Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

2 Chroniques 36, 14-16.19-23,

Psaume 136

Ephésiens 2, 4-10, Jean 3, 14-21
 


 


 

 

Quatrième dimanche de Carême B                                                 26 mars 2006                      

 Père Jean-Yves Calvez,  jésuite

 

Le temps du carême est temps de jeûne et de purification, mais pas moins temps d’enseignement, de grands rappels. Aujourd’hui, c’est d’abord le rappel de l’histoire d’Israël. En peu de mots : Israël pécheur et sourd. Sourd aux prophètes surtout, les tournant en dérision. Réduit du coup au malheur : le temple est brûlé, le peuple déporté, fait esclave (comme en Egypte autrefois)… Cependant voici qu’extraordinairement Cyrus, roi des Perses, vient à son secours. Symbole de Jésus que son Père envoie risquer la mort, risquer la croix, pour nous.

Le commentaire, dans la lettre aux Ephésiens, c’est que tout le bien qui nous vient ainsi, le salut qui nous est assuré, sont miséricorde. C’est par grâce –grâce de Dieu– que nous sommes sauvés. Ce n’est pas notre oeuvre, cela ne vient pas de nos actes : c’est « don de Dieu ». Posons-nous ici une question car on se la pose souvent : est-ce nous humilier misérablement, est-ce mépriser la grandeur humaine et notre liberté que de reconnaître cette grâce et cette libéralité ? Jean-Paul Sartre, il y a quelques années, voyait une contradiction entre Dieu, fût-il bon, et la liberté : tout doit venir de moi… La réponse pourtant c’est que le mystère de l’homme justement est d’être grand par autrui, en s’ouvrant à l’autre ; d’être suscité par autre que soi, à sa création comme à sa rédemption et libération. L’être tout court, peut-on dire en définitive, est ouverture, pas enfermement en soi. Notre richesse c’est d’être appelés, d’être confortés par là : par plus grand que nous très proche de nous…

Mais, troisième point, enfin, il y a tout de même quelque chose qui doit venir de nous, ne peut venir que de nous. Il faut croire, dit l’Evangile, se livrer dans la confiance. Celui qui croit est sauvé.

Précision importante : celui qui croit vient à la lumière, c’est dire qu’il y a dans le salut dont nous parlons, une libération mais aussi une illumination. Nous savons que l’homme de toute manière vit de lumière, il est intelligence et clarté, il voit, il embrasse par l’esprit. Que serions-nous si nous n’avions pas cette extraordinaire capacité ? Eh bien, par la croix et la résurrection de Jésus celui qui croit en lui reçoit beaucoup de lumière. Il comprend le monde, toute notre civilisation, toutes nos entreprises dans une perspective large, totale. Ces entreprises, ces initiatives des hommes, ce ne sont pas là de tout petits cantons d’être ou d’action mais des parts d’une aventure de portée infinie, nous sommes assumés dans… l’œuvre du Christ, dans… la vie de Dieu, pas moins. Nous voyons, entrevoyons du moins, tout ce vaste horizon en croyant. La vie du Christ, en dépit de la mort, passe en éternité, et notre vie avec la sienne.

Nous croyons donc, nous donnons notre confiance ; notre vie, notre histoire en retour sont éclairées, nous pouvons vivre au large, dans un grand espace, tout l’espace de l’histoire humaine mais bien plus encore : nous pouvons vivre tout près du principe, du commencement, de l’origine, de la source de l’être et de l’amour. Le pape Benoît XVI nous a écrit il y a peu, vous le savez, une lettre sur Dieu qui est amour. On y lit que nous sommes appelés à partager volonté et amour avec Dieu même : « L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste, je cite, dans le fait que […] notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus […] Dieu est [devient] plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même». Et l’amour du prochain est aussi inclus car tout ami de Dieu, de Jésus est mon ami. Et tout ceci n’est pas chose lointaine ou abstraite, c’est vu clairement, amplement, quand je crois. Voilà donc les leçons pour aujourd’hui : le salut, la plus grande richesse, est don de Dieu ; cependant croire compte ; que moi je croie, que nous croyions, compte. Demandons donc de croire, chers frères et sœurs, demandons-le les uns pour les autres : afin de vivre et d’être illuminés. Amen.