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4ème
dimanche de l'Avent - Année C
dimanche 20 décembre 2009
Père Marc Rastoin, jésuite
Il y a quelques années,
l’écrivain anglais P. D. James a publié un livre intitulé : ‘Les
enfants des hommes’ (Children of Men). Dans ce roman d’anticipation,
elle imagine une humanité, où, depuis plus de 20 ans, il n’y a plus
de naissances. Plus du tout. Une stérilité totale… Elle décrit une
société sans espérance, tétanisée par ce drame, où tout s’engourdit
peu à peu. Dans les rares lieux d’enseignements ouverts, on fait de
la formation en dilettante tandis qu’une dictature douce garantit un
minimum de sécurité et gère la fin… Elle nous décrit ainsi en creux
ce que représente le phénomène de la naissance d’un enfant :
l’avènement du nouveau. Nos lectures d’aujourd’hui sont comme
saturées d’enfants. Elles nous décrivent la venue du nouveau sous la
forme qui en est humainement la plus forte : la naissance. St
Augustin disait que le plus grand miracle c’était la naissance d’un
enfant. L’enfant, c’est la nouveauté absolue, la venue d’un être qui
n’a jamais été et qui va porter sur le monde un regard que nul n’a
jamais porté. Cela est vrai de tout homme mais a fortiori de Jésus.
L’enfant n’est pas seulement celui que
nous attendons mais aussi celui que nous devons devenir. Pourquoi ?
Pour être des hommes nouveaux précisément. Qui voient le
monde d’un œil neuf. Qu’est-ce que l’enfant sinon celui que
tout émerveille, que rien ne décourage et pour qui la confiance, la
foi, est l’air qu’il respire. Le petit enfant ne se demande pas s’il
doit ou non faire confiance à ses parents : la question n’existe
tout simplement pas pour lui. L’Avent nous appelle à devenir des
êtres de confiance, des personnes de foi, pour qui la parole demeure
créatrice, ouvre un avenir : « Heureuse celle qui a cru à
l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du
Seigneur. » Ici chaque mot compte. Quelles sont les paroles qui
nous ont été dites de la part du Seigneur ? Il y a des paroles qui
ont été dites à toutes, celles des prophètes et des paroles qui ont
été dites à chacun d’entre nous personnellement. Michée nous dit
aujourd’hui : « Viendra un jour où enfantera celle qui doit
enfanter ». Ezékiel reçoit cette parole : « Le
Seigneur me dit : ‘Fils d'homme, ces ossements, c'est toute la
maison d'Israël. Les voilà qui disent : ‘Nos os sont desséchés,
notre espérance est détruite, c'en est fait de nous’. C'est
pourquoi, prophétise. Tu leur diras°: ‘Ainsi parle le Seigneur
Dieu : ‘Voici que j'ouvre vos tombeaux; je vais vous faire remonter
de vos tombeaux, mon peuple… Je mettrai mon esprit en vous et vous
vivrez’’ » (Ez
37,11-12a.14). Toutes ces paroles disent avec le prophète Jérémie :
« il y a un avenir pour ton espérance ! » (Jr 31,17a).
« Heureuse celle qui a cru ».
Heureux sommes-nous si nous croyons. Ce sera aussi le premier mot de
Jésus : « Heureux êtes-vous »… La foi fait grandir en nous la joie
parce qu’elle nous ouvre au nouveau. « Heureuse celle qui a cru
aux paroles. » Il est des paroles qui font naître la foi et la
foi est la réponse à une parole. « Qui nous furent dites de la
part du Seigneur ». Le Seigneur nous parle parfois dans le
secret mais c’est souvent par le biais d’hommes et de femmes de foi
que le Seigneur nous parle. Ces paroles nous font naître et
renaître. Elles nous font aussi enfanter et engendrer. Quel que soit
notre âge, que nous soyons grands-parents ou arrière-grands-parents,
que nous ayons des enfants selon la chair ou pas. Donner la vie,
recevoir la vie. Accueillir l’enfant, devenir enfant. Toute notre
humanité est là. Et c’est à partir de là que le Seigneur crée du
nouveau sur la terre.
Alors, dans notre société vieillissante et
souvent cynique, ne nous résignons pas, accueillons l’enfant. Dans
notre Eglise, qui redevient un petit reste, ne nous décourageons
pas, accueillons l’enfant. Dans notre vie personnelle où le
vieillissement de l’habitude menace si souvent le nouveau,
n’éteignons pas l’enfant qui demande à naître... Lorsque les exilés
revinrent de Babylone, ils n’étaient que quelques centaines, à peine
trois siècles plus tard, ils seront des millions. Ecoutons les
paroles qui nous sont dites de la part du Seigneur ! Elles sont
Esprit et Vie. Préparons-nous à accueillir l’enfant qui, sans
pouvoir parler encore, nous dit tout par sa seule naissance. Amen.
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