Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Job 7,1-7

Ps 146

1 Co 9,16-23

Marc 1,29-39
 


 

 

Cinquème dimanche                                                                                5 février 2006                      

 Père Marc Rastoin,  jésuite

 

On parle à Jésus d’une malade et Jésus parle à son Père dans la prière. Jésus entre dans la maison et l’on se met en route pour le rejoindre. Jésus sort pour prier et l’on sort pour le chercher… Comment ne pas entendre dans ce texte comme un souffle et même un courant d’air ? Mais ce courant, cet échange de respiration, qu’est-il sinon l’Esprit du Père et du Fils ? Jésus met en route une respiration de parole, entre l’homme et l’homme, entre l’homme et la femme, entre l’homme et Dieu… Jésus est sorti pour que, nous aussi, nous sortions, nous nous parlions et nous servions les uns les autres. Oui, Job a raison, notre vie est souffle, l’homme est souffle. Car Dieu est échange permanent de parole, de souffle, mouvement permanent d’inspiration et d’expiration. Avec Jésus, ce mouvement est venu parmi nous.

Jésus restaure l’homme dans son être de parole, de relation, de communion. Un être qui trouve son identité dans le service : ‘Et elle les servait’. Ce propos ne vise pas à définir le rôle des belles-mères et moins encore celui des femmes ! Il parle de tout être humain… Deux êtres dans cet Evangile se lèvent et deux êtres servent : la belle-mère de Simon et Jésus. Servir, c’est toute la vie et l’ambition de Jésus : « Le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir » (Mc 10,45). Désormais on parle à Jésus des malades, on parle aux malades et on en a plus peur. On prie Dieu en toute simplicité et on n’en a plus peur. Il n’est pas « venu pour nous perdre » (Mc 1,24)…

         Ainsi ce n’est pas seulement une journée de Jésus que cet Evangile nous décrit mais une vie d’homme : parler, servir, sortir de soi et rentrer en soi, et ce faisant, se trouver et vivre. Empêcher la voix du mal de parler plus fort que la voix de la conscience et la voix de la prière. Car il y a une voix qui parle plus fort que celle des démons. Il y a un sang qui parle plus fort que celui d’Abel (He 12,24). Il y a un silence plus éloquent que celui de la mort : c’est celui de Jésus priant au petit matin, seul, sur cette colline de Galilée. Un jour, au petit matin, Jésus sera jugé par les autorités et il ne dira rien. Un jour, au petit matin, des femmes que Jésus a guéries se présenteront devant un tombeau et Jésus en sera déjà sorti. Nul, pas même la mort, ne pouvait le retenir dans ses liens.

         Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si le maître lui-même priait au matin, combien plus nous-mêmes ne pouvons espérer tenir sans cette respiration de l’âme ; tout comme un coureur ne peut espérer gagner aucune course sans entretenir son souffle. Jésus parlait, enseignait et il faisait parler. On le priait et il priait. On allait à lui et il allait vers les autres. Notre mission est exactement la même : ni plus ni moins. Est-ce possible humainement ? Oui. Paul en est le témoin privilégié. « Je me suis fait le serviteur de tous ». Il est habité par le même souffle que Jésus : celui de Dieu même.

Il s’agit pour nous d’entrer dans ce souffle pour entrer dans ce mouvement. Respirer Dieu pour l’expirer. Entrer dans le silence pour sortir dans l’annonce de la Parole. Trouver le Christ pour mieux le chercher encore. Le recevoir dans son corps pour mieux devenir son corps, ses mains et ses lèvres. Accueillons-le qui sort encore à notre rencontre pour mieux nous envoyer au service de son corps universel.