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Cinquième
dimanche de Carême C dimanche
25 mars 2007
Père
Jean-Marc Furnon, jésuite
Jean 8,
1-11
LE SILENCE DE JESUS
Jésus s’est assis dans le temple, et par deux fois Jésus
s’est baissé, et il écrivait du doigt sur la terre. Jésus détaché du
regard des uns et des autres, Jésus descendant très profond en
lui-même, Jésus dans une position d’humilité, de vulnérabilité. Ces
deux silences ont pu durer longtemps. Que s’est-il passé dans ce
silence ? Ce silence est comme un creuset où se forme pour Jésus une
conviction qu’il dira un autre jour à ses disciples : « Je ne suis
pas venu abolir la loi mais l’accomplir ».
LA LOI
Jésus a pu laisser résonner dans ce silence les paroles
de la loi de Moïse :
« Tu ne commettras pas d’adultère » (Deutéronome 5,18), « Vous les
conduirez tous deux à la porte de la ville, et vous les lapiderez…
Tu feras disparaître le mal du milieu de toi. » (Dt 22,22-24).
L’adultère c’est d’abord l’expérience personnelle de
cette femme. S’engager dans l’adultère, devenir double, mentir à la
parole donnée à quelqu’un, céder à la tentation en laissant régner
en soi la pulsion à satisfaire. C’est ce qu’a vécu le roi David
jusqu’à faire tuer Urie le hittite mari de Bethsabée.
La loi nous appelle, certes de manière austère, à croire que de ne
pas quitter le lieu du couple uni dans l’alliance c’est trouver la
vie même dans un chemin nocturne. La loi nous révèle que l’amour ce
n’est pas d’abord de ressentir le sentiment d’être aimé ou d’aimer ;
aimer c’est être le lieu de la vie pour quelqu’un.
L’adultère c’est aussi l’expérience du peuple.
L’adultère est souvent une métaphore prise par les prophètes pour
révéler au peuple de Dieu ce qu’il vit dans sa relation à Dieu. Dans
son histoire personnelle, le prophète Osée a même été appelé par
Dieu à épouser une femme portée à la prostitution pour témoigner
auprès du peuple de l’amour inconditionnel de Dieu et du désir de
Dieu que son peuple se convertisse et revienne à lui (Osée 3,
16.21). C’est ce qui nous arrive lorsque nous nous laissons séduire
et entraîner par les charmes, les attraits et les bénéfices
secondaires de la gloire humaine, de l’argent, de l’image de soi,
des apparences sociales… Nous devenons alors adultère en oubliant
notre vocation et cette femme qui est amenée devant Jésus, c’est
notre sœur en humanité.
Si Jésus refusait la lapidation, il se mettrait en
contradiction avec la Loi de Moïse.
LA VIE
Dans son silence, Jésus doit aussi se souvenir du don
précieux de la vie. Même le roi David qui a commis l’adultère a eu
la vie sauve. « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le
premier à lui jeter la pierre ». Peut-être lui revient cette
histoire qu’il a dit un jour « Qui d’entre vous s’il n’a qu’une
brebis (et non pas cent ou trois milles) et qu’elle tombe dans un
trou le jour du sabbat n’ira la prendre et la retirer ? ». Cet homme
va transgresser l’interdit de la loi de « travailler » (les gestes
de retirer une brebis d’un trou sont considéré comme travail) le
jour du sabbat pour sauver son unique brebis qu’il aime. Jésus se
laisse habiter par ce qui est le cœur de la loi : la loi est pour la
vie de l’homme et, parfois, la vie peut primer sur la lettre de la
loi.
Si Jésus se prononçait pour la mise à mort, il se
mettrait en contradiction avec tout ce qu’il a enseigné et pratiqué.
LE SERVITEUR SOUFFRANT
Jésus n’est pas venu abolir la loi, il est venu
l’accomplir. Par l’attitude que choisit Jésus - il ne condamne pas
-, est affirmé, espéré, dans la foi, la vie, la vie de Dieu et de
l’Esprit de Dieu qu’il a reçu au baptême. Jésus s’expose au martyr
en témoignant au prix de sa vie du Dieu qui vit en lui. La
condamnation qui pesait sur les épaules de cette femme, Jésus la lui
retire par la non condamnation mais, dans le même acte, voici que
les scribes et les pharisiens qui lui ont tendu ce piège pour
l’accuser vont le condamner lui et mettre cette condamnation dans le
dossier qui pèsera pour la condamnation à mort de Jésus. Quand on
dit que Jésus est mort pour nous, qu’il a porté nos péchés c’est de
cela que nous voulons parler : la condamnation n’est plus sur cette
femme mais elle est sur Jésus et la paix qui vient de Jésus est
maintenant sur cette femme ; voilà l’échange. Jésus devient ce jour
là un peu plus le serviteur souffrant de Dieu. Il établit son
Royaume de Justice non plus sur la loi mais dans l’amour. Un amour
qui ne rejette pas la loi mais un amour qui a semé et fait germer en
elle le pardon. Par les risques qu’il prend pour le Royaume et pour
cette femme. Ce qui va sauver cette femme de la condamnation accable
Jésus et contribue à augmenter l’accusation des scribes et des
pharisiens contre lui. Il en a conscience et il y consent. Il donne
sa vie pour témoigner de l’amour qu’a Dieu pour l’humanité et pour
que cette femme puisse vivre et se convertir. Ce jour là c’est en
prenant cette décision que Jésus entre dans le chemin qui le conduit
à la passion.
Finalement, Jésus se redresse et voit la femme seule en
face de lui. Il lui adresse la parole, il la réintègre dans la
famille humaine, comme un homme parle à une femme. Il lui parle
comme il a parlé à Marie, sa mère, à Cana « Que me veux-tu femme ?
mon heure n’est pas encore venue » (Jean 2, 4), comme il a parlé à
la Samaritaine au bord du puits « Femme, crois moi : l’heure vient
où vous n’irez plus ni sur cette montagne, ni à Jérusalem pour
adorer le Père… » (Jean 4,21), et encore à Marie sa mère à la croix
« Femme, voici ton fils » (Jean 19, 26), comme il parlera à
Marie-Madeleine dans le jardin au matin de la résurrection « Femme
pourquoi pleures-tu ? » (Jean 20,13).
Il lui dit avec respect « Femme » et ainsi il lui révèle
sa dignité de femme appelée à vivre dans l’alliance et l’amour à sa
suite : « Moi non plus, je ne te condamne pas Va, et désormais ne
pèche plus ». « Le fils de l’homme a le pouvoir de remettre le péché
su terre » (Mt 9,6). Ce n’est pas une parole qui enferme dans le
sentiment de culpabilité, c’est une parole qui libère, qui guérit,
qui appelle à la vie. Cette parole est une mission à vivre dans une
obéissance à Dieu : tourner le dos à l’adultère et servir Dieu et
Dieu seul dans une obéissance appuyée sur la parole de Jésus. Cette
femme peut inventer sa vie, appuyée sur la parole de Jésus, une vie
nouvelle, une vie selon la nouvelle alliance. |