Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

4° Avent A

 

Isaïe 7, 10-16 Psaume 23

Romains 1, 1-7 Matthieu 1, 18-24
 

 

 

Quatrième dimanche de l'Avent (A)

Père Pierre Faure,  jésuite

 

Lorsque nous pensons à Marie, lorsque nous nous représentons les premiers événements de sa vie, nous avons dans l’esprit une des multiples représentations peintes ou dessinées de l’Annonciation : l’ange annonçant à Marie qu’elle va enfanter par l’action de l’Esprit de Dieu ; ou bien de la Visitation : Marie saluant et embrassant sa cousine Elisabeth, femme âgée, qui va donner naissance à Jean-Baptiste, elle aussi par l’intervention de Dieu. Dans les deux cas il s’agit de récits de l’Evangile de Luc. Et il est vrai que l’essentiel de ce que le Nouveau Testament rapporte de la vie de Marie est dans l’Evangile de Luc.

L’Evangile de Matthieu que nous écoutons aujourd’hui prend un autre point de vue sur l’origine de Jésus : le point de vue de Joseph, époux de Marie. Matthieu, et les communautés chrétiennes issues du judaïsme dans lesquelles il vit, sont sans doute sensibles à l’épreuve de Joseph. Que doit faire cet homme déjà engagé avec Marie en vue du mariage, lorsqu’il apprend que Marie est déjà enceinte ? La répudier discrètement ? C’est ce que Joseph a décidé. Ou bien supporter les railleries de l’entourage et honorer quand même son premier engagement ? Mais accueillir Marie et son enfant suppose qu’il aille chercher en lui, plus profond et plus pur, un consentement de foi pour accueillir ce qui le dépasse. C’est ce que Dieu, par l’annonce de l’ange, va justement lui demander en songe : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils auquel tu donneras le nom de Jésus… ». Dieu demande donc à Joseph d’assumer auprès de Jésus, et donc auprès de Marie, son rôle de père. Et ce rôle est double : inscrire Jésus dans une lignée de générations, celle de David d’où doit venir le Messie, et aussi donner un nom à son fils, celui de Jésus, (Dieu sauve), déjà indiqué par l’ange de Dieu.

C’est donc par Joseph que Jésus prend place et identité dans le peuple de la promesse. Matthieu indique cela à sa manière en citant le livre d’Isaïe que nous avons entendu en première lecture : « Tout cela arriva pour que s’accomplisse la parole du Seigneur prononcée par le prophète : voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».

C’est bien la foi de Joseph autant que la foi de Marie qui portent la venue de Jésus en ce monde. Et c’est ce travail de la foi en Joseph pour accueillir Jésus, qui le rend si proche de nous.

Quel respect pour Marie chez cet homme simple ! Quelle pureté de regard, quelle pudeur que n’arrête aucune curiosité gynécologique. Quelle confiance en la promesse de Dieu ! Il y a chez cet homme un espace vraiment vierge, pur, lumineux pour accueillir en Marie, comme Marie elle-même, l’œuvre de l’Esprit. Cet espace intime du consentement est en lui indissociablement reçu de Dieu et construit par sa foi. Car en lui monte une belle obéissance de la foi. Ce terme « d’obéissance de la foi » est employé par Paul dans le début de la lettre aux Romains que nous avons entendu en première lecture.
Pour aller plus loin, seuls les mots du poète sont peut-être assez justes pour nous indiquer la parole intérieure de Joseph adressée à Marie :

 

« Très belle épouse inépousée / Très jeune mère émerveillée ;
La Vierge garde en sa mémoire/ Un grand mystère qu’elle sait :
Son âme berce au jeu de croire/ Les mots de l’Ange et leur secret.
Heureuse femme en qui Dieu vient/ Heureuse mère au corps très saint,
La Vierge garde en sa mémoire/ Un grand mystère qu’elle sait :
Son âme berce au jeu de croire/ Les mots de l’Ange et leur secret. »
 

(Didier Rimaud, extraits de « La Cantate intérieure »,

A force de colombe, éditions du Cerf, 1994, p. 175 et 177.)