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Quatrième
dimanche de l'Avent C
dimanche 24 décembre 2006
Père
Jean-Paul Mensior, jésuite
Luc 1,
39-45
Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament s’ouvre sur des récits
de naissance – celle de Jean et celle de Jésus- puisqu’il inaugure une
seconde Genèse, pour la naissance d’une humanité nouvelle. Une Genèse
qui dure autant que l’histoire du monde.
A peine Marie a-t-elle acquiescé à la demande de l’ange qu’elle se
lève, et que, sans tarder, elle se met en route vers la maison de
Zacharie et d’Elisabeth. C’est une hâte bien compréhensible, puisque
le signe que l’ange lui a donné c’est que sa vieille cousine est
enceinte de six mois. La rencontre entre ces deux femmes, est une
rencontre unique, à la fois mystique et lyrique , marquée par une
explosion de paroles et de joie. Car Marie visitant Elisabeth, c’est
aussi Jésus visitant Jean-Baptiste, la Nouvelle Alliance visitant la
Première Alliance, puisque grâce à Marie, l’ancien récit biblique va
porter son fruit.
Ces deux enfants sont l’un et l’autre le fruit de l’œuvre de l’Esprit.
L’ange avait dit à Zacharie : « Ta prière a été exaucée. Ta femme
t’enfantera un fils. Il sera rempli de l’Esprit saint dès le sein de
sa mère. » Et de fait, Jean Baptiste commence ici sa mission, en
désignant le messie par la bouche de sa mère. C’est remplie de
l’Esprit saint qu’Elisabeth s’écrie : « Comment ai-je ce bonheur que
la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »
C’est un moment de grande joie : joie d’Elisabeth d’accueillir chez
elle la mère du Messie, tressaillement de joie de Jean-Baptiste dans
le sein de sa mère ; et puis c’est la grande jubilation de Marie pour
les merveilles que Dieu fait en elle et où elle prédit que toutes les
générations la proclameront bienheureuse.
Bienheureuse elle l’est déjà : c’est ce que lui dit Elisabeth :«
Heureuse, s’écrie-t-elle en accueillant Marie, heureuse celle qui a
cru à l’accomplissement des paroles qui lui ont été dites de la part
du Seigneur ! »
Oui, Marie est heureuse parce qu’elle a cru que Dieu n’est que
bienveillance, et que son désir est de nous faire vivre en plénitude.
Jésus dira un jour : « La gloire de mon Père, c’est que vous portiez
beaucoup de fruit. » Croire que Dieu veut notre fécondité, c’est cela
qui nous rend féconds. Marie, elle, porte le fruit que l’on peut dire
« absolu », l’Homme nouveau, l’homme accompli, l’homme selon le cœur
de Dieu .
La joie de ces deux femmes est donc liée à l’acte de croire. Marie et
Elisabeth ont expérimenté que la foi en la parole de Dieu était le
lieu d’une fécondité humainement incroyable mais divinement possible.
Pour toutes les deux, leur désir de Dieu est devenu le chemin de leur
désir d’enfant : la stérilité d’Elisabeth, la virginité de Marie
deviennent fécondes. C’est à dire que par l’enfant qui leur est donné,
la stérilité de l’une et la virginité de l’autre sont mises au service
de leur peuple et de l’humanité toute entière. Et cela parce que elles
ont cru.
Marie a cru que le salut de tous les hommes passerait par elle. Or
Marie est la figure parfaite de l’humanité accueillant Dieu sans
réserve. C’est pourquoi, nous pouvons être sûrs que lorsque nous
répondons droitement à l’appel de Dieu, nous entrons vraiment, à notre
manière, dans le mystère de la genèse divine de l’humanité - genèse
dont la Visitation est un moment certes inégalable, mais exemplaire.
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