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Cinquième
dimanche de Carême
29 mars 2009
Père Dominique Cupillard, jésuite
Jérémie 31, 31-34, Hébreux 5, 7-9, Jean, 12, 20-33
Juste après l’entrée triomphale de Jésus
à Jérusalem, Jean nous livre, dans cet évangile, une sorte de prélude
à la passion du Christ. Jésus annonce que son Heure est venue,
l’Heure de passer de ce monde à son Père (Jn 13,1). Non seulement,
il l’annonce mais il la désire, il l’accepte : L’heure est venue
pour le Fils de l’homme d’être glorifié. Père, glorifie ton Nom.
Ce n’est pas un hasard si cette venue de
l’Heure, coïncide avec l’arrivée à Jérusalem, de quelques Grecs, des
païens, qui désirent voir Jésus, au sens johannique c’est-à-dire
croire en lui Si tu crois, tu verras avait dit Jésus à Marthe (Jn
11,40). Leur venue prophétise ce que prophétisait déjà, la venue des
mages à Bethléem : l’impact universel du salut, la conversion d’une
multitude de nations, l’unité de tous, juifs et païens, réconciliés en
Christ : J’attirerai à moi tous les hommes. Une fécondité
formidable, celle du grain de blé, tombé en terre, qui ne reste pas
seul, mais fructifie, donne une récolte abondante, déjà là, prête pour
la moisson : levez les yeux et regardez, déjà les champs sont
blancs pour la moisson dit saint Jean Jn 4, 35.
Levons les yeux et regardons. D’où
provient cette fécondité, là où elle germe, celui qui la donne.
Ecoutons le Père qui dit : je l’ai glorifié et je le glorifierai
encore (Jn 12, 28). Plusieurs fois, Jésus avait annoncé qu’il
serait élevé de terre (Il faut que le Fils de l’Homme soit élevé).
Isaïe n’avait-il pas dit à propos du Serviteur souffrant, figure du
Messie, qu’il prospérera, grandira, qu’il s’élèvera, qu’il sera
placé très haut (Is 53,13). Aussi Jean voit un signe, dans le
choix du supplice infligé à Jésus Quand j’aurai été élevé de terre…
Il signifiait par là dit saint Jean, de quel genre de mort, il
allait mourir. Jn 12, 32. Pas la lapidation mais la crucifixion
romaine, le supplice le plus infamant et barbare, celui réservé aux
esclaves et aux rebelles. La mort sur la croix… il faudra des siècles,
longtemps encore après l’interdiction de ce supplice pour que les
hommes, y compris les chrétiens voient autre chose dans la croix qu’un
objet d’horreur.
Jean, lui, dans la croix, voit la
manifestation de la gloire de Dieu, qui éclate, véritable théophanie,
aux yeux et aux oreilles de ces foules, incapables de comprendre et
d’accueillir un tel signe. Quand vous aurez élevé le fils de
l’homme, alors vous comprendrez, que moi, je suis Jn 8, 28. Toute
l’œuvre du salut est de révéler en Jésus-Christ, la gloire de Dieu, la
gloire du Dieu d’Israël, don unique et trésor d’Israël, de révéler
cette richesse, à toutes les nations, de la répandre sur tout
l’univers, et sur chaque créature. De la révéler pour ce qu’elle est
et ce qu’en avait déjà perçu Israël, à travers les grandes théophanies
de Moïse, d’Elie, d’Isaïe, et à travers l’attente des prophètes, une
puissance de salut qui crée et qui pardonne, qui détruit le péché et
le juge. Une puissance de sanctification. Un feu qui brûle sans
détruire.
La gloire de Dieu, c’est Jésus-Christ
sauveur, qui construit le royaume qu’il remettra à son Père à la fin
des temps. Et qui veut nous associer à ce travail. Il y a au cœur de
cet évangile, une invitation du Christ à le suivre, à œuvrer pour que
Dieu soit glorifié à travers les œuvres qu’il veut accomplir en nous.
Si quelqu’un me sert, mon père l’honorera (Jn 12, 26).
L’évocation de l’agonie de Gethsémani,
juste après, nous rappelle quel est le signe de cette gloire qui vient
de Dieu : celui d’une vie donnée jusqu’au bout par amour : vraiment
cet homme était fils de Dieu dit le centurion romain (Mc 15, 39).
Une vie perdue aux yeux du monde. Car cette gloire ne vient pas des
hommes, ses chemins ne sont pas ceux de l’orgueil, des honneurs, des
richesses, mais ceux du service, de l’humilité, de la pauvreté, une
gloire paradoxale, celle du Christ, cachée derrière la persécution,
les outrages, la souffrance et la mort scandaleuse de la croix. Il
n’avait plus figure humaine et son apparence n’était plus celle d’un
homme (Jn, 52, 14).
La gloire de Dieu, c’est la victoire de
Dieu qui combat en nous et triomphe dans notre faiblesse. Les apôtres
et les saints, sur ce chemin, sont nos maîtres, ouvriers passionnés de
la gloire de Dieu, qui les a complètement investis, qui ne vivent et
ne travaillent que pour elle, souvent à travers les pires épreuves,
car la gloire promise ne les dispense de rien. Une immense vision les
soutient : toutes choses soumises au Christ. Dieu, tout en tous.
Apprenons d’eux, alors que nous nous acheminons vers Pâques, à
reconnaître cette suprématie du Christ, là où cet évangile nous invite
à la reconnaître, là où ils l’ont reconnue : sur la croix du Christ,
victoire de Dieu sur le monde.
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