Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

5° dimanche C

 

Isaïe 6, 1-8 

Psaume 137

1 Corinthiens 15, 1-11

Luc 5, 1-11

 

 

 5ème dimanche C

 Père Jean-Paul Mensior, jésuite

 

 Les trois lectures que nous venons d’entendre nous disent la même chose : quand Dieu s’apprête à confier une mission à des hommes, leur premier réflexe est de mesurer à quel point ils sont indignes, et inaptes à. faire ce qui leur est demandé.
C’est Isaïe qui s’écrie : « Malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures ! »
C’est Paul, qui dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe déclare : « Je suis le plus petit des apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. »
Enfin c’est Pierre, impressionné par cette pêche inattendue et surabondante, bouleversé par ce miracle mais plus encore par son indignité et qui tombe aux pieds de cet orateur inconnu, qu’il devine proche de Dieu, puisqu’il l’appelle Seigneur, et auquel il demande de s’éloigner : « Éloigne toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! »
Pierre ne le sait pas encore, mais il va bientôt l’apprendre : c’est précisément aux pécheurs que Jésus s’intéresse. Il l’entendra souvent dire qu’il n’est pas venu pour les justes(ou du moins ceux qui se pensent tels), mais pour les pécheurs ; et que, s’il est venu, c’est pour sauver ce qui est perdu…ou en péril de l’être.
Comment s’étonner que Pierre soit de ceux qui sont prêts à tout quitter pour suivre un tel homme ? Viendra bientôt le moment où les rangs des disciples commenceront à s’éclaircir, et où Jésus dira à ses apôtres : « Et vous aussi, vous voulez partir ? » Qui, plus que Pierre pourrait répondre aussitôt : « A qui irions-nous ? Tu as les paroles qui font vivre ! »
Pendant les trois années de marche avec Jésus, il y aura bien des incidents, des frictions, des malentendus entre Jésus et Pierre. Au point de se faire appeler Satan, quand il s’opposera à la montée de Jésus vers Jérusalem, c’est à dire vers la mort.
Jusqu’à cette nuit fatale du jeudi-saint où, après avoir juré qu’il était prêt à se dessaisir de sa vie pour Jésus, il ira jusqu’à prendre Dieu à témoin que non, il ne connaissait pas cet homme-. Pierre, qui s’était déclaré pécheur dès sa première rencontre avec Jésus, le demeure, tout en suivant Jésus. Mais on ne suit pas impunément Jésus, puisqu’il est notre sauveur. A peine Pierre a-t-il trahi que le regard de Jésus croise le sien. Alors Pierre devient cet homme misérable et heureux de se laisser envahir, par le pardon sans mesure l’amour fort et doux de son Maître. En un éclair il comprend à quel point il est aimé, malgré sa chute ou plutôt jusque dans sa chute. On ne peut s’empêcher de penser qu’il fallait que Pierre tombe très bas pour croire à un tel amour de Jésus.
Il est extraordinaire de penser que c’est à un renégat pardonné que l’Eglise de Dieu est confiée. Et pourtant la racine de la primauté de Pierre est là. Pierre est celui qui est le plus lourdement tombé, et il est remarquable que les quatre évangiles aient tenu à le faire savoir aux chrétiens de tous les temps. Mais c’est aussi celui qui a été, le premier, relevé et pardonné, et réhabilite publiquement. C’est pourquoi Jésus pourra lui dire : « Toi, Simon, lorsque tu seras revenu, confirme tes frères. »
C’est pourquoi Paul vient de nous le rappeler, dans l’aube radieuse de Pâques c’est à Pierre que Jésus apparaît le premier .Oui, ce sont les pécheurs pardonnés qui sont les premiers dans ce Royaume.
L’histoire de Pierre peut alors se terminer par la triple question de Jésus : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? »Et Pierre : « Tu sais tout. Tu sais que je t’aime…..tu le sais mieux que moi-même, puisque c’est toi qui me donne de pouvoir t’aimer. » Si Pierre aime davantage Jésus, c’est parce que comme à Madeleine, davantage lui a été pardonné.
Désormais Pierre peut paître le troupeau de Jésus car plus que les autres il sait ce que c’est que d’être aimé et pardonné. Il pourrait dire en vérité le mot de Paul à Timothée : « Le Christ est venu pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier. »