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5ème dimanche de
Pâques- Année
C
Jean
13, 31-33a.34-35
Père Pierre Faure, jésuite
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dimanche 2 mai 2010 |
Il
existe plusieurs manières pour les textes de l’évangile d’être mis
en rapport avec la liturgie.
Le
texte peut raconter l’événement que célèbre la liturgie ce jour-là.
Par exemple, la nuit de Noël, l’évangile raconte la naissance de
Jésus. Ou bien, le matin de Pâques, nous entendons le récit des
apparitions du ressuscité. Le texte peut aussi n’avoir aucune attache
temporelle. « En ce temps-là Jésus disait à ses disciples… » Et, par
exemple, une parabole, ou le récit d’une guérison opérée par Jésus,
sont lues un dimanche du temps ordinaire.
Il
existe enfin une troisième manière, qui est celle d’aujourd’hui, et de
plusieurs dimanches du temps pascal : à la lumière de la résurrection
du Christ, la liturgie nous fait revenir sur des paroles que Jésus a
dites avant sa mort. Et alors, dans cette lumière nouvelle, en
regardant bien, nous devenons capables de voir la profondeur divine de
la vie de Jésus. Profondeur que le simple récit historique ne
permettait pas toujours de voir. Donc une relecture. Une méditation
dans la foi qui a été renouvelée à Pâques.
Les
dix lignes de l’évangile de Jean, que nous venons d’entendre, sont
prises et découpées habilement dans le chapitre 13, qui raconte le
lavement des pieds, la trahison de Judas, et l’annonce de la trahison
de Pierre.
Et, au
centre de ces lignes, ainsi concentrées, la gloire et l’amour,
annoncés par Jésus, irradient comme deux foyers de lumière.
Cinq
fois, le verbe glorifier scintille de son mystère. Cette gloire en
effet ne concerne que Dieu et le Fils de l’homme. Il semble que nous
n’ayons qu’à contempler cette gloire, comme le rayonnement du mystère
qui unit le Père et le Fils.
Trois
fois le verbe aimer, et une fois le mot amour forment l’autre foyer de
lumière. Mais cette fois il s’agit d’un précepte qui est pour nous,
d’une recommandation qui a la force d’un testament. Une lumière qui
vient de Dieu vers nous, et qui devient notre responsabilité : « Comme
je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. » Et,
comme pour rapprocher de nous cet amour, en contraste total avec
l’aspect raide et strict que peut avoir le mot commandement, Jésus
appelle ses disciples d’une expression de tendre affection : « mes
petits enfants ». Dans sa première épître, saint Jean reprendra sept
fois cette expression : « mes petits enfants ».
Par
ailleurs, si nous relisons le chapitre 13 de l’évangile de Jean, en
regardant ce qui précède et ce qui suit notre texte, nous voyons que
ces paroles si lumineuses, sont encadrées et comme soulignées par une
bordure sombre, par un bandeau de ténèbres et de nuit. La trahison de
Judas précède immédiatement notre texte. Au verset 27 : « Quand Judas
eut pris la bouchée, Satan entra en lui. » Et au verset 30 : « Quand
Judas eut pris la bouchée, il sortit aussitôt, il faisait nuit. » Et,
quelques versets après notre texte, Jésus lui-même annonce le
reniement de Pierre : « Pierre lui dit : ‘Je donnerai ma vie pour
toi ! ‘ Jésus réplique : « Tu donneras ta vie pour moi ? Amen, amen,
je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois
fois. » Quel mystère ! Face à la trahison de Judas, face à Satan, face
à la nuit, Jésus dit aussitôt : « Maintenant le Fils de l’homme est
glorifié, et Dieu est glorifié en lui… »
Face
au triple reniement de Pierre, Jésus lui conserve son amour jusqu’à la
fin. Jusqu’à ce que le pauvre Pierre, débordé, avoue devant Jésus
ressuscité : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »
N’oublions jamais que les paroles de gloire et d’amour prononcées ce
soir-là par Jésus, sont des paroles contre la mort. Pour lui, comme
pour nous, seules la gloire de Dieu, et l’amour de Dieu, nous tiennent
dans la vie. Et seule cette vie reçue de Dieu nous fera traverser la
nuit vertigineuse de la mort.
Notre
relecture peut donc nous aider à voir, et à comprendre, que la
résurrection n’est pas simplement un cadeau, ou une récompense, donnés
à Jésus pour sa bonne conduite. Ou encore, le plus grand miracle fait
par Jésus, comme enseignait autrefois une certaine catéchèse. Mais que
l’amour de Dieu, et sa propre gloire, sont présents à l’intime de
Jésus, depuis l’origine du temps, tout au long de sa vie, et de
nouveau après sa mort, et encore aujourd’hui, comme nous pouvons
l’expérimenter en célébrant l’eucharistie « pour une plus grande
gloire de Dieu ».
© Compagnie de Jésus
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