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4ème dimanche de
Pâques- Année
C
Jean 10, 27-30
Père François
Boëdec, jésuite
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dimanche 25 avril 2010 |
Frères et sœurs,
Dimanche dernier, frères et sœurs, nous avons déjà vu
cette figure du berger qui conduit son troupeau. Pierre recevant la
mission de prendre soin de ses frères dans la foi. Aujourd’hui, c’est
cette même figure du berger qui nous retient, mais qui nous permet
d’aller plus loin. Car, il n’y a qu’un seul berger, le Christ.
L’agneau offert pour tous est devenu le pasteur.
Cette affirmation de l’Apocalypse que nous avons
entendue tout à l’heure peut se superposer à certains thèmes du
chapitre 10 de l’évangile de Jean dont nous venons d’entendre un
extrait, chapitre où nous voyons le Christ assimilé à la porte du
bercail et au vrai pasteur qui passe par cette porte. Cette porte est
la porte pascale par laquelle Jésus rejoint les siens dans leur
détresse, et les « fait sortir » en un exode pour lequel il ouvre le
passage. C’est ce que dit l’Apocalypse : l’agneau est « l’agneau
qui a été immolé », l’agneau pascal dont le sang a marqué les
portes et a permis la sortie de l’esclavage. Porte, pasteur, agneau,
tous ces thèmes forment en quelque sorte une constellation pascale. Et
l’assimilation de l’agneau et du pasteur nous dit bien que c’est « un
du troupeau » qui devient la tête, selon cet étonnant mystère
d’amour de l’Incarnation de Dieu.
Mais c’est autre chose, intimement lié bien sûr à cela,
qui retient mon attention. Il me semble que le combat traverse tous
les textes de ce jour. Dans l’Apocalypse, nous l’avons vu, la grande
épreuve marque chacun, attendant que Dieu essuie toute larme des yeux.
Le ciel est déjà là, mais la manifestation de la vie de Dieu est
encore une promesse. Il y a un combat, et la foi nous le fait
identifier comme le combat même du Christ. Nous entrons nous aussi
dans ce combat : certes, tout est déjà accompli avec la Pâque du
Christ, mais nous savons bien que nous avons à revivre ce passage pour
notre compte. Ce combat, nous le retrouvons chez Paul et Barnabé,
chassés d’Antioche. C’est le combat qu’ils mènent pour conduire les
hommes à la foi. Un combat où ils sont à la fois battus – puisqu’ils
ils doivent partir – mais pourtant aussi vainqueurs : c’est parce
qu’ils sont rejetés que l’Evangile va se répandre ailleurs, « jusqu’aux
extrémités de la terre » ; et tout cela – nous l’avons entendu –
se solde par la joie des disciples.
Dans notre évangile aussi, même si c’est peut-être plus
subtil, il me semble que le combat est à sa manière bien présent. Si
Jésus dit de ses brebis que « jamais elles ne périront », c’est
qu’il y a pour elles un danger de périr. S’il dit que personne ne les
arrachera de sa main et de la main du Père, c’est précisément qu’on
tentera de les arracher. De quoi s’agit-il exactement ? De tout ce qui
peut entamer notre foi et nous faire perdre cette « assurance » dont
il est question dans la première lecture. Certes, nous recevons la
bonne nouvelle que rien ne peut nous arracher de la main du Père mais,
il faut traverser, non sans peine, l’heure où la foi est attaquée. A
Antioche, Paul et Barnabé, auraient pu conclure que l’évangélisation
ne marchait pas ; ils ont conclu au contraire que le monde entier
s’ouvrait devant eux. Ainsi en va-t-il de tous nos échecs : ils
ferment une route pour en ouvrir une autre, si l’on arrive à les lire
dans la foi. Jésus accède à la vie de Dieu, et nous y fait accéder, en
perdant, en donnant sa vie humaine.
Frères et sœurs, ne craignons pas de donner. C’est par
là que nous deviendrons, chacun pour notre part, avec notre manière
propre, pasteurs des autres. C’est en acceptant d’abord d’être donnés
aux autres, que quelque chose de notre vie aidera les autres à faire
leurs propres passages. C’est en désirant imiter le Christ dans le
choix radical de servir et d’aimer que nous permettrons à la vie de
passer.
En ce dimanche des vocations, demandons au Seigneur,
d’éclaire nos existences, au milieu de toutes nos préoccupations, de
toutes nos interrogations, peurs, attentes et désirs, de nos épreuves
peut-être aussi, pour entendre tout ce qu’il à nous dire, pour
entendre toutes les invitations qu’il continue de nous faire, quel que
soit notre âge et notre vie, avec nos forces et nos limites. Qu’il
nous enracine dans cette certitude confiante que nos vies remises à
lui trouveront leur vraie valeur et leur fécondité, au-delà parfois
des tours et des détours de nos existences. Et que le Seigneur appelle
des pasteurs selon son cœur, vivants et libres, pour faire vivre une
Eglise ouverte et enracinée.
© Compagnie de Jésus
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