Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                                               

Cinquième dimanche C                                                                                                       dimanche 4 février 2007

Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

Luc 5,1-11

Quand Dieu confie une mission à un homme, la première réaction de cet homme est de mesurer son indignité. Après Isaïe qui s’écrie : « Malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures ! » après Paul, qui déclare : « je ne suis pas digne d’être appelé apôtre », voici Pierre, bouleversé par cette pêche inattendue et qui tombe aux pieds d’un inconnu, auquel il crie: « Éloigne toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! »

Pierre va bientôt apprendre :que c’est précisément aux pécheurs que Jésus s’intéresse. Il l’entendra souvent dire qu’il n’est pas venu pour les justes (ou du moins ceux qui se pensent tels), mais pour les pécheurs . Il n’est pas étonnant alors que Pierre, si conscient de sa faiblesse, soit prêt à tout quitter pour suivre un tel homme . Viendra bientôt le moment où les rangs des disciples commenceront à s’éclaircir, et où Jésus demandera à ses apôtres : « Et vous aussi, vous voulez partir ? » Qui, plus que Pierre pourrait répondre aussitôt : « A qui irions-nous ? Tu as les paroles qui font vivre à jamais. »
Pendant les trois années de marche avec Jésus, il y aura bien des frictions, des malentendus entre Jésus et Pierre. Au point de se faire appeler Satan, le jour il s’opposera à la montée de Jésus vers Jérusalem, c’est à dire vers la mort. réservée aux prophètes.

Jusqu’à cette nuit fatale du jeudi-saint où, après avoir juré qu’il était prêt à se dessaisir de sa vie pour Jésus, il ira jusqu’à prendre Dieu à témoin que non, il ne connaît pas cet homme-.cet homme pour lequel il a tout quitté ! Pierre, qui s’était déclaré pécheur dès sa première rencontre avec Jésus, le demeure, tout en suivant Jésus. Mais on ne suit pas impunément son sauveur. A peine Pierre a-t-il trahi que le regard de Jésus croise le sien. Pierre est alors envahi par la honte, mais aussi par le pardon et l’amour sans mesure de son Maître. En un éclair il comprend à quel point il est aimé, malgré sa chute ou plutôt jusque dans sa chute Oui, il fallait que Pierre tombe aussi bas pour oser croire à un tel amour de Jésus .

Il demeure extraordinaire que ce soit à ce renégat pardonné que l’Eglise du Christ ait été confiée. Et pourtant la racine de la primauté de Pierre est là, et pas ailleurs. Pierre est celui qui est le plus lourdement tombé ,et les quatre évangiles ont tenu à le faire savoir aux chrétiens de tous les temps. Mais c’est aussi celui qui a été ,le premier, relevé et réhabilité publiquement. Celui à qui Jésus dira : « Toi, Simon, lorsque tu seras revenu, fortifie tes frères. »

C’est pourquoi, Paul vient de nous le rappeler, dans l’aube radieuse de Pâques, parmi les apôtres, c’est à Pierre que Jésus apparaît le premier. Jésus l’avait dit : ce sont les pécheur pardonnés qui sont les premiers dans le Royaume.

L’histoire de Pierre peut alors se terminer par la triple question de Jésus : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » A quoi Pierre répond: « Tu sais tout. Tu sais que je t’aime » Il pourrait ajouter « Tu le sais mieux que moi-même, puisque c’est toi qui me donne de pouvoir t’aimer. »
Pierre est prêt pour paître le troupeau du Christ. Heureux Pierre, que le Christ n’a pas écouté quand il lui a demandé de s’éloigner ! Car si Jésus s’était retiré, Pierre ne serait pas devenu, de pécheur qu’il était, un témoin audacieux du Christ ressuscité, nous montrant le premier que le propre du chrétien ce n’est pas d’être sauvé , mais d’ être témoin d’un amour sauveur.