Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

5ème dimanche A

 

Isaïe 58, 7-10

Psaume 111

1 Corinthiens 2, 1-5

Matthieu 5, 13-16
 



 

 

 

Cinquième dimanche (A)

Père Jean-Marc Furnon ,  jésuite

 

« Vous êtes »

Jésus ne dit pas « Soyez le sel de la terre », Jésus dit « Vous êtes le sel de la terre ». « Vous », vous les disciples de Jésus, vous mes frères et sœurs. C’est une parole que Jésus dit « sur » ces disciples. Comme on dit à quelqu’un : c’est formidable que tu sois là aujourd’hui, quelle chance j’ai eu de te rencontrer dans ma vie, tu es mon fils. La même parole est une révélation, une promesse, une bénédiction. Je me laisse accompagner par la Parole du Christ jusqu’à vous : elle dit : « vous êtes, le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Heureux êtes vous !

 

« La lumière du monde »

Habituellement on ne remarque pas qu’il y a du sel dans la soupe. C’est comme la lumière, bien souvent on n’y fait pas attention. C’est l’absence de sel ou l’obscurité que l’on remarque. Parfois on s’émerveille de la beauté de la lumière dans les vitraux ou du soleil couchant au mois de juin le long de la Seine. Ainsi en va-t-il des bonnes œuvres des disciples de Jésus. Habituellement on ne les remarque pas. Exceptionnellement les hommes de cette terre s’en émerveillent par grâce ou par différence d’avec ce qui se passe ailleurs. C’est l’Esprit Saint au fond des cœurs qui donne de reconnaître la lumière de Dieu. Cette semaine c’était la fête de la Présentation du Seigneur au Temple de Jérusalem alors qu’il avait juste 40 jours. Le vieux Siméon qui attendait le Messie d’Israël a reconnu dans ce tout petit enfant « la lumière des nations ». Dans ce tout petit enfant petit et faible, Dieu lui a montré le Messie.

Il y a plusieurs types de lumière. La lumière du mois d’août en méditerranée, la lumière de la fin du mois de juin à Paris, la lumière de l’aube avant le lever du soleil dans les Alpes. Chacune a son charme et comble le cœur de l’homme. Ainsi en est-il d’un couple âgé qui continue à s’aimer, d’un couple jeune plein de vie et de force, d’un homme de paix dans sa charge, d’un enfant simple et sans calcul, d’un missionnaire sans enfants qui brûle de la compassion et de l’amour du Christ pour tous les hommes, d’un animateur du MEJ qui se donne avec joie, d’un couple qui donne la main à un enfant blessé dans son intelligence. Cette lumière, ce sont les autres qui la voient lorsqu’ils la voient. Tant mieux. C’est une affaire entre eux et Dieu.

 

Qu’avons-nous à faire aujourd’hui ?

Jésus ne nous appelle pas à faire le bien « pour » être remarqués. Jésus nous invite à faire le bien comme Dieu crée le ciel et la terre, dans la discrétion : « donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement » ; et encore « que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche ». Le désir et la joie de Jésus c’est que les hommes, les femmes et les enfants de cette terre soient heureux. Qu’ils se rendent compte ou non d’où viennent cette joie et ce don.

Qu’avons-nous à faire nous les disciples de Jésus pour faire le bien ? Nous avons à vivre à la manière de Jésus. C’est quoi ? Il vous suffit de lire les chapitres 5, 6 et 7 de saint Matthieu, c'est-à-dire le sermon sur la montagne, l’évangile de poche disait le Père Beauchamp. Je vous propose de le lire d’ici dimanche prochain. Si quelqu’un dans cette assemblée n’avait pas le texte du Nouveau Testament, il peut le demander à la sortie à l’équipe d’accueil ou à la sacristie. Vivre comme artisans de paix, miséricordieux, cœurs pur, doux, pauvres d’esprit, serviteurs de la justice. C’est, pour les disciples de Jésus, le sacrifice invisible de la miséricorde qui prolonge le mystère eucharistique au cœur du monde. Comme dit le prophète Isaïe dans la première lecture : « Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière deviendra comme l’aurore ».

Les disciples de Jésus sont une poignée au milieu du monde et pourtant ils ont une responsabilité par rapport à ceux qui ne connaissent pas le Christ. Ils sont disciples par leur vie et leur parole. Dieu passe par eux pour mettre des hommes et des femmes sur le chemin de le reconnaître ; des hommes et des femmes pour qui Jésus n’est pas encore né dans leur coeur. Bien sûr il y a le ciel, la terre et toute la création qui témoignent de Dieu. Il y a aussi la sagesse des religions qui précèdent le Christ. Mais au cœur de l’histoire il y a le corps du Christ rassemblé autour de l’Evangile et de l’eucharistie et dispersé pour être partagé à tous sur toute la terre comme le sel dans l’eau des pâtes, comme la lumière dans la ville un soir de juin. Les disciples sont le corps du Christ visible, rencontrable en ce monde. « En voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». Ils savent parler à Dieu, par eux-mêmes.

Oui, « Vous êtes le sel de la terre », « vous êtes la lumière du monde ».