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4° dimanche de Pâques C
Actes 13, 14...52
Psaume 99
Apocalypse 7, 9...17
Jean 10, 27-30
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4ème Dimanche de Pâques C
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
C’est
dans un climat de tension que Jésus s’adresse ici aux chefs de son
peuple. Il vient de les comparer à des bergers à gage, à des voleurs.
Mais Jean nous dit que les pharisiens ne comprennent pas ce qu’il veut
dire.
C’est étrange de la part d’hommes formés par la Bible et familiers des
images pastorales qu’utilise Jésus. Ils ont pourtant lu dans Jérémie
et dans Ezechiel que les chefs d’Israël se sont conduits non comme des
pasteurs mais comme des prédateurs. Ils ont lu aussi qu’un jour Dieu
viendrait lui-même se faire pasteur pour prendre soin de ses brebis,
les rassembler et marcher à leur tête. Mais ces hommes que Jésus a
traités il y a peu de temps d’aveugles volontaires, ne veulent pas
voir qu’ils reproduisent le comportement de certains de leurs pères.
Aujourd’hui comme hier les mauvais bergers ne manquent pas –
idéologues, illusionnistes et gourous de toutes sortes. Mais il faut
souvent du temps pour déceler que ce sont de mauvais bergers. A quoi
les reconnaît-on ? A ceci qu’ils n’aident pas ceux qui les suivent à
grandir et à devenir libres, mais qu’au contraire, après les avoir
séduits, ils les asservissent.
C’est précisément sur ce point de la liberté que Jésus définit le bon
berger. Il nous dit - c’est quelques versets plus haut - que le bon
berger entre par la porte de la bergerie, qu’il appelle chaque brebis
par son nom et que - ce sont ses termes - il les fait sortir . Faire
sortir, conduire dehors, ce sont les mots mêmes de l’Exode, qui est
l’histoire d’une libération. Et de fait, avant de déclarer qu’il
était, lui, le vrai berger, Jésus a laissé entendre qu’il était le
nouveau Moïse qui allait rassembler le peuple de Dieu. Non pas pour le
maintenir calfeutré dans un enclos faussement sécurisant, mais pour le
libérer de tous ses enfermements et le faire sortir vers des terres de
liberté, comme autrefois Moïse avait fait sortir son peuple de la
maison de servitude.
Le sens de cette parabole est clair. Cet enclos fermé, sans issue,
c’est l’image de notre monde, un monde tout entier enfermé dans
l’enclos universel de ses servitudes, et spécialement de la plus
grande, à savoir la mort. Et qu’est venu faire le Christ, sinon ouvrir
une brèche dans ce monde fermé ? Lui-même est le premier à être passé
par la porte étroite de la mort, ouverte désormais sur des terres de
vie et de liberté , pour que nous y passions à sa suite.
Mais Jésus nous dit autre chose. Cette pâque, ce passage de toutes les
servitudes, celles de nos faiblesses, de nos convoitises, et de notre
mort à des terres de liberté et de paix, ce n’est pas la transhumance
d’un troupeau anonyme. Non :pour ce passage ultime, Jésus appelle
chacun de nous par son nom. Et comment ne pas être sensible à sa voix,
puisqu’elle nous parle du Père, c’est à dire de notre origine et de
notre terme ?
Car c’est le Père qui nous a confiés à lui, et si Jésus nous demande
de le suivre, c’est pour nous mener à ce Père qui est la source de
toute vie. A cela aussi on reconnaît que le Christ est le vrai berger
: il :ne nous garde pas pour lui, il ne nous confisque pas. Ce Pasteur
est aussi un Passeur. Il nous séduit mais sans nous asservir. Il nous
attire à lui, mais c’est pour nous tourner vers le Père.
Nous côtoyons chaque jour des hommes et des femmes désemparés et sans
berger .
Alors, rappelons-nous que la vie que le Christ nous donne par grâce ne
nous est pas donnée seulement pour apaiser notre soif de vivre, mais
pour que, comme Jésus l’a dit un jour à une femme de Samarie, cette
eau vive devienne en chacun de nous une source à laquelle d’autres
puissent à leur tour venir se désaltérer.
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