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Quatrième
dimanche
de Pâques (A)
13
avril 2008
Père
François Boëdec, jésuite
Jean 10, 1-10
Frères et Sœurs,
L’évangile de ce dimanche entrelace deux images à travers deux
paraboles, celle du pasteur et celle de la porte. Que faut-il
comprendre ? Jésus est-il la porte par laquelle il faut passer, ou
le vrai berger, celui qui passe par la porte et n’escalade pas la
clôture ? Il n’y a pas en fait d’incohérence entre les deux : le
Christ est à la fois la porte et le berger. Mais pourquoi l’auteur
du 4ème évangile a-t-il jugé bon de conjuguer ces deux thèmes ? Dans
sa controverse avec les pharisiens, Jésus essaye d’abord l’image du
berger. Mais comme ils ne comprennent pas « ce qu’il voulait leur
dire » - nous dit le texte -, il va utiliser celle de la porte.
Au fond, on pourrait dire que notre texte met en images ce que Jésus
synthétisera un peu plus loin dans ce même évangile en disant : «
Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14, 6). Le
chemin, le passage obligé, c’est la porte. L’opposition entre le
vrai et les faux bergers nous renvoie au Christ de vérité. Enfin
tout se conclut par une autre opposition : celle entre la mort et la
vie. Alors que les voleurs viennent pour égorger et détruire, le
vrai berger est « venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils
l’aient en abondance ».
Arrêtons-nous précisément un instant sur cette image du berger. Au
début du passage que nous venons d’entendre, Jésus ne dit pas encore
qu’il est le vrai berger. Il se contente de donner des critères de
discernement entre le voleur et le berger. Et ses auditeurs sont
donc amenés à se demander : qui escalade la clôture ? Qui mène le
troupeau ? Qui, venant dans l’enclos, vient chez lui, et connaît les
brebis par leur nom ? Ceux qui l’écoutent ont déjà des éléments de
réponse. Ils ont lu chez les prophètes Jérémie (23, 1-6) et Ezéchiel
(34, 1-16) que les chefs d’Israël à certains moments de l’histoire,
se sont conduits comme des prédateurs, et que Dieu lui-même viendra
prendre soin des brebis, et se fera leur pasteur. Un pasteur qui ne
sera pas un étranger mais qui sera en communication intime avec ses
brebis, qui les soignera, les rassemblera, marchera à leur tête. Le
tout - et nous ne le savons bien ! -, le tout est de ne pas se
tromper sur le vrai et bon berger : il y a ceux qui tuent et qui
exploitent, et il y a celui qui fait vivre.
Mais Jésus veut aller plus loin. Est-ce parce que les pharisiens ne
comprennent pas ce qu’il vient de dire, et qu’en bon pédagogue, il
essaye d’ouvrir les esprits par une autre image ? Est-ce aussi parce
qu’il veut dire quelque chose en plus pour bien interpréter cette
image du pasteur qui risquerait de nous laisser trop passifs ? La
porte par laquelle entre le vrai berger, cette porte qui est le
Christ, elle nous ouvre - c’est le cas de le dire - à une autre
dimension importante de la vie chrétienne, et de ce que le Christ
est venu nous apporter. La porte, c’est ce qui permet d’entrer et de
sortir. Et le chrétien ne peut aimer aucun enfermement, de quelque
nature qu’il soit. Nous sommes des hommes et des femmes qui avons
besoin « d’aller et venir », d’entrer et de sortir, pour trouver ce
qui nous nourrit, ce qui nous fait vivre. Aller et venir, entrer et
sortir, ce sont bien sûr des images de liberté. Sortir, c’est
toujours sortir d’Egypte ; entrer, c’est toujours entrer en Terre
Promise, celle de la vie libre et en abondance. Jésus se présente là
comme le moyen du passage, la porte à notre service.
Mais passer par la porte, c’est emprunter le passage obligé de la
détresse de l’homme. De sa naissance à sa mort, Jésus est « passé
par là », à la différence des mauvais bergers qui – eux – en restant
au-dessus du troupeau qu’ils exploitent, font l’économie de cette
solidarité. En fait, ce qui fait l’autorité du pasteur, c’est le
lien d’amour entre les brebis et lui. Et ce lien d’amour trouve sa
source dans le fait que le Pasteur est chez lui dans la bergerie. «
Il est venu chez les siens » (Jean 1, 11). Ce qui justifie
l’autorité du Christ, c’est ce qu’il révèle au début de l’évangile
de Jean : « Moi je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils
l’aient en abondance » (Jean, 1, 10). « Sortir », « conduire
dehors » sont des mots de Pâques. Le Christ est venu pour ouvrir une
issue à notre monde enfermé dans l’enclos de la mort. Et dans cette
œuvre, il se révèle lui-même comme le passage.
Etre Seigneur, être Celui qui conduit son Peuple, c’est se faire
serviteur. Etre en situation d’autorité, c’est se mettre au service
d’une croissance. Etre Dieu, c’est désirer de tout son être que
surgisse la liberté de l’homme.
Imiter le Christ signifie donc pour nous être aussi dans ces mêmes
attitudes qui peuvent parfois demander courage et constance. Nous
n’avons pas à chercher loin les lieux de nos vies et de nos sociétés
où nous pouvons dénoncer les enfermements, démasquer ceux qui
volent, et veulent se faire passer pour des bergers, mais nous
pouvons surtout indiquer des chemins et permettre des passages.
Mais rien de cela ne sera possible si nous ne prenons pas le temps
d’entendre cette voix qui nous appelle, chacun, chacune, par notre
nom, et nous murmure chaque fois que dans nos existences notre pied
hésite ou notre horizon se rétrécit : « Viens avec moi, je sais par
où passer ».
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