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4ème dimanche
de Pâques
Père
Xavier Jahan, jésuite
« Je suis la
porte. »
Jésus est une porte… Quelle étrange identité pour Jésus qu’être une
porte… Mais à y regarder de près, il se passe souvent des choses
essentielles sur le seuil d’une porte… Des choses importantes se
disent d’un coté ou de l’autre, quand deux personnes se retrouvent ou
bien vont se quitter. De la même manière dans le discours de Jésus que
nous venons d’entendre, cette porte se trouve « encadrée » par deux
expressions clés qui peuvent éclairer, avec la lumière de la
résurrection, le sens de cette identité de Jésus, les conséquences de
cette identité pour nous…
« Je suis venu
pour qu’ils aient la vie, et pour qu’ils l’aient surabondante. »
Cette promesse se disait déjà dans le prologue, le grand porche
d’entrée, de l’évangile de Jean. Cette promesse traverse chaque acte,
chaque geste, chaque parole de Jésus. Il nous faut l’entendre et la
réentendre sans cesse : tant que nous ne serons pas totalement
converti, passé du coté de Dieu. Tant que nous conservons en
nous des images d’un Dieu jaloux, qui conserverait pour lui seul l’un
ou l’autre de ses attributs…
Voilà le seul « programme » de Jésus, la seule raison d’être de Dieu
parmi nous, son unique volonté sur nous. Quand nous parlons en ce jour
des vocations, il vient souvent la question de savoir si Dieu a une
volonté sur nous. Et bien c’est cela sa volonté : que nous ayons la
vie surabondante…
La confirmation de cet unique « programme » de Dieu pour nous, c’est
la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus : c’est la surabondance
de la vie donnée, venant de Dieu, qui a le dernier mot : c’est ce que
nous rappelle St Pierre « ce Jésus que vous avez crucifié,
réduit à rien, poussé au néant de la mort, Dieu l’a relevé et a
fait de lui le Seigneur ». Dieu ne veut pas seulement que nous
soyons des vivants, « pauvres mortels » comme nous pouvons entendre
parfois ici ou là l’expression, mais Dieu veut que nous soyons des
vivants débordants comme Lui, à son image : fils et filles de
Dieu.
A nous d’oser simplement y croire, de consentir à l’intime de
nous-même, d’accepter de recevoir cette vie qui vient de plus loin que
nous, cette vie qui nous conduit plus loin que nous, au-delà de
nous-mêmes, dans le service de nos frères et sœurs. En laissant se
déployer cette vie, c’est toute notre grandeur, notre dignité
d’enfants de Dieu qui se déploie…
Mais alors une question monte en nous, irrésistible, comme elle est
montée du cœur des habitants de Jérusalem qui écoutaient et se sont
laissés toucher par la première proclamation de Pierre. Cette question
revient toujours en terme de « comment faire ? », « que nous faut-il
faire ? »
« Le pasteur
connaît ses brebis, il les appelle chacune par leur nom, et il les
fait sortir dehors. »
La réponse à cette question « que devons-nous faire ? » se trouve dans
cette connaissance particulière, singulière du berger pour chacune de
ses brebis. Le berger a un lien particulier, unique, avec chacune de
ses brebis : celui de sa parole. Il n’y a pas d’autre lien entre le
berger et ses brebis que celui de la Parole.
C’est la parole personnelle du berger, le son de sa voix qui permet
aux brebis de sortir et d’aller dehors sans se perdre.
Jésus est le berger par excellence. Ce qui signifie qu’il parle à
chacun de nous de manière personnelle, particulière, unique. C’est lui
qui prend l’initiative.
Ecoutons-nous sa parole ? Savons-nous reconnaître le son de sa voix ?
Quels sont les moyens que nous prenons pour développer l’écoute et la
reconnaissance de sa voix ?
Cette voix, par notre baptême, nous savons qu’elle résonne au plus
profond de nous. C’est cela le signe du ressuscité pour nous : cette
voix de Jésus, nous la découvrons dans l’écoute de l’Ecriture, dans
l’écoute des récits d’Evangiles, sur les routes de Palestine, sur les
routes de nos vies, comme les disciples d’Emmaüs que nous avons
rencontrés dimanche dernier.
Cette voix est à découvrir maintenant et chaque jour au cœur de nos
vies. Elle peut être fragile comme la flamme d’une allumette, d’un
cierge. Elle peut sembler vacillante. Mais, si nous lui prêtons
attention, elle peut allumer un grand feu… Quel feu le Seigneur
veut-il allumer dans ma vie ? Quel feu si ce n’est celui de l’Amour « qui
se répand sur nos têtes comme un baume précieux » selon ce que
nous a dit le psaume ?
« Je suis la
porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et
sortira et trouvera un pâturage. »
Ecouter et accueillir la parole de Jésus, c’est découvrir la présence
d’une porte secrète dans nos vies.
Une porte qui permet de passer d’un intérieur à un extérieur, d’entrer
et de sortir…
Est-ce des propos mystérieux, ésotériques, accessibles à un nombre
restreint d’initiés ?
Non, il s’agit tout simplement de l’annonce d’une liberté étonnante,
la liberté des enfants de Dieu, promise à celui, à celle qui ose.
Rappelez-vous la toute première fois que vous êtes entré dans cette
église St Ignace, bien cachée par les immeubles… Est-ce bien là ?
Vais-je avancer plus loin ? Et lorsque vous avez osé franchir la
porte, quelle fut l’impression immédiate qui vous a saisi et que vous
avez pu ressentir ? La surprise, l’étonnement, l’émerveillement devant
cet espace nouveau qui s’ouvrait devant vous, qui était bien là mais
dont pourtant vous ignoriez l’existence… Et depuis votre regard, votre
vie s’en ai trouvé changée…
Ainsi une liberté totale est promise à celui qui ose écouter et
accueillir la parole personnelle que Jésus, lui adresse… Elle le
conduira de surprise en surprise, d’émerveillement en émerveillement,
tout au long de sa vie.
A celui qui ose croire, à celui qui ose risquer sa vie sur cette
parole, Jésus nous dit qu’il est sauvé : il peut circuler librement :
entrer, sortir, autrement dit aller à la rencontre de tous les
évènements de la vie (malheureux ou heureux) : il ne craint rien.
Car la voix qui le porte et le conduit, le conduira toujours vers un
pâturage, signe biblique d’une nourriture abondante donnée, où toute
violence, souffrance, blessure n’auront pas le dernier mot. Non pas
qu’elles n’existeraient plus, mais se révélant pouvant être
traversées, à jamais dépassées. « Si je traverse les ravins de la
mort, je ne crains aucun mal » avons-nous chanté avec le
psalmiste. Oui, « grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de
ma vie » tout cela parce que nous savons, nous croyons, que le
Christ est ressuscité d’entre les morts, et qu’il veut la même vie,
la vie de Dieu, pour nous. Cette vie qui commence pour nous
aujourd’hui. |