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5ème
dimanche ordinaire - Année
C
Luc 5,
1-11
Père Bruno de Gabory, jésuite
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dimanche 7 février 2010 |
Le
24 octobre dernier, ici même à St Ignace, deux novices jésuites
prononçaient leurs premiers vœux. Comme Parole de Dieu, ils avaient
choisi la vocation d’Isaïe et la pêche miraculeuse. Dans son
homélie, le père Provincial rapprochait ces textes de la formule des
vœux : « Moi, quoiqu’indigne, quoique pécheur… ». Pour nous
aujourd’hui la liturgie ajoute comme seconde lecture le premier
Credo de l’Eglise, bien avant saint Paul : « le Christ est mort pour
nos péchés ». Le thème du péché et donc du pardon unifie les trois
lectures. Mais nous pouvons remarquer qu’aucun péché précis n’est
évoqué ni avoué. N’y aurait-il pas un péché plus profond que nos
péchés ? Que veut dire : être un pécheur pardonné ?
Isaïe « voit » le
Seigneur comme un roi sur son trône. Les anges clament la sainteté
du Dieu de l’univers. Avec la tradition commune de l’Ancien
Testament Isaïe croit qu’« on ne peut voir Dieu sans mourir ». Il
traduit sa situation en termes de « lèvres impures » ; autrement
dit, il confesse son péché, son état de pécheur. Il confesse
l’initiative de Dieu et son incapacité à y répondre. Isaïe a besoin
que Dieu lui donne de lui répondre, lui par-donne. Le feu, qui se
révèlera plus tard être celui de l’Esprit, lui donne de pouvoir
répondre, d’être envoyé comme prophète. L’expérience est la même que
celle de Moïse au buisson ardent.
Pour Pierre, la
situation est analogue. Il a été pris en plein travail. Lui qui
lavait ses filets après une nuit bredouille, il a rendu service à
Jésus en lui permettant de s’adresser à la foule depuis sa barque.
Comme les gens sur la plage, il a écouté la Parole de Dieu dans la
bouche de Jésus. Pour le remercier, Jésus lui propose de jeter les
filets. C’est contraire à toute l’expérience de pêcheur
professionnel de Pierre, et de plus cela se passe de jour, mais
subjugué par Jésus, il obéit. Et c’est la pêche miraculeuse. Pierre
sent immédiatement que Dieu est à l’œuvre, que c’est un miracle. Sa
réaction est une réaction de foi : il ne pense pas d’abord à sa cale
pleine, à ce qu’il va pouvoir tirer de la vente du poisson, ni même
à ce qu’il pourra partager avec les pauvres… il pense au donateur,
il est dans l’action de grâce. Comme Isaïe, comme le centurion
romain, il ressent son indignité, il se prosterne comme pour
adorer : Dieu franchirait-il l’abime qui le sépare de sa créature ?
Pour Isaïe comme
pour Pierre, le pardon est signifié par une mission. Ce n’est pas la
restitution à une pureté mythique. C’est une vocation. Isaïe devient
prophète, celui qui parle au nom de Dieu, celui qui déchiffre la
situation politique, entre autres, avec le regard de Dieu. Pierre se
voit annoncer qu’il deviendra « pêcheur d’homme ».
Saint Paul
rappelle aux Corinthiens ce qui est déjà dans les années 50 la
tradition de l’Eglise. Il n’a fait qu’annoncer ce qu’il a lui-même
reçu. Cela veut dire qu’immédiatement après la mort et la
résurrection de Jésus s’est imposée aux premiers chrétiens la
conviction qu’ils étaient davantage les bénéficiaires que les
responsables de la mort de Jésus. Dans les Actes des Apôtres,
mort pour les péchés ou mort pour nous, pour notre salut,
sont des expressions équivalentes. Loin d’être notre condamnation
définitive pour avoir tué le Fils de Dieu, c’est notre pardon. Et ce
pardon est l’enjeu même de notre vocation. Accueillir pour nous le
pardon, c’est l’annoncer, le partager. Paul en est lui-même le
premier bénéficiaire. Lui le pharisien, il se reconnaît pécheur pour
bénéficier de la mort-résurrection de Jésus.
La liturgie nous
le rappelle à chaque messe. Nous commençons par le Kyrie, nous
continuons par le Gloria (toi qui enlèves le péché du monde…), le
Credo (je crois à la rémission des péchés), l’institution
eucharistique (Ceci est mon sang versé pour la rémission des
péchés), le Notre Père (pardonne-nous nos offenses ; libère-nous du
péché, ne regarde pas nos péchés), l’Agneau de Dieu (toi qui enlèves
le péché du monde), la communion (Voici l’Agneau de Dieu qui enlève
le péché du monde). Notre réponse est de confesser : Je ne suis pas
digne de te recevoir. Nous le disons, nous le répétons, mais y
croyons-nous ?
Il y a donc un
état de pécheur bien plus profond que nos péchés, dont ils ne sont
qu’une manifestation, des symptômes. La mort-résurrection de Jésus
n’abolit pas notre état de créature, la distance entre Dieu et nous,
mais elle nous révèle comment Dieu prend l’initiative de franchir la
distance, de sauter le pas, comment Jésus est fait péché pour notre
salut, mais aussi comment Dieu se suspend à nos lèvres pour attendre
la réponse, pour que nous acceptions d’être des partenaires, des
fils et des filles responsables, c’est-à-dire des pécheurs
pardonnés.
« Je ne suis pas
venu pour les bien-portants, mais pour les malades, les pécheurs. »
Accueillir la venue de Jésus, c’est se mettre parmi ces malades, ces
pécheurs, ces pauvres… Probablement que comme ceux du Dr Knock, nous
ne nous ne savons pas malades ; c’est le rôle du médecin de nous le
révéler ; c’est le rôle du pardon de nous permettre d’en prendre
conscience, sans fausse culpabilité. Comme Pierre, nous retomberons,
mais la certitude du pardon originel l’emportera.
« Confesser
l’amour de Dieu et notre péché », c’est accueillir cette initiative,
entrer dans cette relation, bien conscient de notre indignité, mais
acceptant de ne plus nous regarder que dans le regard de Jésus, de
Dieu.
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