Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Cinquième dimanche B                                                                                       8 février 2009

Père Patrick Goujon, jésuite                           

Marc 1, 29-39

Quel contraste entre l’énergie de Jésus qui va de villages en villages et l’accablement de Job ! D’un côté l’allant, de l’autre, l’épuisement.

Sans doute, ne sommes-nous pas toujours loin de reprendre les mots de Job. Ne disons-nous pas nous aussi que nos journées filent comme l’éclair, que nous sommes harassés par nos tâches, avec le sentiment parfois du vide qui s’empare de nous ? « Comme le manœuvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’y ai gagné que du néant ! »

De l’autre côté, nous voyons Jésus entrer dans sa vie publique. Son pas semble léger, tranquille sans s’attarder, passant des uns aux autres sans devenir superficiel. Chacun tire le meilleur de sa rencontre avec lui ; certains l’écoutent ou le suivent, d’autres encore se voient revivre à sa présence. Mais lui ne s’attarde pas, il marche.

Quel est donc le secret de Jésus qui lui fait quitter Capharnaüm et parcourir toute la Galilée ? Il répond sans cesse à l’appel à vivre en l’écoutant au plus secret, et seule cette écoute exigeante rend parfaitement libre.

Au cœur ce l’impressionnante liste des activités de Jésus décrites dans l’Evangile, véritable sommaire de sa vie publique, un silence, un désert : la prière. « Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait ». Non pas la prière de devoir, mais la prière de respiration, nécessaire, aussi vitale que le souffle.

Job déjà en ouvre le chemin. « Souviens-toi, Seigneur, ma vie n’est qu’un souffle ». Dans cette fragilité de l’existence, là où nous nous éprouvons au bord de l’épuisement, la prière est un espace pour reprendre haleine. Non pas illusoirement, en nous racontant des histoires, mais en parlant à Dieu de ce que nous sommes. Un souffle à peine haletant.

Prendre la mesure de nos limites, de l’exiguïté de notre vie, sans nous enfermer dans la plainte, mais en nous tournant vers Dieu, comme l’on peut. Que lui dire et qu’entendre ? Les Ecritures nous suggèrent des mots. Davantage peut-être en font-elles voir les fruits.

Jésus sort. De la prière, il tire ce qui le fait marcher, l’impulsion première. Qu’a-t-il entendu ? Marc n’en souffle mot. Et pour cause, qu’entendre en un lieu désert ? Et pourtant.

Jésus sort, « le semeur est sorti pour semer ». Semer ce qu’il a reçu comme germe de vie, ce qui appelle à vivre. En ce silence, là où Job réclame à Dieu son souffle, il nous est donné d’entendre l’appel à vivre.

Désert, prière et silence figurent ce qui me reconduit au lieu où en moi la vie palpite. Non pas de manière immédiate, directe. Notre silence est peuplé de fantômes et de bêtes sauvages. Job apprend à ne plus les craindre ; à Jésus, dans le désert de la tentation vaincue, les bêtes sauvages lui servaient son repas.

Dans le désert du silence, il se découvre que l’air dont nous respirons ne vient pas de nous. Dans ce silence, je pèse le peu de poids de mes journées… mais je peux y découvrir leur incomparable mesure.

Ma vie n’est qu’un souffle, mais le souffle m’est donné. Et que peut-on faire avec du souffle ? Donner vie. De son souffle, le Père appelle à vivre, il crée, donne l’existence. Je suis sorti pour semer, pour que vous ayez la vie. Voilà peut-être ce qui s’entend dans le souffle.

Pas de parole dans ce récit, mais une inspiration, un élan. Dieu ne retire pas son souffle. En ces mains nous pouvons lui remettre le nôtre qui s’épuise, pour de lui recevoir encore son appel à vivre et la nourriture pour la route.

Voilà la bonne nouvelle qui porte Jésus, celle qui porte Paul : « à cause de l’Evangile », à cause de cette nouvelle que le souffle ne saurait manquer, je peux marcher.

« Souviens-toi, Seigneur, ma vie n’est qu’un souffle ». Tournons-nous vers lui pour le remercier de ce souffle et demandons lui de renouveler en nous son Esprit chaque jour.

Seigneur, raffermis au fond de moi l’esprit.

Rends-moi la joie d’être sauvé !
 


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