutes les convoitises qui empoissonnent nos relations aux autres. Mais pour cela il faudra que Jésus prenne la figure de notre mal, qu’il porte notre péché, et soit lui-même expulsé, jeté dehors, exclus, et crucifié à la vue de tous comme un malfaiteur, « hors des portes de la ville ».

Tout au long de la vie du monde, c’est le même combat qui continue. Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas d’une croisade ; le lieu de ce combat, c’est notre cœur. C’est pourquoi, pour combattre, une seule chose nous est demandée : choisir chaque jour le Christ et nous laisser attirer par lui. Car, seule notre foi aimante en lui peut faire de nous, selon le mot audacieux de Jean, « de grands vainqueurs ».
 


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