Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Quatrième dimanche

de Carême A

 

1 Samuel 16, 1...13

Psaume 22

Ephésiens 5, 8-14

Jean 9, 1-41
 



 

 

 

Quatrième dimanche de Carême (A)

Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

Un homme illuminé par Jésus
« Est-ce lui qui a péché ou bien ses parents ? ». « Ni lui, ni ses parents », répond Jésus. Jésus affirme que le malheur, et en particulier le malheur innocent, un malheur qui est lié à la finitude de l’homme et aux limites de la nature, ce malheur n’est pas la conséquence du péché. Alors que peut monter en nous la question : « Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive une telle tuile ? ».

« Pourquoi cet homme est-il né aveugle ? », Jésus répond « Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui ». Et l’action de Dieu va se manifester pour cet aveugle à travers la rencontre de Jésus dans l’histoire de son humanité blessée.

Dans sa lettre apostolique sur le sens chrétien de la souffrance humaine, le Pape Jean-Paul II commente la parabole du bon Samaritain et au sujet de l’homme blessé au bord de la route, il dit : « le monde de la souffrance humaine ne cesse d’appeler pour ainsi dire, un monde autre : celui de l’amour humain ; et cet amour qui s’éveille dans le cœur de l’homme, il le doit en un certain sens à la souffrance » (Salvifici doloris, n°28-30, 1984).

La présence de l’aveugle-né a été comme un appel monté de l’humanité vers Jésus le Fils de Dieu et Jésus a manifesté à cet homme devant les autres la bonté, l’amour et la force de Dieu. Un jour de sabbat, le jour où Israël fait mémoire de la sortie d’Egypte où Dieu a tiré son peuple de la mort, le jour où l’on rend grâces de la création du ciel et de la terre, de la lumière qui déchire les ténèbres, Jésus rend un aveugle à la vie et à la lumière, il le réintègre ainsi dans la communauté humaine qui célèbre les merveilles de Dieu.

Le refus de l’envoyé qui est la lumière du monde
Ce signe magnifique de la vie qui se donne au cœur de l’humanité blessée est lumineux pour les uns et obscurs pour d’autres. L’aveugle-né croit que Jésus est le Fils de l’homme; les autorités religieuses du Temple diront finalement de Jésus : « Cet homme est un pécheur » parce qu’il n’observe pas le sabbat. Pour les autorités religieuses de la synagogue Jésus n’est pas la lumière du monde ; ils ne reçoivent pas Jésus comme l’envoyé de Dieu.
Comment pouvons-nous nous-mêmes participer à ce refus du Christ ? Quel peut être finalement notre aveuglement ?

D’abord, par rapport au malheur qui frappe dans nos vies, en particulier le malheur innocent. Il peut nous arriver de nous éloigner de Dieu à cause du malheur, de douter de Lui, de sa bonté et de sa puissance, d’avoir honte de nous même sans qu’il y ait de motif ; et finalement de ne pas pouvoir nous tenir aux côtés de la Vierge Marie qui est restée debout dans la foi, malgré sa souffrance, au pied de la croix, de nous enfuir comme beaucoup de disciples. Là, il y a un lieu où nous sommes éprouvés et tentés et il peut nous arriver de succomber à la tentation en nous enfuyant dans la colère, le ressentiment, la provocation ou des actions insensées par dépit ; « c’était n’importe quoi » dirons-nous ensuite. Oui, nous pouvons demander pardon au Seigneur dans l’Eglise pour cet éloignement ou, au moins, lui demander de nous révéler nos éloignements et choisir de revenir à Lui de tout notre cœur en nous tenant debout dans la foi avec Marie et le disciple que Jésus aimait, alors que le mystère du malheur et de la souffrance demeure douloureusement.

Ensuite, par rapport à nos évidences, lorsque nous sommes comme aveuglés par des attraits sensibles et parfois des convictions qui nous séduisent et captent toute notre attention et notre cœur de manière désordonnée. Il peut nous arriver de rester collés à ces attirances, d’être mentalement bloqués, trop sûrs de nous comme le furent les autorités religieuses du temps de Jésus, plutôt que d’écouter la voix du Seigneur de la vie qui vient à nous d’une manière qui dérange notre système.

Nous sommes alors appelés à entrer dans un chemin d’humilité comme l’aveugle qui s’est laissé guider par la voix de Jésus : aveugle, les yeux couverts d’une boue qui manifeste davantage encore sa cécité, il a marché vers la piscine de Siloé. Sans voir son chemin, il a marché en obéissant à la parole de Jésus ; il a cru l’envoyé de Dieu et il a fait ce que Jésus lui avait dit. Il arrive que nous ne voyions plus où est le chemin, que nous soyons perdus, alors trouver le chemin c’est croire ce que Jésus nous dit dans l’Evangile et le mettre en pratique dans la foi, et non dans l’évidence ou le sentiment. Voilà notre appel !
Il n’y a que ceux qui consentent à reconnaître leur aveuglement qui pourront aller un jour à la piscine de Siloé ou retourner de leur plein gré à la fontaine baptismale et, debout dans la foi, y être illuminés par le Christ.