Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Jérémie 31, 31-34 - Psaume 50

Hébreux 5, 7-9

Jean 12, 20-33
 


 


 


 

 

Cinquième dimanche de Carême B                                                     2 avril 2006                      

 Père Antoine Lauras,  jésuite

 

Dans la page qui précède celle-ci, Jean nous a invités à contempler l'entrée triomphale de Jésus reconnu comme Messie par son peuple.

Aujourd'hui, ce n'est pas le peuple de l'Alliance qui nous est présenté, mais deux Grecs, deux païens, qui à leur tour voudraient "voir Jésus". Pourquoi ? Et quel Jésus voudraient-ils voir ?

Il semble que ce soit pour répondre à cette double question que Jésus prenne étrangement la parole, en proclamant : "Voici venir l'heure où le Fils de l'homme doit être glorifié."

Tout l'évangile de Jean est parcouru par cette allusion à l'Heure du Christ, depuis les noces de Cana - où Jésus affirme à sa mère que son heure n'est pas encore venue - jusqu'à cette proclamation que nous venons d'entendre : "C'est pour cela que je suis venu à cette heure".

Heure déconcertante : c'est, en effet, à la fois "l'heure où le Fils de l'homme doit être glorifié" et l'heure face à laquelle le Christ ne peut s'empêcher de s'écrier : "Père, délivre-moi de cette heure". Nous savons que nous avons dans ce cri comme le résumé des heures d'agonie au Jardin des Oliviers rapportées par les trois synoptiques.

Cette heure est donc bien l'heure du don suprême de la Passion. Cette Passion vers laquelle, dans quelques jours, le Christ s'avancera avec assurance : "Ma vie, personne ne la prend, c'est moi qui la donne". Aussi, après ce cri d'angoisse du Christ, celui-ci va-t-il s'écrier : "Père, glorifie ton nom". Cette heure de souffrances est, en définitive, une heure de gloire. Et c'est pourquoi le Père proclame à son tour : "Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore".

Ainsi, loin d'être la manifestation de l'humiliation suprême du Fils de l'homme, la Croix est-elle la manifestation glorieuse d'un amour sans limite. "Il n'y a pas de plus grand amour que l'amour de qui donne sa vie pour ceux qu'il aime".

Ce n'est pas par hasard que la liturgie nous invite à célébrer le 14 septembre la fête de "La croix glorieuse".

En cette année jubilaire ignatienne, nous devons nous rappeler l'invitation que le Christ fait entendre dans les Exercices Spirituels : "Qui veut venir avec moi, qu'il peine avec moi pour être avec moi dans la gloire". Ce qui reprend l'affirmation que nous venons d'entendre dans l'évangile : "Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur".

La question que posaient les deux grecs n'est-elle pas souvent la nôtre : "Nous voudrions voir Jésus". Comprenons la réponse qui nous est donnée. Oui, Jésus se montre à nous. Non pas dans la manifestation glorieuse des éclairs et du tonnerre sur le Sinaï, mais dans ce qui est à la fois l'humiliation et la gloire de la Croix.

Saint Irénée a pu écrire : "La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant". Et tout vrai chrétien en est persuadé. Mais Jésus nous fait entendre cette vérité que nous ne nous lasserons jamais de méditer : "La gloire de Dieu, c'est le Fils de l'homme mourant par amour pour nous sur la Croix".

Les Grecs avaient demandé à voir Jésus. Et voici qu'en conclusion de ses diverses affirmations, Jésus ose dire : "Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes".

Désormais, il n'y a plus Grecs ni Juifs. Il n'y a plus qu'une humanité tout entière appelée à voir Jésus. Puissions-nous tout spécialement au long des semaines qui viennent, contempler avec reconnaissance et avec un amour inépuisable cette Croix glorieuse de celui qui nous a tant aimés qu'il a donné sa vie pour nous donner la vie.