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4ème
dimanche de Pâques C
dimanche 29 avril 2007
Père
Michel Farin, jésuite
Jean 10, 27-30
Le berger, c'est un homme qui exerce un pouvoir sur des animaux
simplement par la voix, la douceur d'une voix. Le pouvoir de cette
voix va faire l'unité d'un troupeau sans laquelle les brebis sont
perdues.
Dans la Bible, cette figure du berger est traditionnellement
utilisée pour parler du roi, sans l'autorité duquel un peuple erre,
sans unité, à l'image d'une vie animale qui ne répond plus à une
voix humaine et ne peut plus s'identifier à travers la personnalité
d'un homme. Un tel peuple désemparé est alors à la merci de ses
ennemis et dispersé, comme il est arrivé à Israël au temps de
l'Exil.
Pour parler de sa mission, Jésus reprend ici cette figure royale
traditionnelle, constamment évoquée par le Prophètes.
Le berger permet à la vie animale de se constituer en troupeau sans
se perdre dans la dispersion mortelle.
Le roi permet à la vie humaine de se constituer un royaume sans être
dissoute dans l'anonymat, dans l'exil d'une identité perdue.
Dans la perspective ouverte par les Prophètes, Jésus se désigne ici
comme étant non seulement un bon roi, mais le nouveau roi, le
messie, qui donne à tout homme de pouvoir se reconnaître dans
l'identité d'un Royaume universel. Cette identité n'est plus
seulement une identité politique, garante de la vie historique, mais
une identité divine, garante de la vie éternelle.
"Mes brebis entendent ma voix, moi je les connais et elles me
suivent. Je leur donne la vie éternelle. Jamais elles ne périront.
Personne ne les arrachera de ma main."
Ceux qui entendaient Jésus prononcer ces paroles ne pouvaient pas ne
pas penser à la prophétie d'Ezéchiel où Dieu promettait de venir
lui-même, en personne, pour être le vrai berger de son peuple après
l'échec de tous les rois d'Israël, ces mauvais bergers qui l'avait
conduit à l'Exil.
La parole de Jésus signifie alors qu'il exerce bien le pouvoir du
Roi des Rois, de Dieu en personne. Et c'est un homme qui prétend
cela ! N'est-ce pas intolérable, vont lui rétorquer les docteurs de
la Loi.
C'est alors que Jésus ajoute : "Mon Père qui me les a données (mes
brebis) est plus grand que tout et personne ne peut rien arracher à
la main du Père."
Jésus témoigne donc que le pouvoir messianique qui doit rassembler
toute l'humanité pour un royaume éternel, il ne l'a pas usurpé dans
une volonté folle de toute puissance, il ne l'a pas arraché à la
main du Père. Il l'a reçu du Père qui est plus grand que tout. Les
brebis lui sont données. Il n'est pas le propriétaire du troupeau.
Il est le berger du troupeau d'un Autre.
Jésus peut affirmer tranquillement son identité messianique car il
révèle en même temps la présence du Père, seule source de son
autorité, et la loi selon laquelle s'exerce cette autorité, la loi
du Don, du Don de la vie et non celle de la possession de la vie.
"Je donne la vie éternelle aux brebis que le Père m'a données."
Vient alors la grande confidence : "Le Père et moi nous sommes un".
Un dans le don réciproque de l'Un à l'Autre, le don de la vie
divine, le don de l'Esprit Saint.
Le vrai berger exerce son pouvoir divin sans se prendre pour Dieu.
Il est Dieu en se recevant de Dieu, selon la loi du Don qui est
l'Esprit même de Dieu.
Dans la vision de l'Apocalypse que nous a transmis saint Jean, nous
est dévoilée la réalisation finale de ce Royaume : "J'ai vu une
foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes
nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le
trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs avec des palmes à la
main". Voilà toutes les brebis en un seul troupeau. Mais nous est
dévoilé en même temps selon quelle loi est constitué ce royaume :
"Ils viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs vêtements,
ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau."
La grande épreuve qui fait entrer dans le Royaume est celle du don
de la vie par amour, signifié ici par le sang versé de l'Agneau. Ce
sang seul rend les vêtements blancs. Quel paradoxe ! C'est le don de
sa vie qui rend pur, non le lavage.
La Loi de ce Royaume est donc bien celle du don de sa vie sans
retour. La loi même de Dieu à laquelle le Messie est soumis dans
l'exercice de son pouvoir. C'est ainsi qu'il est dit : "L'Agneau qui
se tient au milieu du trône sera leur Pasteur."
Le vrai berger n'est donc autre que l'agneau, et l'agneau égorgé.
Inimaginable révélation qui nous touche, sans que nous puissions la
comprendre encore. Nous sommes appelés, comme des brebis, des bêtes
qui ne sont pas réputées pour leur intelligence, à reconnaître
instinctivement cette voix qui, au fond du cœur, nous commande avec
l'autorité du berger et la douceur si tendre, de l'agneau. Cette
voix qui ne nous est pas étrangère. C'est la voix de celui qui nous
connaît en nous donnant la vie. Nous aurons à reconnaître chaque
jour cette voix entre mille, car "Tu es douce, sans nulle amertume,
ô éternelle Trinité." disait Catherine de Sienne. |