Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

4ème dimanche de l'Avent C

 

Michée 5, 1-4

Psaume 79

Hébreux 10, 5-10

Luc 1, 39-45

 

 

 Quatrième dimanche de l'Avent C

     Père Jean-Paul Mensior, jésuite

 

Ce n’est pas pour rien que nous appelons le premier livre de la Bible « Livre de la Genèse » ; on pourrait dire « de l’engendrement  ». Tout au long de la Bible, les généalogies, les récits de naissance, de maternité, de paternité nous rappellent que Dieu est Origine, source, et qu’il rend fécond tout ce qu’il touche.
Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament s’ouvre sur des récits de naissance – celle de Jean et celle de Jésus- puisqu’il inaugure une seconde Genèse, pour la naissance d’une humanité nouvelle. Une Genèse qui dure autant que l’histoire du monde, et qui n’a pas encore connu son septième jour.
Voici donc Marie : a peine a-t-elle acquiescé à la demande de l’ange qu’elle se lève, et que, en hâte, elle se met en route vers la maison de Zacharie et d’Elisabeth. Hâte bien compréhensible, puisque le signe que l’ange lui a donné c’est que sa cousine, qu’on appelait stérile, est enceinte de six mois. La rencontre entre ces deux femmes, est une rencontre unique, à la fois mystique et lyrique, marquée par une explosion de paroles et de joie. Car Marie visitant Elisabeth, c’est aussi Jésus visitant Jean-Baptiste, la Nouvelle Alliance visitant la Première Alliance : grâce à Marie, l’ancien récit biblique va porter son fruit.
Ces deux enfants ont ceci en commun : ils sont l’un et l’autre le fruit de l’œuvre de l’Esprit. L’ange avait dit à Zacharie : « Ta prière a été exaucée. Ta femme t’enfantera un fils. Il sera rempli de l’Esprit saint dès le sein de sa mère. »Et de fait, Jean Baptiste commence ici sa mission, en désignant le messie par la bouche de sa mère. C’est remplie de l’Esprit saint qu’Elisabeth s’écrie : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »
C'est un moment de joie intense : joie d’Elisabeth d’accueillir chez elle la mère du Messie, tressaillement d’allégresse de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère ; et puis c’est la grande jubilation de Marie pour les merveilles que Dieu fait en elle et où elle annonce que toutes les générations .la proclameront bienheureuse.
Bienheureuse elle l’est déjà : c’est ce que lui dit Elisabeth, en prononçant la première des douze béatitudes que l’on trouve dans l’évangile de Luc. « Heureuse, s’écrie-t-elle en accueillant Marie, heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui ont été dites de la part du Seigneur ! »
Marie est heureuse parce qu’elle a cru que Dieu est bienveillance, et que son désir est de nous faire vivre en plénitude. Jésus dira un jour : « La gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit. » Croire que Dieu veut notre fécondité, c’est cela qui nous rend féconds. Marie, elle, porte le fruit absolu, l’Homme nouveau, l’homme accompli, l’homme selon le cœur de Dieu, qui ne fait qu’un avec Dieu lui-même.
La joie de ces deux femmes est donc liée à l’acte de croire. Marie, Elisabeth ont expérimenté que la foi en la Parole et en la promesse de Dieu était le lieu d’une fécondité humainement incroyable mais divinement possible, car elles ont cru que « la parole qui sort de la bouche de Dieu ne revient jamais à Dieu sans avoir fait ce qu’elle disait. »
Pour toutes les deux, leur désir de Dieu est devenu le chemin de leur désir d’enfant : la stérilité d’Elisabeth, la virginité de Marie deviennent fécondes. C’est à dire que par l’enfant qui leur est donné, la stérilité de l’une et la virginité de l’autre sont mises au service de leur peuple et de l’humanité toute entière. Et cela parce que elles ont cru, c’est à dire fait à Dieu une confiance totale. Ce faisant, elles nous montrent que la vraie fécondité est toujours celle de la foi.
Marie a cru que le salut de tous les hommes passerait par elle. Or Marie est la figure parfaite de l’humanité accueillant Dieu sans réserve. C’est pourquoi, frères et sœurs, nous pouvons être surs que lorsque nous répondons droitement et en conscience à l’appel de Dieu, nous entrons vraiment, à notre manière, dans le mystère de la genèse divine de l’humanité - genèse dont la Visitation est un moment certes inégalable, mais exemplaire.