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Cinquième
dimanche
de Pâques (A)
20
avril 2008
Père
Marc Rastoin, jésuite
Actes 6,1-7 ; Psaume 32 ; 1 Pierre
2,4-9 ; Jean 14,1-12
« Je pars vous préparer
une place »… Que
cherchons-nous, comme être humains, comme personnes, sinon une
place ? Notre place ? Être reconnu, avoir une identité, un
lieu, une demeure. Notre monde favorise les individus mais il est
rude pour les personnes : il s’agit, depuis l’école et même après,
d’être fort tout seul, de se débrouiller, d’accomplir des
performances, d’être mobiles, autonomes. Pourtant ce que notre cœur
attend, c’est une reconnaissance. Dans notre société, combien juste
sonne cette parole de Jésus ! Il part nous préparer une place, une
chambre, une demeure, un lieu ; un lieu pour moi, pour ce que je
suis. Non pas un lieu pour être seul, coupé des autres, comme
Citizen Kane à la fin de sa vie, seul dans un palais vaste mais
vide, mais un lieu pour « être avec » : « là où je suis vous y
serez aussi ». Lorsqu’il appela les Douze, c’était déjà d’abord
pour être en ce lieu : « il les institua pour être avec
lui » (Mc 3,14). Un lieu qui est un réseau de relations
signifiantes et libres. Finalement, ce dont nous avons soif, c’est
d’une vraie communion avec des êtres qui nous écoutent, nous
respectent et nous estiment. Qui reconnaissent en nous l’être unique
que nous sommes, qui ont de la compassion pour nos cicatrices, de la
douceur avec nos blessures. Le Christ est cette tendresse de Dieu
qui nous dit : ‘Vous avez du prix à mes yeux, vous existez vraiment,
vous pouvez être davantage, vous pouvez accomplir des choses plus
grandes. Ne vous rapetissez jamais devant Dieu !’ Etre en Dieu,
laisser Dieu nous habiter, ce n’est pas abdiquer sa personnalité
propre, son identité. Au contraire, c’est trouver un lieu qui me
permet de devenir vraiment moi-même, selon le dessein originel de
Dieu. Il nous a créés pour être vraiment et cela passe, comme
pour lui, par la communion. Jésus est uni au Père de façon unique et
intime. Il l’est sans que cela enlève quoi que ce soit à son
humanité et à son caractère unique. Comme le disait Benoit XVI lors
de sa première Messe : « Le Christ n’enlève rien, il donne tout. »
En faisant un place à Jésus, nous trouvons notre place unique.
Nous retrouvons dans la
deuxième partie de l’Evangile la même logique pour les actions que
pour l’être. De qui sont les œuvres ? Du Père dont il est dit que ce
sont les siennes ? Ou du Christ ? De même que les actions du Christ
étaient vraiment de lui et vraiment du Père, de même nos actions
bonnes sont vraiment de Dieu et vraiment de nous. Le Christ parle
ici en croyant. Or, le mouvement de la foi consiste à tout faire
remonter vers Dieu, lui qui nous donne « la vie, le mouvement et
l’être » (Ac 17,28). Comme croyants, nous disons ‘Seigneur,
merci de me donner la foi, merci de me donner d’être avec Toi, merci
de me donner d’agir, parfois, au moins un peu, à la façon du Christ’
et Dieu nous répond : ‘Mais sans toi, je ne pourrais rien ! C’est ta
foi qui t’a sauvé, ce sont tes œuvres qui te donnent ta joie ; c’est
bien ta liberté qui choisit de me répondre.’ N’en avons-nous pas un
exemple dans notre humanité même ? N’en va-t-il pas de même dans un
couple qui s’aime ? Chacun n’assure-t-il pas à l’autre que, sans
lui, il ne pourrait, ni être ce qu’il est, ni accomplir ce qu’il
accomplit ?? Le croyant remonte à la source dont tout provient. Ce
qui s’échange ainsi dans les actions et dans les êtres, c’est ce que
vit parfaitement le Fils. C’est dans cet échange que nous recevons
dignité et reconnaissance, communion et respect. C’est dans cet
échange de foi mutuelle que se trouve notre joie. Celle pour
laquelle nous avons été créés et que nul ne pourra nous ravir. |