Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Quatrième dimanche de Pâques B                                                                        3 mai 2009

Père Pierre Faure, jésuite           

 

Jean 10, 11-18

Il n’est pas étonnant que Jésus insiste tant sur la figure du berger pour dire sa mission et son identité devant Dieu. Dans toute la Bible, le métier le plus représenté est celui de berger. En effet au Proche Orient, la vie nomade, comme la vie sédentaire, connaissent l’élevage, les troupeaux, et donc les bergers, les bons comme les mauvais. Mais la raison n’est pas seulement économique. Dieu lui-même appelle des bergers de métier pour conduire et prendre soin de son peuple. Nous les connaissons. Ils s’appellent Abraham, Jacob et tous ses fils, Moïse, David. Par le prophète Isaïe nous apprenons que Dieu lui-même est le berger de son peuple : « Voici le Seigneur Dieu… comme un berger il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits. (40, 11) » De son côté, le prophète Ezéchiel fait une critique très violente des pasteurs du peuple d’Israël. Au chapitre 34 il dénonce : « Parole du Seigneur Dieu : Malheur aux bergers d’Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! » La qualité des bergers s’est même tellement dégradée, que Dieu va venir lui-même prendre soin de son peuple, et Ezéchiel annonce : « C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer déclare le Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai… » On croirait entendre déjà les paroles de Jésus…

Dans le Nouveau Testament, Jésus appelle plutôt des pêcheurs, et il leur donne la mission de devenir « pêcheurs d’hommes ». Mais à la fin de l’évangile de saint Jean, Jésus demande à Pierre, pécheur de profession, d’être le pasteur de son troupeau. Nous nous souvenons de ces paroles si fortes : « Jésus dit à Simon Pierre : ‘Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?’ » Il lui répond : « Oui Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. (Jn 21, 15) »
Cette figure du berger a marqué les premiers chrétiens. Les plus anciennes peintures des catacombes romaines représentent souvent Jésus comme un jeune et beau berger, portant une brebis sur ses épaules, dans une ambiance bucolique et plutôt idyllique…

Saisissant contraste avec les sinistres dirigeants politiques que notre histoire a vu défiler, qui furent des tyrans et des loups voraces pour leur peuple, et qui se firent appeler, guide, conducteur, führer, père des peuples ! Alors nous sommes devenus méfiants sur l’utilisation de la figure du pasteur. Et nous demandons à vérifier que celui qui se déclare berger est vraiment au service de son peuple, et que nous pouvons mettre en lui notre confiance. Et notre confiance ne manque pas d’appuis dans le Nouveau Testament. A commencer par le passage d’évangile que nous venons d’entendre, où par trois fois, Jésus dit que « le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. »

Au bout de la Bible, dans sa grande vision de l’Apocalypse, Saint Jean, qui donne à Jésus le titre d’Agneau, n’hésite pas à aller jusqu’au paradoxe de sa vision géniale, en faisant converger en Jésus, la figure de l’Agneau avec celle du Pasteur. Au chapitre 7,17 il annonce : « l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur pour les conduire vers les eaux de la source de la vie. »

 « Il est l’Agneau et le Pasteur, il est le Roi, le Serviteur ».
Pour nous, il est le bon Pasteur, parce « qu’il est l’Agneau véritable qui a enlevé le péché du monde ».
Pour nous, il est le Seigneur et le maître, parce qu’il a lavé les pieds de ses apôtres… comme un exemple pour tout homme.
Pour nous, il est le Roi, parce qu’il a été obéissant jusqu’à la mort... pour tous les hommes.
Pour nous, il est le premier, parce qu’il a été mis au rang des derniers… pour la multitude.
Pour nous, Dieu lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, parce qu’il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur… de chaque homme.
C’est à ce berger là que nous faisons confiance, c’est en lui que nous croyons.
« Il est l’Agneau et le Pasteur, il est le Roi, le Serviteur. »

 


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