Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

2 Samuel 7, 1-16

Psaume 88

Romains 16, 25-27 Luc 1, 26-38
 


 

 

Quatrième dimanche de l'Avent B                          dimanche 18 décembre 2005                      

 Père Michel Farin,  jésuite

 

L'intimité de ce dialogue entre Gabriel et Marie est proprement inimaginable, et pourtant il ne s'agit pas d'une rencontre extra-terrestre. Nous sommes appelés à l'entendre se développer au coeur de notre histoire, en Israël, il y a deux mille ans, comme aujourd'hui au coeur de l'Eglise, en notre propre coeur, chez une jeune fille, Marie, fiancée à un  homme de la maison de David : Joseph.

L'ange entre chez elle et lui dit : "Le Seigneur est avec toi". L'iconographie a représenté cette action intime et irreprésentable, de la Parole de Dieu qui entre dans le coeur ouvert de Marie comme chez elle, en montrant souvent l'Ange aux grandes ailes de l'Esprit s'adressant à Marie à l'intérieur d'une demeure grande ouverte, sans porte, sur un jardin rappelant le Jardin des origines, celui de la confiance en Dieu, avant la méfiance.

Mais pour bien signifier qu'il ne s'agit pas d'un rêve de retour à l'origine, Marie est le plus souvent représentée avec un petit livre, comme surprise par l'Ange en pleine lecture de l'Ecriture, c'est à dire dans la méditation de l'histoire de son peuple. Elle entend en effet "Le Seigneur est avec toi". Combien de fois déjà cette parole a été adressée à ses ancêtres et se trouve écrite dans le livre qu'elle tient entre ses mains. Et tout le dialogue qui suit, absolument nouveau dans l'histoire, demeurerait insensé (irréel) et pour nous, sans cette histoire.

Marie est bouleversée. Que signifie cette salutation? Car la signification de cette parole "Le Seigneur est avec toi" déborde toute connaissance. C'est la parole d'une Alliance inouïe que Dieu cherche à faire entendre à l'humanité qui en doute, et qui en a peur depuis le début de l'histoire. Et pour la première fois dans l'histoire, un coeur humain reste ouvert à cette Parole bouleversante qui lui fait perdre connaissance, sans comprendre, plongé dans la crainte de l'inconnu, mais sans soupçon, sans méfiance, à l'égard de la voix qui s'adresse à lui.

Cette voix va alors lui offrir de réaliser en elle la Promesse des origines, reprise dans toutes les Promesses qui ont jalonné et soutenu l'histoire de son peuple donner la vie, concevoir et enfanter un fils, qui recevra le trône de David, règnera sur la maison de Jacob, sans fin. Dans l'Ecriture qu'elle tient dans sa main, Marie a lu l'histoire de cette grande Promesse, en particulier celle que David avait déjà reçu par le Prophète Nathan et que nous venons d'entendre "Je te ferai moi-même une maison, une descendance. Je serai pour lui un Père, il sera pour moi un fils".

La grandeur de cette promesse, qu'aucune naissance, qu'aucun royaume n'a pu réaliser jusque là ne laisse pas Marie sans voix, car la Présence qui est entrée chez elle est la Présence qui laisse libre. Elle demande seulement comment va se réaliser cette Parole. Je suis vierge. Je ne connais pas d'homme ? qui déborde toute "connaissance". Parole donnée avant toute connaissance.

L'Ange lui répond :

L'Esprit Saint viendra sur toi - cela se passera comme la Création.

La Puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre - comme le peuple à la sortie d'Egypte, lors de sa libération.

Elisabeth, la femme stérile - comme Abraham et Sarah au commencement du peuple.

L'Ange reprend toute l'histoire jusqu'à Elisabeth, aujourd'hui. C'est la même Parole, depuis l'origine, qui crée, qui libère, qui rend fécond ; Parole souveraine, à qui rien n'est impossible, mais qui n'explique rien et appelle à la foi, au-delà de toute image, de toute connaissance.

Elle n'explique par comment, selon la nature ; elle appelle à faire confiance dans une Alliance inimaginable entre Dieu et son humanité.

Le dernier signe (qu'elle n'avait pas demandé) qui est donné à Marie, avec sa cousine Elisabeth, est le signe d'une nouvelle Alliance qui repose sur le pardon, la femme stérile enfante.

Qu'il advienne selon ta Parole - obéissance de la foi en Dieu Créateur et Sauveur qui pardonne.

La merveille qui nous est racontée ici, c'est la foi de Marie dans le pardon, le foi pure de l'origine.

Ton époux, c'est ton Créateur (Isaïe).

Une vierge fiancée à un homme de la maison de David, l'a cru sans réserve, pour la première fois dans l'histoire. Elle a conçu et enfanté le Fils de Dieu. Dieu a donné, par-donné à toute l'humanité, ce coeur d'une femme servante de Dieu qui croit être appelée à être épouse, fille d'une génération adultère.

Par ce dialogue, nous sommes appelés à avoir avec Marie un seul coeur, celui qui laisse entrer une Parole qui conçoit et enfante Dieu en notre chair.

Jésus a dit : "Qui est ma mère, qui sont mes frères

                  celui qui écoute la Parole de Dieu et la met en pratique

                  celui-là est ma mère, et mes frères".

Marie a dit oui, la première, pour tous, et Jésus lui-même nous appelle à le rejoindre.