Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                                               

Quatrième dimanche de Carême C                                                                                         dimanche 18 mars 2007

Père Pierre Faure  jésuite

Luc 15, 1-32

Cette parabole célèbre, qui nous touche beaucoup, a touché aussi les artistes peintres. D’abord Arcabas, peintre français contemporain dont nous pouvons prendre la carte petit format dans les mains. Ensuite Rembrandt au 17ème siècle, avec ce tableau si connu, et admirablement commenté dans le livre du Père Baudiquey. Enfin le tableau de Köder, peintre allemand contemporain, qui a le grand intérêt de montrer aussi le fils aîné.
Ces trois tableaux ont en commun le geste presque maternel du Père. Comme s’il engendrait à nouveau son fils. Il le tient sur son cœur, sur son ventre, contre sa joue. Il l’adopte. Comme un nouveau-né. Et le pardon se voit dans les mains, larges, ouvertes, déployées comme des ailes, ou comme un manteau pour couvrir et protéger le fils enfin revenu. A l’opposé, les mains du fils aîné sont vides, elles se tordent l’une dans l’autre, sans personne à accueillir, sans rien à donner. Et son regard est mangé par la jalousie.

Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père

Dans la figure du fils aîné, Jésus nous montre les pharisiens et les scribes qui récriminent contre lui parce qu’il fait bon accueil aux pécheurs et qu’il mange avec eux. Dans la figure du fils retrouvé, Jésus nous montre les publicains et les pécheurs qui viennent tous l’écouter. Mais la figure centrale que Jésus veut montrer est bien celle du Père. En effet, comme les auditeurs de Jésus, nous connaissons tous des fils et des filles qui dilapident l’argent de la famille, aussi bien que des frères et des sœurs qui se jalousent. Malheureusement, en ces matières, Jésus ne prétend pas apprendre quelque chose à ses auditeurs ! Mais c’est de Dieu, Père éternel et invisible, dont Jésus veut nous parler. C’est la compassion de son Père qu’il veut révéler. Là est la nouveauté de la parabole. Car c’est cela que ses auditeurs ne connaissent pas. Dieu comme un Père qui espère et attend. Comme un Père qui court au devant de son fils dès qu’il le voit revenir, après avoir tout gaspillé. Dieu comme un Père qui ne demande pas de comptes, mais veut partager sa joie pour un seul pécheur qui se convertit. Dieu comme un Père qui aime fêter son fils revenu à la vie.
Seul Jésus peut nous parler en vérité de ce Père dont il est le Fils unique et bien-aimé.
Seul Jésus sait vraiment de qui il parle.

Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père

Mieux comprendre la parabole est bien. Et les tableaux qui la représentent peuvent nous aider. Mais le plus important est ce qui se passe en moi ensuite. Vais-je me décider à entrer moi-même dans la scène ? Vais-je accepter d’y prendre ma place de fils ou de fille ? Quand vais-je choisir d’aller vers mon Père, de le rencontrer ? Suis-je déjà en chemin vers lui ? Depuis quand ne lui ai-je pas parlé de moi ? Que vais-je lui dire ? Moi qui suis un mixte subtil de fils ingrat et de fils aîné. Il se peut que des mauvais souvenirs de la confession selon l’ancienne manière, m’aient fait perdre le chemin et le goût du pardon de Dieu. Il se peut aussi que menant une vie droite, je ne voie vraiment pas quel est mon péché. Sans doute il me manque encore un peu de lumière et d’amour pour lire vraiment ma vie avec les yeux de Dieu. Et pour accepter d’être un peu débordé par Dieu lui-même. Car il ne s’agit plus ici de morale mais d’amour. « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. »
Qui peut entendre cela sans tomber dans les bras de celui qui parle ?
Même si l’histoire ne le dit pas, j’espère beaucoup qu’après de telles paroles, le fils aîné a ouvert ses mains et son cœur, est entré dans la joie de son Père, et a retrouvé le sourire.

Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père