|

4ème dimanche
de Carême C
Josué 5, 1-10
Psaume 33
2 Corinthiens 5, 17-21
Luc 15, 1...32
 |
Quatrième
dimanche de Carême C
Père Jean-Yves Calvez, jésuite - Professeur au
Centre Sèvres
Frères et
Soeurs, nous voici, en ce milieu de carême, au coeur des paraboles de
la miséricorde, celle surtout de l’enfant prodigue... Faut-il
d’ailleurs l’appeler parabole de l’enfant ou du fils prodigue, ne
faut-il pas plutôt l’appeler celle du père bon et miséricordieux,
débordant de bonté et de miséricorde? “Comme son fils était encore
loin, il l’aperçut et fut touché de compassion, il courut se jeter à
son cou et l’embrassa, longuement”. Il ne pense pas un instant à la
vie dissolue que le fils a menée longtemps au loin. Il l’embrasse, il
l’accueille, c’est tout. Une des scènes, une des paroles de Jésus les
plus émouvantes pour nous dire qui est Dieu, qui est son père. Et
c’est cela que saint Paul commente dans sa deuxième lettre aux
Corinthiens que nous avons lue aussi: “Dieu nous réconcilie avec
lui... Dieu, dans le Christ, se réconciliait le monde, ne tenant plus
compte des fautes des hommes... Nous vous en supplions au nom du
Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu”. Soyez sensibles à cette
bonté, ce père n’a aucun autre désir pour nous: non pas même que nous
nous réconcilions avec lui, mais de nous réconcilier, lui. Il prend
toute l’initiative. Il prend tout sur lui.
Et peut-être nous faut-il penser aussi au sens des quelques phrases
que nous avons lues du livre de Josué en commençant: toute une
génération infidèle était morte au désert sans pouvoir voir le pays
que Dieu avait pourtant promis à leurs pères, Dieu y fait maintenant
entrer une nouvelle génération: “Et ils mangèrent des produits du pays
le lendemain de la Pâque, des pains sans levain et des épis grillés en
ce jour même”. Finie la manne du désert, les voici dans l’abondance du
nouveau pays. Dieu accueille ses enfants dans l’abondance, comme il
nous accueille tous, quelque prodigues que nous ayons été, et comme il
nous réconcilie avec lui, sans retenir rien de notre histoire de
tiédeur, d’infidélité.
Par rapport à nos vies, dans le plus intime, voilà bien l’événement
des événements, cette réconciliation que Dieu effectue, Dieu... venant
ainsi nous chercher. Aujourd’hui, nous avons à savourer, en somme, cet
événement, renouvelé en chaque carême précisément, sachant le peu que
nous valons sans cette initiative de notre père. Sachant plus encore
combien est sans limite sa bonté et miséricorde. Et si nous ne sommes
pas prêts encore, nous, à nous jeter en ses bras, voyons-le du moins,
là-bas sur la colline, à la porte de la ville, qui nous attend.
Toujours nous attend.
Prions, Frères et Soeurs, pour que nul ne doute jamais de cette
miséricorde, de cette bonté. Alors que tant d’hommes en fait en
doutent; peut-être pas à cause de leurs fautes d’ailleurs, mais parce
qu’ils n’osent pas croire qu’il puisse y avoir un si total
accomplissement de leurs vies, de leurs destinées d’hommes, cette
déification comme disent nos frères chrétiens d’Orient, ils n’ont
jamais pensé que Dieu est si grand, si bon. Oui, que Dieu leur donne
de le découvrir, en regardant, peut-être, le Christ couronné d’épines,
au pied de la colonne où il a été fouetté, plein d’amour pour tous
ceux mêmes qui l’ont pourtant frappé, insulté, qui se sont moqués.
Dans ce visage l’amour immense. Que tout homme le sente, et le voie.
Amen.
|